‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 48 sur 92 · SIXIÈME JOURNÉE · texte numérisé non relu

SIXIÈME JOURNÉE

Nous achèverons aujourd’hui le cours de la Ville de Naples , dont nous n’avons plus à voir que l’Eglise Cathédrale de St. Janvier -, celle des SS. Apôtres , la Vicaria , l’Eglise de l’Annonciation, la place du Marché et l’Église de Ste. Marie du Carme.

Assez près de l’Eglise des G irolamini > dont nous avons parlé à la fin de la journée précédente , on trouve

L’ÉGLISE CATHÉDRALE DE St. JANVIER.

L’ancienne Cathédrale fut bâtie pendant le règne de. Constantin le Grand , sur les restes du Temple d’Apollon , et dédiée à Ste. Restilute. Charles I. d’Anjou commeu-

ça enstiite en 1280 la construction d’ uue nouvelle Cathédrale vaste et très-magnifique , qu' il agrandit encore davantage en faisant démolir la croisée de la dite Eglise de Ste. Restitute. Ce grand édifice , qui fut achevé en 1 299. par Chai’les II , étant tom- 3 bé lors du tremblement de terre de x 456 , il a été rebâti par Alphonse I d’Aragon , d’après les dessins de Nicolas le Florentin et de son élève Maglione , et achevé par Masuccio II.

La façade de ce grand Temple fut faite en i 4 ° 7 - et restaurée en 1788. L’Architecture intérieure et extérieure de cette Église est Gothique , mais elle est magnifique et garnie de beaux ornemens consistant en figures et bas-reliefs ; on y remarque aussi deux belles colonnes de porphyre situées des deux côtés de la porte , ouvrage de Bamboccio de Piperne.

Le dedans de cette Église présente un grand nombre de chapelles et cent dix colonnes de granit Egyptien et Africain , sauvées des débris de l’ancien Temple d’Apollon : autour de chaque pilastre de l’Église sont placées trois de ces colonnes couvertes de stuc, qui la divisent en trois nefs 5 on en voit aussi d’autres sous les arches et dans les chaj elles.

L’Autel majeur , qui est tout composé de marbres choisis , fut refait à neuf en 17 44> d’après le plan du chevalier Paul Posi. Le dessus de cette Autel porte uue belle sla-

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tne en marbre , représentant l'Assomption, exécutée par Pierre Bracci. Car le tableau qui y existait anciennement , représentant le même triomphe de la Sainte Vierge , avec les apôtres et le portrait du Card. Carafa , peint par le maître de Raphaël , Pierre Perusin , a été placé sur la petite porte à droite du maître-Àulel , où est la Congrégation de Propaganda des Prêtres Missionnaires. Les deux anciens candélabres de jaspe , en forme de deux colonnes , sur le but du péristyle , sont très-précieux.

On descend à l’Église' souterraine par un double escalier. Elle est révêtue de marbre blanc et ornée de bas-reliefs , en forme d’ arabesques , et de jolies figures. Le plafond est fait dans le goût antique et soutenu par dix colonnes de cipollino. Le corps de St. Janvier , Evêque de Bénévent et grand protecteur de Naples , est déposé sous le grand Autel. Cette Église souterraine fut faite en 1 s P ar I e Cardinal Olivier CarafFa , Archevêque de Naples , dont la statue que l’on voit à genoux à côté du maître-Autel , passe pour être l’ouvrage de Bonarroti. Il est à souhaiter que les étrangers observent bien les arabesques en marbre de cette chapelle ; à fin de juger avec combien peu de bonne foi et avec quelle légèreté en ont parlé certains voyageurs qui aiment à abuser de leurs lecteurs.

En revenant dans l’Église supérieure , on voit dans la croisée à droite de l’Autel-ma-

jeur, quatre tableaux de Jourdan ; et qu a-»

tre autres de Solimène dans la croisée visà-vis. Les peintures du plafond de la nef principale , sont de Sanlafede.

Les tombeaux de Charles d’Anjou , de Charles Martel et de son Epouse Clémence , se trouvent au-dessus de la gx'ande porte de l’ Eglise. Les dessus des petites portes présentent deux tableaux de George Vasari. Du côté gauche de la grande porte est un vase antique de basalte d’ Égypte , élevé sur un piédestal de porphyre , remarquable par ses bas-reliefs représentant les attributs de Bacchus. C’est à présent le Baptistère.

La Sacristie est ornée de plusieurs peintures , parmi lesquelles se trouvent les portraits de tous les Evêques et les Archevêques de Naples. L’ armoire placée à côté de l’Autel , sert de dépôt à un grand nombre de Reliques précieuses.

