L’ÉGLISE DE S. MARIE DEL P ART O
Le lieu où est située cette Eglise fut donné par Frédéric II d’Aragon, Roi de Naples , à Sannazar son Secrétaire , célèbre poète Lalin, né à Naples: il y construisit une maison de campagne avec une tour , qu’il aimait beaucoup-, mais le Roi Frédéric ayant perdu son Royaume en i5oi , Philibert , Prince d’Orange , et Vice-Roi de i'aples , la fît déni lir. Sannazar s’en
Î daignit grandement et érigea, en 1^29, sur es ruines de sa maison de campagne , la dite Eglise qu’il donna aux Religieux Servîtes en l’appellant S . Maria del Parto , c’est-à-dire: de t enfantement -, d’après le titre d’un de ses poèmes qu’il avoit composé dans cet endroit. Le meme Sannazar étant mort l’année après , les Serviles lui érigèrent , dans le choeur , un Mausolée aussi magnifique par son plan , que par les sculptures qu’il présente. L’idée de cet ouvrage est , en grande partie , du célèbre Jerome Santacroce sculpteur Napolitain ; mais , après la mort de celui-ci , ce fut le Frère Jerome Poggibonzi, du meme ordre, qui l’acheva, en lui donnant plus de convenance et de goût. Le buste de Sannazar y est placé au milieu de deux génies , qui pleurent , tenant en main des
guirlandes de cyprès. Les deux côtés sont garnis des statues d’Apollon et de Minerve, que par scrupule on a nommées David et Judith. Le piédestal qui soutient 1’urnc sépulchrale contient un beau bas-relief représentant des Faunes , des Nymphes , et des bergers , qui chantent et jouent de divers instrument : ces figures font allusion aux ti'ois genres de poésie qui distinguaient Sanuazar. Le Bembo y fit graver le distique suivant , qu’il avait composé lui-même , et dans lequel il compare Sanuazar à Virgile
Du sacro cincri flores , hic ille Maroni S in ccr us. Musa proxiitius ut tumulo .
Sinccrus étoit le nom poétique que preüoit Sannazar nelT Accadcmia Pontaniana.
Il y a aussi dans cette Église deux tableaux qui méritent les égards des curieux.
C’est un S. Michel qui foule au pied une très-belle femme qui tient le lieu du Diable : ouvrage de Léonard de Pistoje ; et l’autre est l’adoration des Mages , peint par Jean de Bruges , qu’oa dit avoir été le pre* mier qui fit usage de l’huile dans la peinture ( mais il faut remarquer ce que nous avons observé plus bas dans l’Eglise de St.
Antoine l’hermite) *, on ajoute aussi que ce tableau eût été donné à Sannazar par le Roi Frédéric d’Aragon.
En suivant la plage çlite de Mergcllina ,
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on voit plusieurs maisons de campagne et des lieux de plaisance , parmi lesquels se trouve un palais très-remarquable , mais abandonné , sans jamais avoir été achevé.
On le nomme communément Palais de la Reine Jeanne, quoiqu’on sache qu’il fut bâti vers la fin du XVI Siècle , par une Princesse de la Maison Caraffa , appelée Anna , c’est pourquoi les Napolitains, en y ajoutant 1 ePon, prononcent Dognanna : son architecture est l’ouvrage deFansaga, et ce serait un des plus beaux palais de Naples^, aussi bien par son site, s’il étoit terminé.
L < route de Mergellina , qui a été dernièrement très-étendue , est tràs-fréquentée par les voitures , et les piétons qui s’y promènent: on y voit aborder aussi de petits bâteaux , particulièrement dans 1’ endroit nommé lo Scoglio , où les habitans de Naples vont faire des soupers et des parties de plaisir pendant les belles nuits d’élé.
Un peu plus loin , sur l’extrémité du Promontoire , se trouve un lieu nommé par les paysans la Gajola , peut-être par sa forme qui ressemble une caje d’ oiseaux , car c’est ainsi qu’on 1 appelle à Naples. On y voit les restes de cette célèbre maison de campagne de Lucullus , que Pline dans le cb. 54 du livre IX de son Hist. naturelle nous a décrite; le grand bassin, qu’il y fit creuser pour prendre des bains ; le mont qu’il fit percer de part en part jusqu’à la profondeur d’en rendre le passage
navigable ; les viviers et les Te'servoirs qui y étaient en grand nombre selon le récit de Varron: tout cela nous donne un témoignage très-certain de la magnificence de cet opulent Romain, ou de qui que ce soit.
S'il vous plaira traverser le canal, dont nous venons de parler, vous y verrez une voûte , en grande partie ruinée qu’ on appelle la Scuola di Firgilio. C'étaient des thermes assurément; et dans ces lieux-là il y avaient des salles , ce, qui peut rendre raison du mot Scuola , École; mais on ne saurait pas deviner pourquoi l’ a-t-on attribué à Virgile. En parcourant toujours la cote de ce promontoire, et précisément le lieu qu’ on appelle Mai echiano , • on y voit ces fameuses citernes et les viviers de la maison de campagne de Védius Pollion , ou se conservaient les vieilles murènes que 1 on nourrissait de sang humain , et dont le meme Pline parle avec étonnement. Ces viviers existent encore dans leur entier ; ils ont 5 o pieds de long sur 18 de large et 24 de profondeur. Et ces deux gros piliers , restes de colonnes d’ordre corinthien , on croit qu’ils appartenaient à un ancien temple dédié à la Fortune , au lieu duquel a été depuis édifiée l’Eglise voisine appelée S. Maria a Fortuna. C’est dans la voisine maison de campagne de la famille Maxza qu’on a recueilli plusieurs mémoires de ces lieux-ci.
' C’est aussi près du promontoire de Pau-