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PALAIS ROYAL DE CASERTE

Après avoir fait bâtir le palais de Por* tici et celui de Capo di Monte, Charles III devint amoureux de la belle plaine de Caserte, qui s'étend d'un côté jusqu'à

ÎSaplcs, (le l'autre jusqu'à Capoue. La salubrité de l'air de Caserte décida surtout Charles III à y bâtir son palais en 1702, et il fit venir de Rome le célèbre architecte Louis Vanvitelli., qui construisit ce palais , sans coîitredit le plus magnifique et le plus régulier des édifices de l'Italie. La figure de ce bâtimeiU est rectangulaire : sa longueur est de 74^ pieds, sur 57G de large. Chacune des façades principales a trois grandes portes. Le palais a 1 1 3 pieds de haut , et ses quatre façades sont divisées en deux grands étages et trois moins considérables. Chacun des étages des deux façades principales a 36 fenêtres ornées de colonnes. Dans chacun des quatre angles du palais, on voit sur l'entablement une espèce de tour carrée. La façade est ornée de deux colonnes et de deux pilastres avec cinq fenêtres. Le centre de l'édifice est également surmonté d'une espèce de coupole octogone , qui en augmente la magnificence. Ce palais a deux souterrains placés l'un jsur l'autre, dont l'un destiné aux cuisines et aux écuries , et l'autre pour les caves. Ces souterrains sont très-profonds et cependant aussi clairs que s'ils avaient des fenêtres : cette particularité est due à l'habile architecte, qui a si bien su disposer les duu-

Mes murailles , entre lesquelles pénètre la lumière.

La grande porte du milieu introduit à un portique majestueux soutenu par gS colonnes de pierre de Sicile , et to>.t revêtu de marbres choisis. Ce portique a 5 07 pieds de longueur , et aboutit à la façade opposée du côté du septentrion. Il a trois vestibules octogones, dont deux près des grandes portes , et l'autre au centre de l'édifice : quatre des cotés de cet octogone conduisentit quatre grands cours, deux sont compris par le portique: des deux autres côtés l'un conduit au magnifique et noble escalier, et l'autre est occupé par la statue de la Gloire couronnant Hercule. Chaque porte latérale conduit dans l'une des quatre grandes cours , qui ont chacune 299 pieds de long, sur i63 pieds de large. Les façades de l'édifice qui donnent sur ces cours , sont analogues il la. magnificence des façades extérieures du palais : elles sont composées de pierres de Caserte , distribuées en autant d'arches couvertes, sur lesquelles sont les appartemens. ii

Revenons au magnifique escalier : il est divisé en trois branches: la première finit à l'étage où commencent les deux au-? très bras , l'un à droite et l'autre à gau-

elle, par lequel on monte au vestibule de la chapelle et des appartemens royaux.

Cet escalier est de la plus noble architecture , et orné de beaux marbres : il a cent dégrés , chacun d'un seul morceau de marbre de i g pieds et demi de long , et les murailles environnantes sont toutes revêtues de beaux marbres colorés. Au bas de Tescalier et au commencement du premier degré se trouvent deux lions de marbre très-bien sculptés. Le premier intervalle de Tescalier offre la perspective de trois statues dans leurs niches ^ représentant la Vérité, la Majesté, et le Mérite.

Ensuite vient Tescalier à deux bras, qui introduit dans» un superbe vestibule de forme octogone, soutenu par 2^ colonnes de marbre , d'ordre corintkien , avec une voûte ornée de belles peintures. La porte du milieu est bordée de colonnes , et donne accès à la chapelle ^ les autres aux appartemens royaux.

La chapelle royale, qui peut être comparée à une vaste et majestueuse église, est ornée des deux côtés par un portique ouvert, soutenu par un soubassement de I 9 pieds et demi de haut, sur lequel s'éle-' vent 16 colonnes de marbre vert de Sicile, qui soutiennent le grand entablement , d'où commence la voûte. Le sou-

bassement du portique présente huit ou- Tertures , et un nombre égal de fenêtres correspond aux colonnes pour éclairer la chapelle.

Parmi ces colonnes se trouvent trois statues de saints. L'autel majeur est orné de quatre belles colonnes de marbre jaune et d'un tableau représentant la Conception de la Vierge.

Le vestibule de cette chapelle contient, comme nous venons de le dire, quatre portes qui donnent Tentrée aux appartemens du roi, de la reine, et de la famille royale. Le grand nombre de chambres , qui composent ces appartemens, sont disposées dans un ordre admirable , et ornées de marbres , de peintures , et de meubles d'une beauté et d'une magnificence au-de-là de toute description. Tout est grand et merveilleux dans ce palais, et quoiqu'il serve de maison de plaisance, il peut néanmoins être regardé comme un des plus beaux palais royaux.

