SPARANISI, AUBERGE
Seizième Poste .
A environ huit milles de Sparanisi, est CAPOUE, VILLE.
Dix-septième Poste.
Cette Ville , nommée en Italien. Capua , est placée à un mille et demi de l’ancienne Capoue , et à 1 5 milles de Naples , ou était l’ancien Casilinum , sur le fleuve Volturne , douze milles au-dessus de son embouchure* Elle est entourée de fortifications , et l’on y entretient une garnison considérable. C’est ici que les Voyageurs sont obligés d’envoyer au Gouverneur leurs passeports , pour avoir la permission de passer outre.
Strabon dit que Capoue fut bâtie par les Tyrrhéniens , chassés des bords du Pô par les Gaulois , environ 5a4 ans avant l’ère Chrétienne. D’autres prétendent qu’elle existait plus de 3oo ans auparavant , et qu elle avait été fondée par Capius , l’un des compagnons d'Enée •, ce qui la lit appeler Capua. Strabon dit que ce nom venait de Caput , parce que c’était une des capitales du Monde. Florus comptait Rortxe , Carthage et Capoue pour les trois premières Villes: Capua quondam inter très maximas numerata. Lib. i. c. 16 . Les Tyrrhéniens
furent chassés de Capoue par les Samnites ,, et ceux-ci par les Romains : elle fut célèbre de leur tems par les agrémens de sa situation ; elle était en effet dans une plaine riante et fertile de la Campanie, dont elle fut la capitale , et que Cicéron appella le plus beau domaine du Peuple Romain.
Annibal pour attirer dans son parti la Ville de Capoue , avait promis à ses habitans d’en faire la Capitale de l’Italie. Les- Romains se vengèrent cruellement contre ce peuple, car ayant pris cette Ville, à là suite d’un long siège , il fut fait esclave , vendu à l’encan , et les Sénateurs battus de verges et décapités.
Genséric Roi des Vandales , acheva dè détruire Capoue ,- l’an 4^5 , et il n’en resta plus que le nom , qu’on a donné à une Ville nouvelle qui s’est formée Pan 856.' Cette Ville était défendue par un château et des fortifications, qu’on détruisit en 17 x 8 pour le^ rétablir, sùivant les nouveaux principes», et Capoue est devenue une place un peu plus importante. Le pont qui est sur le Volturne , et qu'on passe avant d’ y env trer du. côté de Rome, est mauvais: mars celui qui est vers la porte de Naples- est ancien et très-beau,
L’Egl ise Cathédrale de Capoue est soutenue par des colonnes de granit de différentes proportions , et prises des anciens édifices. Dans la troisième chapelle à droite, est un beau tableau de Solimène re-
présentant la Vierge avec l'Enfant Jésus , et St. Etienne. Le maître Autel est décoré d’une Assomption du même peintre. Dans l’Eglise souterraine , dont l’enceinte est décorée également par des colonnes de martre ancien très-précieux , on vqit sur l’Autel une demi-figure en marbre de Notre Dame de la Piété, par le cliev. Bernin. Dans le milieu de l’Eglise est un Christ de grandeur naturelle , couché sur un linceul , sculpté excellement par le même Bernin. En arrière de ce beau monument, on voit un ancien bas-relief représentant une chasse , avec Diane et Endymion. Le Baptistère , le Clocher , et d’autres curiosités peuvent aussi bien rappeler l’attention du voyageur.
Il est bon de voir aussi l’Eglise de l’Annonciation : elle est décoi'ée à l’extérieur d’un ordre Corinthien, d'architecture trèssimple : son intérieur a une décoration moderne qui est fort riche. On croit que c’était un ancien Temple bâti auparavant à quelque distance de l’ancienne Capoue; mais ' ce qu’il y a de sur , c’est qu’il n’y a que le socle , qui soit vraiment antique , les Anciens n’ayant point connu les pilastres groupés tels qu’ on les trouve à l’extérieur de cet édifice.
