‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 32 sur 92 · CHATEAU SAINT-ERME · texte numérisé non relu

CHATEAU SAINT-ERME

C’était anciennement une Tour érigée par les Princes Normands : sa situation avantageuse au sommet de la colline , dominant ■à la fois toute la ville d’un côté , et la mer de 1 autre , lui avait fait donner le nom de Bètforte. Charles II convertit cette Tour en une forteresse, à laquelle on ajouta de nouvelles fortifications en i5i 8. lorsque Naples fut assiégée par le Général Lautrec. Charles V en fit ensuite une Citadelle régulière que Philippe V embellit de nouveaux ouvrages. L’ensemble de cet édifice présente aujourd’hui un hexagone d’environ cent toises de diamètre , composé de murailles fort élevées , avec une contrescarpe

taillée dans le roc , où sont également pratiquées les fossés qui l’environnent, avec des mines, contremines et plusieurs souterrains qui s’étendent tout autour. Au milieu du Château est une place d’armes très-vaste , avec une artillerie formidable , et une nombreuse garnison. On voit aussi , sous ce meme Château , une citerne d’une prodigieuse grandeur ; elle est aussi large que le Château lui-même.

Au pied du Château se trouve

L’ÉGLISE DE St. MARTIN.

Il y avait d’abord en cet endroit une maison de campagne des Rois de Naples que sa belle situation rendait trcs-agréable. Charles , Duc de Calabre , fils de Robert d’Anjou , engagea son père à la convertir en un lieu sacré; de manière qu’en i3a5, on commença à construire une Église et un Monastère qui fut doté d’un fort riche patrimoine par le Roi Robert et par la Reine Jeanne I.

L'Égl ise actuelle fut renouvellée deux siècles après, suivant le plan du chevalier Fansaga. Elle est ornée de belles peintui’es , de beaux marbres , de pierres précieuses et de stucs dorés. Au dessus de la porte est un tableau du chevalier Massimo , représentant la déposition de Jésus-Christ avec la Vierge , St. Jean et St. Brunon. Les deux côtés de l’ Église offrent aussi deux autres.

tableaux , représentant Moïse et Elie. Ces ouvrages de l’Espagnolet sont très-beaux.

Les douze Prophètes , formant huit tableaux dans la voûte de la nef, sont aussi des chef-d 1 oeuvres du même peintre , tant à cause de la sublimité du dessin , et de la variété des caractères , que pour leur expression naturelle et la beauté du coloris. Les fresques qu’on voit sur la voûte de la nef, et qui représentent le Sauveur montant au Ciel , ainsi que les douze Apôtres placés entre les fenêtres , sont encore de beaux ouvrages du cbev. Lanfranc.

Le maitre-Autel , fait d’après le dessin de Solimène , est enrichi de marbres précieux. Le choeur est d’une beauté rare : les peintures de la voûte sont du chevalier d’Arpin. Le tableau principal répondant au maître-Autel , représentant la Naissance de notre Seigneur , est l’ouvrage du célèbre Guide Réni , que la mort de ce peintre empêcha d’achever : les autres peintures qu’on y voit , sont de Lanfranco, de l’Espagnolet et du chevalier Massimo , et de Carracciuolo , mais le fresque représentant la Crucifixion peint par Lanfranco est supérieurement exécuté.

Les chapelles contiennent aussi de belles peintures , parmi lesquelles se trouve le Ba-

{ >tème de St. Jean , le seul ouvrage de Chares Maratta qu’on ait à Naples , et le S. Brunon qui donne la règle à ses confrères du pinceau de chev. Massimo.

La voûte de la Sacristie a été peinte par le chevalier d’Arpin et ornée par divers tableaux du même et du chev. Massimo , et d’un St. Pierre du Caravaggio. On passe de-là dans une chapelle , dont les peintures sont toutes de Giordano , à l’exception du tableau de l’Autel , représentant Jésus- Christ mort , qui est un des plus beaux ouvrages de l’Espagnolet. En sortant de la Sacristie on entre dans la Salle du Chapitre des Pères , la voûte de laquelle a été

f einte par Belisario Corenzio qu’on a céîérée comme un chef-d’oeuvre. Les autres fresques sont du Finoglia disciple du chev.

Massimo etc. Parmi les tableaux qu’on y voit , il faut remarquer la Présentation par Santafede , et P adoration des Mages par Carracciuolo. L’autre Salle qui suit , appellée le Chapitre des Convtrs , a été peinte par Domenico Gargiulo surnommé Micco Spataro , célèbre par ses petites figures »

qu’on y voit sur de feintes tapisseries.

Le grand Couvent , qui est annexé à cette Église , et qui autrefois appartenait aux Chartreux , est occupé aujourd'hui par les Soldats invalides. La situation de cet édifice est sans contredit des plus magnifiques : on y découvre d’un coup d’oeil l’ immense ville de Naples , de manière à ne rien perdre des vues de ses plus beaux édifices : on voit également presque toutes les rues et les places principales : on y entend le bruit du Peuple et des voitures ; on domine d’un

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côté le magnifique golfe fie Naples , et de l’autre les belles collines de Pausilipe et de Capo di Monte , et la belle Campagna Fe~ lice qui s’étend jusqu’à Caserte. On voit dans l’éloignement les monts Tiphatins , et derrière eux la chaîne majestueuse des Ap-

Ï icnnins , qui environne le Vésuve d’un côté, ndépendamment de ces beautés naturelles , le pied de ce Volcan présente encore les délicieux Villages de Portici , de la Torre del Greco et de la Nunziata. Ce magnifique prospect est terminé par les montagnes de Sorrento , de Vico , et de Massa ; et par les îles de Capri , d’ Ischia , de Procida , et de Nisida. Le point le plus favorable pour joùir parfaitement de l’ensemble de cette superbe perspective , est dans le jardin du monastère , appelé Beleedere. C’est sans contredit le plus beau coup d’oeil du Monde. 1

Après avoir parcouru presque toutes les hauteurs de Naples, nous reviendrons, par la même route , au bas de la Ville. En passant à la Cesarca , où existe un petit hôpital très-bien servi , vous ne serez pas fâché de visiter la manufacture de fleurs artificielles, établie dans le ci-devant couvent de St. François de Sales. On sera étonné de la perfection du travail.

A l'extrémité de la Rue de Tolède est la

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