B EPILOGUE
!^?nnocence dans sa balance d'airain confirmera le jug-emenl que, avec douleur et honte, j'ai dû, moi Allemand, porter sur des Allemands, pour l'honneur de la vérité et pour le bien du peuple allemand. L'histoire, elle aussi, écrira cette sentence en lettres de feu '. Pesé et trouvé trop léger t
Je ferme mon livre comme je l'ai commencé, la conscience tranquille, avec la conviction d'avoir fait une bonne œuvre r:l — si les choses vont selon la ju;>tice — d'avoir mérité la reconnaissance de ma patrie.
Achevé en févrîer igTj.
6eptiéme mois de la guerre.
Annexes.
Discoim da ehancelier, D' ven Bethmann Hollweg, prononcé le 4 août 1914 au Reichstag.
Une effroyable fatalité s'abat sur l'Europe. Depuis l'avènement, par les armes, de l'Empire allemand dans le monde, nous avons vécu quarante-quatre années de paix et nous avons sauvegardé la paix de l'Europe. Par notre travail nous sommes devenus forts et puissants, et c'est pourquoi on nous envie. Avec une patience à toute épreuve, nous avons supporté que, sous le prétexte que l'Allemagne était belliqueuse, des inimitiés se soient développées à l'ouest et à l'est et que des entraves aient été forgées contre nous. Le vent que l'on a semé là-bas souffle maintenant en tempête. Nous voulions continuer à vivre dans la paix et le travail, et depuis l'Empereur jusqu'au plus jeune des conscrits, il semblait qu'on avait fait un vœu tacite et solennel de ne tirer l'épée da fourreau que pour la défense d'une cause juste. Le jour où nous devons la tirer est arrivé, contre notre volonté, malgré nos sincères efforts. La Russie a allumé la torche incendiaire. On nous a forcés à la guerre avec la Russie et la France. Messieurs, on vous a soumis une série de documents rassemblés dans la fièvre des événements qui se précipitent. Laissez-moi en dégager les faits qui éclaireront notre attitude.
Dès le début du conflit austro-serbe, nous n'avons cessé d'agir par nos déclarations et par nos actes pour que celte affaire restât localisée entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Tous les cabinets, et en particulier celui de Londres, partageaient le même désir... La Russie seule déclare qu'elle doit faire entendre sa voix dans le règlement de ce conflit. Ainsi surgit le danger de complications européennes. Aussitôt que les premières nouvelles positives concernant les préparatifs militaires russes nous parvinrent, nous fimes savoir à Pélersbourg, d'une façon courtoise mais ferme, que tous préparatifs militaires dirigés contre l'Autriche-Hongrie nous trouveraient aux côtés de notre alliée, que les préparatifs militaires faits contre nous nous obligeraient, de notre côté, à des mesures équivalentes, et qu'entre la mobilisation et la guerre il n'y a qu'un pas. La Russie nous exprime, de la manière la plus solenoelle, son désir de paix et nous fait savoir que ces préparatifs militaires ne sont aucunement dirigés contre nous. Entre-temps, l'Angleterre essaie d'intervenir entre Vienne et Saint-Pétersbourg et nous lui prétons chaleureusement notre appui. Le Î8 juillet, l'Empereur envoie une dépêche au Tsar, dans laquelle il le prie de considérer que
l'Autriche-Hongrie a le droit et le devoir de se protéger contre les menées de la Serbie, qui menacent son existence. L'Empereur lui rappelle en même temps les intérêts solidaires des souverains en présence de l'assassinat de Sarajevo, et il espère que le Tsar lui prêtera son appui dans ses efforts pour résoudre les différends entre la Russie et l' Autriche-Hongrie. A peu près à la même heure et avant la réception de ce télégramme, le Tsar prie instamment l'Empereur de lui venir en aide; il a le désir de conseiller à Vienne la modération. L'Empereur se prête à ce rôle d'intermédiaire. Mais à peine a-t-il commencé à agir que la Russie mobilise toutes ses forces contre l'Autriche- Hongrie. L'Autriche-Hongrie, elle-même, n'avait mobilisé que contre la Serbie, et elle n'avait mis en mouvement au Nord que deux corps d'armée, mais loin de la frontière russe.
L'Empereur fit aussitôt observer au Tsar que son rôle d'intermédiaire devenait difficile, sinon tout à fait inutile, par suite de cette mobilisation des forces russes contre l'Autriche-Hongrie. Malgré cela, nous continuâmes notre intercession à Vienne, et cela dans des formes qu'il était impossible d'outrepasser si nous les voulions compatibles avec nos engagements d'alliés. Pendant ce temps, la Russie renouvelait spontanément l'assurance que ses dispositions militaires n'étaient nullement dirigées contre nous.