On distingue parmi les monumens sépulcraux de cette Église , celui d’innocent IV, mort à Naples en 124°" Le devant de la chapelle Caracciolo présente également le dépôt du Cardinal Innico Caracciolo , Archevêque de Naples. Ce monument est trèsestimé pour sa composition : on y voit trois enfans découvrant un médaillon , sur lequel est sculpté le portrait du Cardinal 5 et le dessous du suaire laisse appercevoir un squelette montrant un sablier. Pierre Ghetti est l’auteur de cçt ouvrage qui vraisemblable-

ment a donne' au Chev. Bernin la première idée de sa belle composition du Tombeau d’Alexandre VII. de la maison Cliigi , existant à Rome dans la Basilique de St. Pierre.

Par la petite nel‘ à gauche de la grande Porte , on entre dans l’ancienne Église ou Basilique de Sle. Restitute. Elle fut érigée,, comme nous l’avons dit , du tems de Constantin, sur les ruines du Temple d’Apollon, auquel appartenaient les colonnes qui soutiennent aujourd’hui la nef. Cette Eglise a été la Cathédrale de INaples pendant plusieurs Siècles avant la construction de la nouvelle . Elle appartient aux Chanoines qu’on dit avoir été établis par Constantin au nombre alors de quatorze pour y officier. Le dessous de l’Autel majeur contient un bassin antique de marbre blanc. Les deux colonnes d’ordre Corinthien situées à côté de cet Autel , et le grand nombre des autres qui soutiennent la grande nef, ont sûrement servi à des temples antiques sur les ruines desquels s’élève tout ce grand édifice. En vous tournant sur la droite vous trouverez un ancien sarcophage représentant le triomphe de Bacchus et dans lequel n été enseveli en x 1 4o Alphonse Piscicelli. Il est suivi par un autre , mais chrétien , et depuis on entre dans une petite mais intéressante chapelle qu’on nomme S. Giovanni in Fonte. Elle est parsemée d’anciens monuments et de mémoires des bas tems.

En sortant d’ ici vous aurez bien du plaisir

d’ examiner la mosaïque du XIV siècle la plus parfaitement conservée dans la chapelle de S. Maria del Principio , et les deux bas-reliefs des bas temps qui appartiennent à 1 ’ ambon de 1 ’ ancienne Cathédrale. Les hommes de lettres ne quitteront pas cette Eglise sans parcourir au moins d’ un coup d’oeil 1 es monuments élevés à la mémoire des célèbres Mazzocchi , Iguarra , Majello , Siméoli , Pulci-Doria , et autres membres du chapitre des chanoines de cette même Église.

En rentrant dans la Cathédrale et vis-àvis de cette Eglise de S. Restitute est la chapelle de St. Janvier , appelée du Trésor parce qu’elle coûta en effet prés d un million de ducats ; et à cause aussi des richesses immenses qui s’y trouvent. Elle fut érigée aux frais du Peuple napolitain en 1608, par suite d’un voeu fait à l’occasion de la peste dont cette Ville fut affligée en i 5 a 6 .

Cette Chapelle est d’ une forme ronde , décorée de sept Autels , d’après les dessins du P. Grimaldi Théatin 5 à l’exception cependant de la façade extérieure qui a été exécutée d’après le plan du chevalier Fanzaga. Tous les arts ont concouru à la formation de cette merveilleuse chapelle ; toute sorte d’ornemens et de richesses y ont été prodiguées. La façade extérieure est en * marbre blanc et noir avec deux grandes colonnes qui soutiennent P architrave : les deux côtés de la porte , qui est de bron-

ze , sont garnis de deux niches , contenant les statues de St.Pierre et St. Paul, exécutées par Julien Fiuelli.

La porte d’airain est d’ un travail merveilleux : toute la chapelle dans son circuit contient 4 2 colonnes d’ ordre corinthien , en marbre broccateilo , entre lesquelles on voit des statues de bronze et plusieurs bustes du même métal , représentant les saints protecteurs , au-dessous desquels il y a des autres niches, fermées, où se conservent des bustes fondus en argent des mêmes saints , qui sont au nombre de 3 7 , dont S. Michel et S. Raphaël sont en entier. La plus part de ces statues sont de Julien Finelli , comme aussi la grande statue de St. Janvier en bronze qu’on voit sur le Maître-Autel , audessous de laquelle se trouve le depot des reliques du même Saint Protecteur. C 1 est dans le buste qu’on y conserve la tête , et dans un tabernacle tout d’argent il y a deux fioles du Sang du Saint, recueilli , dit-on , par une femme napolitaine au moment de son martyre. Ge Sang redevient miraculeu- sement liquide toutes le fois qu’on le présente devant la tête de St. Janvier. La cérémonie de ce miracle se renouvelle trois fois par an ; c’est-à-dire , pendant huit jours du mois de Mai , et huit jours de Septembre ; et le 16 de Décembre , jour de la fêle Patronale. Le miracle est pour tous les Na-'» poli tains un objet continuel de dévotion et d’étonnement , dont on ne saurait se for-

