TORRE DE’ TRE PONTI, AUBERGE
Sixième Poste.
C’est ici que commencent les Marais Pontins qui ont environ vingt quatre milles de long sur six , et dans quelque endroit jusqu’à douze milles de large. Le nom de Marais Pontins, ou Pomptina Palus , vient de P o~ metia , qui' était une Ville peuplée et considérable, même avant la fondation de Rome , située à l’endroit qu’on appèle aujourd’hui Mesa.
Denys d’Halicarnasse, dans le second livre de son histoire , parle des Lacédémoniens qui vinrent s’établir sur cette côte , et y bâtirent un Temple à la Déesse Fer onia y ainsi appelée à Jcrendis arboribus , parce qu’elle présidait aux productions de la terre.
Ce pays devint ensuite si peuplé , qu’ont y compta jusqu’à a3 villes , suivant le té-
ar
moignage de Pline. Du nombre de ces Villes étaient Sulmona ou Sermoneta , Setia ou Sezze , Piper num ou Piperno , Anlium , et Forum Appii , dont nous avons parlé dans rAvant-Propos. Indépendamment de ces Villes il y avait , dans ces environs , un grand nombre de maisons de campagne, qui étaient si considérables , que les noms de quelques-unes se sont conservés jusqu’à présent : les plus célèbres furent celle de Titus Pomponius Atticus , dans les environs de Sezze $ celle de la Famille Antonienne, auprès de la montagne appelée Antognano , où l’on voit encore des ruines nommées le Grotte del Campo ; celle de Mécène , près de Pantanello , où il reste de vieux murs 5 et celle d’Auguste qui était près du palais de la Maison Cornelia , dans l’endroit appelé Maruti.
Les eaux qui descendent des montagnes voisines , et qui coulent avec peu de pente , formaient dans cet endroit des marécages , de sorte qu’on ne le pouvait ni cultiver , ni habiter. Elles produisaient en été des exhalaisons si dangereuses, qu’on les regardait comme la cause du mauvais air que l’on souffrait à Rome même , quoiqu’éloignée d’environ 4° milles. On était déjà dans cette persuasion du tems de Pline qui dit dans le livre 3, c. 5. Ob putridas ex halationes karum paludum , ventum Syrophaenicum Romae summopere noxium volunt nonnulli. C’est poui*quoi les Romains pri-
rent soin de procurer l’écoulement des eaux* et d’empêcher les débordemens qui rendaient malsaines leurs plus belles habitations :
tous les tems.
Appius Claudius , l’ an de Rome 44 2 > a été le premier qui fit travailler aux Marais Pontins , lorsque faisant passer sa fameuse route au travers , appelée Appienne par son nom, il y fit £aire des canaux, des ponts, et des chaussées , dont il reste encore des parties considérables. Les guerres qui survinrent aux Romains, les détournèrent longtems du soin et de l’entretien que ce canton exigeait : les inondations recommencèrent, et i58 ans avant l’ère Chrétienne , il fallut y faire de très-grandes réparations.
Ces travaux avaient été long-tems négligés, lorsque Jule César forma les plus vastes projets pour la bonification de ces campagnes : il voulait porter l’embouchure du Tibre vers Terracine, pour rendre le commerce de Rome plus facile, donner un écoulement aux Marais Pontins, et dessécher les campagnes. Plutarque , Suétone et Dion parlent de ce dessein , dont sa mort empêcha l’exécution. Ce fut Octavien Auguste qui reprit le projet du dessèchement ; il fit faire dans différentes directions plusieurs canaux qui portaient les eaux à la mer .
L’Empereur Trajan fit paver le chemin qui traversait les Marais Pontins , au rapport de Dion , et y fit bâtir des ponts et
des maisons j on en voit la preuve par l’inscription qui est sur une pierre dans la Tour de Tre Ponti , sur la voie Appienne.
L’inondation des Marais recommença dans le tems de la décadence de l’Empire : on lit dans les lettres rapportées par Cassiodore , que Théodoric Roi d’Italie , les abandonna à Cécilius Décius pour les dessécher :
et il parait que l’entreprise de Décius eut tout le succès qu’ on pouvait en espérer.
L’inscription qui fut gravée à ce sujet , se voit près de la Cathédrale de Terracine.
Boniface VIII fut le premier des Papes qui s’occupa du dessèchement des Marais Pontins *. il fît faire un ttès-grand canal et dégagea toute la partie supérieure de la campagne ; mais les eaux de la partie basse n’ayant pas assez de pente , et les canaux se remplissant peu-à-peu , l’inondation recommença.
Martin V de la très-ancienne Maison Colonna fit faire un autre canal qui subsiste encore , et qu’on appèle Rio Martino : c’est un ouvrage si considérable par sa largeur et sa profondeur , qu’il y a des personnes qui croient que ce canal était ancien , et qu’il portait le nom de Rio Martino longtems avant le Pontificat de Martin V. Ce Pape espérait de faire conduire toutes les eaux dans ce grand canal : mais cette entreprise manqua par sa mort.
