‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 52 sur 91 · L'éditeur des Annales de la Patrie, M. Kraïevsky · texte numérisé non relu

L'éditeur des Annales de la Patrie, M. Kraïevsky

3. M. Saltykov (Stchédrine) était à ce moment i-édacteur en chef d'une importante revue : Les Annales de la l'iXlrie.

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an — à iOO roubles (330 fr.) par feuille d'impression. Comme vous en écrivez facilement deux et demie (feuilles) cela ferait 800 francs par feviilleton : 3,200 francs par an. Je vous conseille fort d'accepter sans lâcher Stassulevitch, c'est-à-dire en continuant à lui envoyer 12 lettres par an. Je crois que vous y parviendrez sans trop de peine et Stassulevitch, est une bonne pratique qu'il faut garder, surtout après la déconfiture de ce pauvre Assommoir en Russie.

Saltykov m'a dit qu'on vous indiquerait les sujets qu'on désirerait voir traiter par vous, et qu'ils ne ne demandent pas mieux que de commencer en octobre.

Faites-moi savoir ce qu'il résultera de tout cela.

La mort de Mme Sand m'a causé un très grand chagrin ; je suis sur qu'elle a dû attrister Flaubert; je veux lui écrire. Vous pourriez faire une très belle lettre sur elle. (1)

Je vous serre cordialement la main et suis Votre tout dévoué

Iv. TOURGUÉNEFF.

1 . Zola écrivit en effet un article sur George Sand dans le Messager de C Europe de juillet 187(j.

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Spasskoïé, Gouvernement d'Orel, Ville de Mlsensk.

lundi, 3 juillet/2i juin 1870.

Mon cher ami.

Je viens de recevoir votre lettre dans mon culde-sac, et je me hâte de répondre. Je commence par regretter beaucoup le mal que je vous ai fait indirectement en vous recommandant ce médecin allemand : décidément rien d'allemand ne va aux Français. Je suis heureux de savoir que vous êtes mieux, et je ne doute pas que l'air de la mer ne vous fasse du bien.

Quant à l'alfaire des correspondances, elle est parfaitement nette. Saltykov, qui se trouve pour le moment dans un village aux environs de Moscou, m'a écrit encore hier. Vous savez les conditions : 4 correspondances par an, — aux mois de janvier, avril, juillet et octobre, — 300 francs par feuille d'impression, — de 2 à 3 feuilles. On désirerait commencer dès le mois d'octobre de cette année. C'est à vous de décider sur quoi vous voulez écrire : je vous ai parlé de la couleur de la revue *•

Je serai de retour à Paris dès le 28 ou 30 juillet. Nous prendrons jour pour la fin d'août et nous

1 . CcUe revue, les Annales de la Paine, était la plus libérale des publications russes d'alors.

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arrangerons tout cela. Saltykov retourne à Pétersbourg vers le 15 septembre. La revue paraît le !'"■ octobre vieux style, c'est-à-dire le 13. Je suppose cpie le temps ne vous manquera pas ; sinon ce sera pour le l"^"" janvier. Stassulevitch sera prévenu d'une façon délicate.

Jau aussi Aient de m'écrire. Il avait reçu votre article sur George Sand et en paraissait enchanté. Il n'est pas impossible que j'en écrive plus tard un à propos du vôtre, où je ferai de la polémique amicale. Je suis très curieux de lire votre article.

Je travaille ici comme un forcené. Je me couche h 2 heures. Je m'endors h 3. Je me lève à 9, et le jour je suis accablé d'affaires. Heureusement la goutte me laisse en repos jusqu'à présent. M. Nittershauser m'a mieux réussi qu'à vous.

Ma lettre vous trouvera encore à Paris. Laissez votre adresse maritime .à la rue de Douai; je vous écrirai dès mon retour.

Au revoir, je vous serre cordialement la main. Votre tout dévoué

Iv. TOURGUÉNEFF.

p. s. — Il y a bien peu de chance pour le petit correspondant à 200 francs. J'ai frappé à deux ou trois portes. Visage de bois. Enfin, tout n'est pas dit.

p. P. S. — Le nom de votre nouvelle revue est Otetchestvennya Zapiski. C'est terriblement long et difficile. Ça veut dire : Annales de la Patrie. Ce

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titre est très bète. On l'a acheté sous le lèano de rempereur Nicolas, alors qu'il était dclendu de fonder de nouveaux journaux.

Bougival, Les Frênes.

Lundi, 7 août 187G.

Mon cher ami,

Le papier sur lequel je vous écris est d'une élégance fantastique, mais c'est par hasard que je l'ai.

Je suis revenu hier, après un voyage de 8 jours du fin fond de la Russie. J'ai trouvé ici votre lettre et deux autres de Stassulevitch. Je suis fort content que cela se soit arrangé ainsi, et vous avez fort bien agi de ne pas lâcher la proie pour l'ombre ; — ce n'est pas ce que je voulais dire, car l'autre revue n'est pas une ond^re ; mais enfin le mieux est l'ennemi du bien, et ce surcroît de travail vous aurait éreinté. Enfin, vous sortez de tout cela avec une augmentation. Soyez tranquille, j'écrirai tout ceci à Saltykov, de façon à ne pas vous mettre mal avec lui.