On voit beaucoup de marbres et d’inscriptions de l’ancienne Capoue , incrustées dans les murs des maisons de cette nouvelle Ville , ainsi que quelques têtes en bas-relief de marbre placées sous l’arc d’entrée dans,'
la place du tribunal. Au-dessous de cet arc qu’on nomme de St.Eloi, il faut marquer la célèbre inscription de l’Amphithéâtre , dont nous allons parler , laquelle , étant mutilée , fut supplée et commentée par le Chanoine Mazzocchi , et lui donna l’occasion de publier son estimable ouvrage : De Amphitheatro Campano . Vis-à-vis de la même l’on voit un curieux bas-relief , trouvé dans la fouille du Théâtre de la même Ville, avec l’inscription suivante:
Luccejus Pcculiaris Redcmptor
Proscertii ex Biso Jecit.
L’ancienne Capoue était située à un mille et demi de la nouvelle , et l’on en voit encore des restes considérables au Bourg Sainte Marie , entre le Volturne et le Clanius , du côté de Caserte , qui en est éloignée de quatre milles , où il y a un superbe et magnifique palais du Roi de Naples , dont nous parlerons dans la suite. On y voit deux arcades sur le chemin du côté de Casilino ; on prétend que c’était une porte de la Ville. Mais le monument le plus considérable que l’on trouve dans ces ruines,, est un Amphithéâtre ovale de 25o pieds de long intérieurement , sur i5o de largeur, sans compter l’épaisseur du bâtiment , qui est de plus de i3o pieds. Il eu reste quelques parties assez bien conservées, telles que de grands corridors , des voûtes , des gradins
et des loges pour les spectateurs. Ce monument est bâti en briques et revêtu de marbre blanc. L’arène est si enterrée que l’on ne découvre pas même le podium , ou l’enceinte qui garantissait les spectateurs des bêtes féroces. Cet Amphithéâtre était formé de quatre ordres d’architecture ; on voit encore une des portes , dont il reste deux arcades également d’ordre Toscan , ayant à leurs clefs une tête de Junon et une de Diane , en bas-relief , mais mal sculptées .
Un chapiteau de colonne Dorique tombé sur cette porte , fait présumer que le second ordre , qui décorait l’extérieur de l’édifice , était* Dorique. Du haut des ruines de cet Amphithéâtre , on jouit d’une trèsbelle vue , fort étendue y et l’on apperçoit le mont Vésuve dans le lointain.
La voie Appienne passait aussi à Capoue comme nous l’avons remarqué dans l’avant propos , en décrivant le voyage d’Horace de Rome à Brindès. Dans les environs de Capoue on remarque plusieurs Villages et des Temples , dont les noms indiquent leur ancienne origine, Marcianise était un Temple de Mars: Ercole , un Temple d’ Hercule : Curtis , un palais ou Curia : Casa Pulla , un temple d'Apollon , mais il n’en reste plus rien , non plus cjue du Temple de Jupiter Tiphatin qui était sous Caserte, et celui de Diane Lucifère, dite Tiphatine, dont l’Abbaye de St. Ange a pris la place.
On appelle encore Monti Tifatini les mon-
tagnes des environs de Capoue et de C'aserle : cette dénomination est dérivée duvolcan Tifata qui s’éteignit. On a trouvé vers l’an i ^53 , à neuf milles de Gapoue , une carrière d’albâtre blanc , avec des veines de couleur jaune : on en a fait tirer des colonnes pour le grand palais de Caserle , qui mises en place ne coûtent que 3oo livres l’une.
La distance de Capoue à Naples est de quinze milles , ou de deux postes. Cette route traverse une campagne fertile et riante : on y voit le myrte , le laurier et' d’autres plantes odoriférantes , ainsi que des arbres fruitiers verts et fleuris , au coeur même de l’hiver. À moitié chemin , ontrouve