Sixte V , en 1 5 B5 , reprit le même projet pour purifier l’air , et augmenter la fer-
tiiité de l’Etat Romain : il fit faire un autre grand canal qu’ on appèle aus*i Fiumc Sisto , où il rassembla une grande partie des eaux dispersées , et les fit décharger dans la mer au pied du mont Circello : il profita des canaux anciens faits par Appius Claudius , Auguste et Trajan , pour conduire les eaux dans son nouveau canal } et il fit faire des digues sur les deux côtes pour les contenir : mais ces digues étant un peu faibles se rompirent après la mort de Sixte V , et son ouvrage devint presque inutile .
Ses Successeurs , pendant l’espace de deux siècles , ne s’ occupèrent qu à faire visiter et à former des projets pour le dessèchement de ces Marais ; mais la difficulté de l’ouvrage et les grandes dépenses , empêchèrent toujours le succès de cette entreprise. Enfin le grand Pie VI , aussi ardent
3 ue Sixte V , à suivre des projets , consiérant qu’il pouvait rendre à l’agriculture vingt mille rubbia de terrain , ou cent huit mille arpens de Paris , fit faire par Cajétan Rapini de nouveaux nivellemens de ces Marais dans tous les sens : cet ingénieur reconnut qu’on pouvait rassembler toutes les eaux dans un canal contigu à la voie Appienne qui marquait leurs anciennes directions , et les faii’e aboutir dans la mer à Torre di Badino\ et c’est ce qu’on appèle Linea Pia , du nom de ce Pontife, qui en entreprit l’exécution en 1778 avec beaucoup de chaleur. Divers petits canaux conduisent
les eaux dans deux autres canaux plus grands; ce qui en empêche la stagnation. Plusieurs fois Pie VI s’y porta en personne ; et sans épargner ni soins , ni dépenses , il conduisit l’ouvrage à tel élat, qu’aujourd’lrui presque toute cette vaste campagne est rendue à la culture , l’air est plus purifié et la voie Appienne , qui était autrefois sous les eaux , est rétablie. Pour aller à T erra ci ne il fallait passer par les montagnes de Sezze et de Piper no , voyage très-incommode ; au lieu qu’ à-présent on y va par une route plaine et droite d’environ vingt-cinq milles de longueur. A environ trois milles de T or Tre Ponti , on a trouvé de fort beaux restes de monumens antiques , qui sans doute servaient d’ornement au Forum Appii , et à la célèbre voie Appienne.
A l’extrémité du cap occidental des Marais Pontins , et à l’embouchure de la rivière Astura est la Tour du même nom , où il j avait un petit port, dans lequel Cicéron s’ était embai*qué pour aller à sa maison de campagne de For mie , le jour qu’il fut assassiné. C’est aussi là que fut trahi et arrêté le jeune Conradin , Roi de Naples , par un Frangipani, Seigneur d’Astura , chez qui il s’était réfugié.
Quand on est à l’extrémité des Marais Pontins , vers Torre A Astura , • il ne reste que six milles pour aller à Nettuno, Ville maritime des Etats Romains : elle prit son nom du Temple de Neptune, où l’on fai-
sait les sacrifices pour obtenir une heureuse navigation.
A un mille et demi de Nettuno et à 4 2 de Rome , on trouve Capo eTAnzo , autrefois Antium. C’était une Ville des Volsques, qui fut célèbre par les guerres des Antiates et des Volsques contre les Romains , l’an de Rome 262. Il y avait un port qui fut détruit par Numicius , l’an de Rome 284. Cette Ville fut très-fameuse par ses magnifiques Temples de la Fortune , de Vénus Aphrodite et d’Esculape , et par la maison de plaisance des Empereurs : aussi y a-t-on trouvé plusieurs statues , entr’ autres le célèbre Apollon du Vatican, 'et le Gladiateur de Borghèse. L’Empereur Néron fit rétablir Antium , et il y construisit un port vaste , où il dépensa , selon Suétone , des sommes immenses. Ensuite étant ruiné , le Pape Innocent XII fit travailler à son rétablissement , qui fut achevé par Benoit XIV. On y voit les belles maisons de campagne Corsini , Doria et Aîbani.
A l’autre extrémité occidentale des Marais Pontins , on trouve le Monlc-Circello , ou cap de la fameuse Circé , qui est une presqu’île formée par un rocher élevé, où est la Ville de San Felice : c’est là qu’était le palais de la fille du Soleil , et les prisons redoutables où Homère dit , que les compagnons d’Ulysse furent enfermés après leur métamorphose , mais où ils passèrent ensuite une année dans les délices.
En retournant clans la voie Appienne, à huit milles de Torre Tre Ponti , on trouve