Du côté de la grande porte , vers l'occident , se trouve un beau théâtre , divisé en plusieurs rangs de loges , et tout orné de marbres et de colonnes qui le mettent à-méme de disputer le rang aux premiers théâtres de l'Italie.

Dans la partie septentrionale se trouvent enfin de très-vastes jardins et des bosquets délicieux, à-peu-près disposes comme ceux de Portici et de Capo di Monte. On y voit un bois épais , plante dès le tems des anciens ducs de Gaserte, consistant en chênes , yeuses , ormeaux , peupliers , lauriers , et plusieurs espèces d'arbres sauvages. Vient ensuite un jar^ din très-vaste dans le genre anglais: son immense étendue , la variété des plantes exotiques , la réunion de vallons , collines et montagnes, offrent les points de vue les j)lus pittoresques : les grottes , enfin , les cavernes pratiquées avec art, et surtout les petits canaux, les étangs et les lacs qui l'arrosent, contribuent à rendre ce lieu extrêmement varié et agréable. Les eaux qui fournissent abondamment à ]a grande et superbe cascade audessus du parc, puis aux lacs et fontaines de ces jardins et du palais , y ont été portées par le moyen de P

AQUEDUC DE CÀSERTE.

- Ce conduit qui rivalise avec les plus beaux travaux des anciens Romains, et fournit Caserte d'eaux provenant de sources très-éloignées , est sans doute un des plus merveilleuri ouvrages de Charles III.

Le territoire crAirola oiFrait une grande abondance d'eau provenant de neui'sonr-r ces, qui allaient se jetter dans, la rivière Faenza, qui passe par le territoire de Ste. Agathe des Gots et se perd ensuite dans le ileuve Volturne. Ces eaux réunies Ibrmèrent un volume très-considerable .que le célèbre chevalier Louis Yanvitelli parvint à engager dans le conduit, pour les amener jusqu'à Caserte.

Cet aqueduc est composé d'une bâtisse très-solide, enduite d'un stuc particulier qui résiste aux eiforts de l'eau. La distance dfc la source des eaux jusqu'à Caserte, prise en ligne droite , est de 1 1 milles ; mais , en suivant les sinuosités de l'aqueduc, elle est de 2^ milles.

L'architecte ne négligea aucun moyen pour conduire les eaux par les lieux qui se rapprochaient le plus du niveau de la source^ mais il ne put cependant éviter l'obstacle que lui présentaient deux montagnes très-élevées, et séparées par la vallée de Maddalone. Comment faire remonter les eaux à une hauteur si considérable, une fois qu'elles étaient descendues dans la dite vallée? Le génie de l'architecte sut suOire à tout. Les seins (^^.è deu?v montagnes furent percés, dans le lieu aj.»pellé Prato ^ sur une longueur de 11 00

toises dans le tuf, ou pierre tendre; à Ciesco dans la pierre vive, sur une longueur de 980 toises ; sur Syo toises à GrtrgaJio'f et 3oo dans la Hoeca : ce qui forme en tout une longueur de 295 o toises de conduit , pratiqué à travers des deux montagnes.

Après avoir ainsi perce celles-ci, il fallut ensuite les réunir ensemble , et établir un passage aux eaux, au moyen d'un pont dont Tarcbitecture et la hauteur étonnent tous ceux qui le considèrent. Ce pont ou aqueduc, qu'on admire audessus de Maddalone, gros bourg, à quelques milles de Caserte , est composé de trois rangs d'arches placées les unes sur les autres. Le premier de ces rangs , au pied des deux montagnes, est formé par 19 arches; le second par 21 , et le troisième par 43. Les pilastres du premier rang d'arches ont plus de 33 pieds d'épaisseur et 49 de hauteur. Tout le monde peut juger du travail et des dépenses énormes qu'a dû causer l'exécution d'un travail aussi gigantesque! Surtout si l'on considère le court espace de tems dans lequel il a été exécuté ; car les bâtimens royaux furent commencés en lyS^ , et l'aqueduc était entièrement achevé en 1759.

La fabrique de soieries, et d'étofTes à S. Leucio , assez près de Caserte, est aussi digne de Tattention. Le roi Ferdinand a fait lui-même un code pour cette colonie, qui lui doit son existence et sa prospérité. Des centaines de personnes des classes indigentes , y trouvent leur sub^ sistance.

A vingt milles de Caserte , et à. trente sept de Naples , se trouve la

VILLE DE BÉNÉYENT.

Quoiqu'il soit difficile de découvrir l'origine de ces villes très-anciennes, dépourvues des monumens, qui pourraient l'indiquer^ les anciens écrivains néanmoins s'accordent assez généralement à en attribuer l'origine à quelque personnage illustre de l'antiquité. On voit dans Jules Soline , dans Procope et d'autres auteurs, que Diomède roi d'Etolie fut le fondateur de la ville de Bénévent, à-peuprès 477 ans avant l'ère romaine. Ce qu'il y a de constaté, c'est que cette ville trèsancienne fut d'abord possédée par les Samnites et alla avec la Gampanie sous Tempire d'Adrien. Tite Live nous apprend, que Bénévent s'appellait originairement Maleveiituin^ à cause de la violence des vents qui y régnent quelquefsiis.