J'ai réussi à finir mon roman à la campagne et je vais me mettre à la copie'. Je ne bougerai pas d'ici pendant six semaines — ça ne durera

1. Terres jierges. L'original russe a paru dans le Messager de l'Europe, livraison de janvier et de lévrier 1877.

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pas moins — à l'exception de deux ou trois jours que j'irai passer à Croisset, chez Flaubert.

Je vous souhaite de vous remettre complètement en belle santé et bonne humeur — et achevez V Assommoir ! La pièce de théâtre, c'est fort bien et amusant, mais le peu que j'ai lu ipar bribes dans les feuilletons) de VAssoni/7ioir m'en adonné une très haute idée.

Allons, à bientôt ! car je vous prie bien de m'avertir quand vous serez à Paris. Je vous serre cordialement la main.

Tout h vous

Iv TOURGLÉXEFF.

50, rue de Douai, mercredi 1876.

!Mon cher ami,

Je viens à vous avec la demande suivante : Seriez-vous homme à lire quelque petit fragment de vous (8 à 10 minutes) à une matinée musico-littéraire que nous sommes en train d'organiser pour les pauvres étudiants russes qui se trouvent a Paris, et qui aurait lieu dimanche (dans dix jours) à la maison de la rue de Douai ? Votre nom sur l'affiche (rien de public) attirerait mes compatriotes comme le miel les mouches. Je lis aussi quelque chose ; Mme Viardot chante, etc. Si c'est possible, répondez oui et indiquez-moi le fragment pour qu'on

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puisse le mettre sur le programnîe. Si c'est impossible gr<.s.

sihlc. eh bien ! nous nous résignerons — le cœur

Tout à vous

Iv. TOURGUÉXEFF.

p. s. — Cela se ferait à 3 heures, avant d'aller chez Flaubert.

Tourguéneff organisait des matinf'-es et des soirées littéraires et musicales au profit de diffi'rentes œuvres. C'est pour une de ces matinées qu'il demandait le concours de Zola. Malgré l'émotion, la peur qu'il éprouvait alors à paraître en public, l'auteur des Bougon- Mai-quart consentit àlire le charmant épisode de Miette et de Sylvère au « puits mitoyen » [La Fortune des Rougo7i). Comme le maître m'écrit lui-même: « La lecture que j'ai faite à la matinée de MmeMardot, était, en effet, ma première lecture publique et je n'en avais pas dormi de trois nuits.» Combien grand devait être le désir de Zola d'être agréable à son ami pour le décider quand même à affronter la redoutable épreuve !

Mon cher ami,

Flaubert a dû vous remettre hier \e proi^^ramme ! ainsi que l'envoi de Stassulevitcli, c'est donc pour samedi 3 heures. Mais si vous vouliez que nous fassions une petite répétition, qui sera, je le crois, nécessaire, je pourrai venir demain mardi chez

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vous vers 4 heures et nous arrangerions la chose. Cela durera un quart d'heure au plus.

J'attends un mot de réponse.

Tout à vous

Tv. ToiRGUÉNEFF.

50, rue de Douai, samedi, 13 janvier 1877.

Mon cher ami,

Mardi m'est impossihle ! Tous les autres jours, [a l'exception de jeudi aussi sont à votre disposition .

Le 1''' janvier du Messager de l Europe vient de m'ètre envoyé. Par extraordinaire votre article sur Balzac contient 40 pages ; votre correspondance sur le clergé, dont Flauhert est décidément enchanté, 33 pages.

J'attends un mot de vous pour le dîner et vous serre la main.

Tout à vous

Iv. TotRGUÉNEFF,

50, rue de Douai, Paris, mercredi, 21 mars 1877

Mon cher ami.

Je viens de compter les pages de votre correspondance du n'- de mars, que j'ai reçu hier. Il y en

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a 21 (430 à 450). Je n'ai pas eu encore le temps de la lire (c'est la vie de collège)'. Je ne puis pas juger où il y a coupure, mai$ je lui écrirai très fermement aujourd'hui même.

Le bon Stassulevitch ne doit pas être content à l'heure qu'il est. On lui a coupé tout un roman dans le mois de mars. Mais ce n'est pas une raison.

Auriez-vous par hasard attaqué les études classiques ! Sous le ^Ministre de l'Instruction publique que nous avons actuellement en Russie, c'est l'Arche Sainte. 11 a réussi à persuader l'empereur ([u'il n'y a que les révolutionnaires qui les attaquent.

Vous savez que vous dînez avec moi et nous tous '^ lundi prochain, 26 mars, à 7 h. 1/2, au Café Riche.

Mille amitiés.

Iv. TounCVÉNEFF.

50, rue de Douai, Paris, jeudi, 29 mars 1877.

Mon cher ami,

Je viens de recevoir de Stassulevitch une lettre dans laquelle il affirme n^'açoir absolument rien retranché dans votre dernière correspondance, etpour preuve, il me l'envoie, en me priant de la collatlonner avec l'original. Je n'ai pas pu le faire aujourd'hui, car j'ai prêté le n" du Messager de VEii-

1. Le titre exact de cet article est ; L'Ecole et la vie à l'école en France.

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