mer une idée sans y être présent. Lorsque la liquéfaction du Sang s' opère de suite , la joie du Peuple est sans bornes ; mais si le miracle larde un instant à s’opérer , les cris et les gemissemens s’ élèvent jusqu 1 au Ciel 5 car P interruption de ce miracle est regardée à Naples comme le présage de quelque grand malheur ; mais la dévotion et la foi des Napolitains sont si ardentes , chez les femmes surtout , que le miracle 11e manque jamais de se faire et de se renouveller pendant tous les huit jours de l’octave , de sorte que tout le Monde voit et baise le Sang de St. Janvier aussi liquide , qu’au moment où il sortit de ses veines. La Ville de Naples s’est vue plusieurs fois en danger d’ être ruinée par les éruptions du mont Vésuve , par les tremblemens de terre , et par d’autres fléaux , tels que la guerre , la peste etc. , mais elle en a toujours été délivrée par son grand Protecteur.

Avant de porter vos regards sur les peintures , dont cette chapelle est très-riche , fixez-les un moment sur son Maître-Autel.

Qu’il est majestueux ! qu’il est beau ! C’est une masse de porphyre entrecoupée par des corniches d’argent ou de bronze doré , et brodée par des bordures du même métal.

Dans les solemnités on y ajoute des grands chandeliers et des vases de fleurs tout d’argent , et une croix merveilleuse de lapis lazuli. L’avant-Autel est un grand bas-relief

d’argent représentant la translation des reliques du même Saint, qui existaient dans le monastère de Monter ergine.

Les tableaux des deux grandes chapelles , et ceux des quatre chapelles plus petites sont tous peints sur cuivre par plusieurs maîtres. Le tableau de la grande chapelle à droite du maître-Autel , est l’ouvrage du célèbre Domiuiquin; celui de l’Autel de l’autre qui est vis-à-vis , est de 1’ Espagnoles Trois des tableaux existaus dans les petites chapelles sont du Dominiquin , et un du chevalier Massimo. Toutes les peintures à fresque , que l’on voit dans les voûtes et dans les angles de cette ^grande chapelle , sont également du Dominiquin. 11 avait commencé la peinture de la coupole ; mais l’ouvrage fut interrompu par sa mort. Celte même voûte fut ensuite peinte par le chevalier Lanfranc avec beaucoup d’ art : cet artiste fit cependant effacer tous les ouvrages qu’il trouva peints du Dominiquin , par haine , sans doute , de son grand prédécesseur. V.

■ Toute cette vaste Chapelle davait être peinte par le fameux pinceau de Guide Reni , qui s’était rendu à Naples à cet effet j mais l’Espagnolet , et particulièrement Bélisaire Corenzio , peintres, ayant tenté de l’empoisonner par jalousie , il voulut absolument s’en retourner chez lui. On raconte la même aventure touchant les célèbres Gessi disciple de del Gaiso , et le che-

valier d 'Jrpino. Le Dominiquin éprouva les' mêmes désagrémens , et les craintes conlinuelles où il vivait, F empêchèrent de développer tout son génie dans les ouvrages cités plus haut. La Sacristie est pleine d’objets sacrés d’une valeur immense.

En rentrant dans la Cathédrale il faut chercher , encore une fois la chapelle de la famille Minutolo -, qui est dans un coin de la croisée de la grande nef à gauche du maître-Autel. Elle est bien intéressante pour ceux qui aiment à connoître des peintures et des sculptures de la renaissance de 1’ art à Naples. Les premières appartiennent à Thomas dello Stefano , les autres à Pierre son frère qui vécurent dans le siècle XJ1I. Cette chapelle est la même dont parle Boccaccio dans sa V nouvelle de la seconde Journée.

Il y a , pour sortir , deux petites portes vis-à-vis l’une de F autre. Celle qui est à gauche vous conduira sur la place où s’élève l’Aiguille de St. Janvier , érigée par le peuple Napolitain en 1660, d’api’ès le dessin du chevalier Cosme Fanzaga. Ce monument mérite d’être considéré pour sa belle invention , et pour la manière dont il a été exécuté. La statue de bronze du même Saint, placée sur l’extrémité de cette Aiguille , est de Julien Finelli. L’autre porte à droite conduit au palais Archiépiscopal , dont F appartement principal est orné de frises peintes par le chevalier Lanfranco.

En sortant de ce palais , et prenant le

chemin supérieur de la rue de’ SS. Apostoli 7 vous troverez

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