Les Romains y ayant ensuite envoyé une colonie , cette ville prit le nom de Bene- <ventiun^ et plusieurs agrandissemens et embellissemens en firent aussitôt une ville considérable. Les habitans de Bénévent se réunirent a ces colonies qui prêtèrent xîes secours aux Romains contre Annibal. jVitinius y érigea un amphithéâtre ma- .^nifiqufî , dont on ne voit plus aujourd'hui que la base, le reste étant couvert par des. édifices modernes. Le sénat et le peupl(î romain y élevèrent aussi , en Thonneur de Tempereur Trajan, le fameux arc triomphal, nommé aujourd'hui Porta Aureu^ servant déporte à la ville.

JBénévent fut occupée par les Goths l'an 490 de l'ère chrétienne , et en 57 1 par les Lombards qui la créèrent capitale d'un duché , auquel furent soumis 34 comtés voisins. Ce duché dura jusqu'à ce que les rois d'Italie s'en rendirent les maîtres. Bévévent étant passé ensuite sous la domination de Gharles-Magne , cet empereur en acquit la principauté en 787 ^ et elle se conserva sous ses successeurs jusqu'à l'année 891 , époque à laquelle Ursus fut chassé par ks Grecs , expulsés ensuite à leur tour par Guidon III , duc de Spolèle,

Eu général on croit que cette ville fut érigée en évéché Tan 20 de Tùre clirétiene : et que St. Photin en a été le premier Gvéque. St. Janvier le fut aussi dans le IV siècle , déclaré ensuite grand protecteur de Bénévent et de j\aples. En qGq Févéque Landolfe fut élu archevêque par Jean XIII. Devenue ainsi métropole , la ville de Bénévent fut donnée au pontife Léon IX par Henri III , qui en fie l'échange conlre Bamhergue , ville de la Francoîîie , appartenant alors au St. Siège 7- et en lonj l'église romaine en prit la pos^ Session , que elle a toujours conservée.

Cette métropole avait jadis 33 évéchés suiïrangants , réduits ensuite à 28 , et successivement aux iG qui existent aujourd'hui. Les pontifes romains y celé* Lrèrent plusieurs conciles. Le premier y fut tenu par Victor III , en 108 1 .* le second par Urbain II, en 1091 ; et Pascal II célébra trois conciles à Bénévent ^ ceux des années 1 1 08 , 1 1 1 3 , et 1 1 1 ^^ Le diocèse de Bénévent était d'abord si étendu qu'il comprenait jusqu'à 21 j villages. Indépendamment des dits personnages , l'église de Bénévent fut encore gouvernée par monseigneur deîla Casa , célèbre orateur et poète ^ et par Be-

noît XIII Orsini , ayant son assoniptlou au pontificat.

La ville de Béndvcnt a donné naissance a un grand nombre de personnages illustres par leur sainteté , leur savoir , ou leur valeur martiale. On compte parmi eux trois pontifes ; savoir , St. Félix , Victor III , et Grégoire VIII. Cette ville renferme encore aujourd'hui plusieurs familles d'une noblesse et d'un mérite également remarquables.

Passant à-présent à observer cette ville , on la trouve située sur le penchant d'une colline , sous laquelle passent les fleuves Sabbato et Galore , qui vont se réunir dans la Campanie. Toute la ville est environnée de remparts ^ elle a huit portes. Son circuit est d'environ deux milles et demi ; et le nombre de ses hahitans s'élève a environ iG mille. On y remarque un château érigé par Guillaume Billotta de Bénévent , qui gouvernait la ville au nom de Jean XXII résidant alors à Avignon. En iG4o , on découvrit à. Bénévent un lion supérieurement sculpté en marbre , qui se trouve aujourd'hui exposé aux regards des curieux. Le palais public est magnifique et d'une belle architecture.

• La cathédrale est majestueuse , orncc de marbres et de peintures. La grande porte e.<t toute en bronze avec des basréliefs bien exécutés. Devant cette église se trouve un petit obélisque égyptien , et un lion de marbre d'une belle sculpture. Le palais de rarchevéché avec son séminaire est aussi un grand édifice , et renferme une bibliothèque nombreuse , composée de livres imprimés , et de codes , dont plusieurs du XI jusqu'au XIV siècle.

On remarque encore à Bénévent le monastère très-renommé de Ste. Sophie , érigé par Gisolphe IL II fut d'abord accordé aux religieuses bénédictines. Les bénédictins l'obtinrent dans le X siècle ; et il fut ensuite occupé par les chanoines de Latran en iSqS. Ce monastère jouissait autrefois de revenus immenses , comme l'annoncent plusieurs documens de l'archive de la Zecca.

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