Arrive le 31 juillet. C'est à Vienne que doit être prise la décision. Notre intercession a déjà eu ce résultat qu'à Vienne, sur nos instances, on est entré, encore une fois, en pourparlers directs avec Pétersbourg. Mais avant que Vienne ait prononcé, nous parvient la nouvelle que la Russie a mobilisé toutes ses forces militaires, par conséquent contre nous également. Le gouvernement russe, qui savait pertinemment, par nos avertissements répétés, ce que signifiait la mobilisation contre nous, ne nous la fait même pas connaître, ne nous en donne aucune expUcation plausible. C'est dans l'après-midi du 31 seulement qu'un télégramme du Tsar parvient à l'Empereur, par lequel il donne sa parole que son armée ne prendra aucune attitude agressive envers nous. Cependant la mobilisation russe, sur notre frontière, bat son plein depuis la nuit du 30 au 31 juillet. Ainsi, tandis que nous iniercédions à Vienne sur la prière du gouvernement russe, la force militaire russe se mettait en mouvement tout le long de notre frontière qui est presque à découvert ; la France ne mobilisait pas encore, mais n'en prenait pas moins, ainsi qu'elle l'avoue, des mesures militaires.
Et nous? Jusqu'alors, nous n'avions, de propos délibéré, convoqué aucun réserviste sous les drapeaux, par amour pour la paix de l'Europe. Devionsnous prolonger encore notre patience, jusqu'à attendre que les puissances qui nous encerclaient eussent choisi leur moment pour nous attaquer? Exposer l'Allemagne à un pareil danger eût été un crime. C'est pourquoi, le 31 juillet, nous sommons la Russie d'opérer sa démobilisation, comme étant le seul moyen qui pût désormais sauver la paix de l'Europe. L'ambassadeur impérial à Pétersbourg reçoit en outre la mission de faire au gouvernement russe la déclaration qu'au cas où il repousserait notre demande, nous nous considérerions en état de guerre avec lui. Notre ambassadeur a rempli cette mis.sion. L'ambassadeur allemand a fait cette démarche. Quelle a été la réponse de la Russie à notre proposition ? Nous l'Ignorons encore aujourd'hui. Des commu-
aîcatîons t«ÇIéjEpraphîqae« de Pétersbourç à ce sujet ne nous sont point parrennes, bien que te télégraphe ait, depuis lors, cooimuniqué des messa^s bien moins importants.
C'est ainsi que l'Empereur, comme le délai fixé était depuis longtemps écoulé, s'est vu, le premier août à 6 heures de l'après-midi, dans la nécessité de mobiliser notre armée.
En mt'rae temps, il nous fallait savoir quelle serait l'attitude de la France. Nous lui avons demandé si, en cas de guerre russo-allemande, elle garderait sa neutralité. Elle nous a répondu qu'elle ferait ce que lui dicteraient ses intérêts. C'était répondre évasivement à notre question, sinon y répondre par la négative.
Malgré cela, l'Empereur a donné l'ordre qu'on respectât en tous les cas la frontière française. Cet ordre a été observé de la façon la plus rigoureuse à l'exception d'un cas isolé. La France, qui avait mobilisé en même temps que nous, nous déclarait qu'elle respecterait une zone de dix kilomètres de la frontière. Qu'est-il arrivé en réalité ? Des aviateurs ont lancé des bombes, des patrouilles de cavalerie et des compagnies se sont avancées sur notre territoire. Ainsi la France, sans que la guerre eût été déclarée, a rompu la paix et nous a, en fait, attaqués.
Quant au cas isolé de tout à l'heure, j'ai reçu à son sujet la communication suivante du chef de l'état-major :
« Des plaintes du gouvernement français se rapportant aux violations de territoire de notre part, une seule est fondée. Contrairement à des ordres formels, une patrouille du 14e corps d'armée, conduite probablemeot par un officier, a franchi la frontière le 2 de ce mois. Elle a été sans doute anéantie, un homme seulement est rentré. iVIais longtemps avant cette unique violation de territoire, des aviateurs français avaient lancé des bombes sur nos lignes de chemin de fer jusque dans l'Allemagne du Sud, et des troupes françaises avaient attaqué les nôtres dans le passage de la Schlucht. Nos troupes se sont, d'après les ordres qui leur avaient été donnés, bornées uniquement à la défensive. » Voilà ce que déclare l'état-major.
Messieurs, nous sommes maintenant dans la nécessité, et nécessité ne connaît pas de loi. Nos troupes ont occupé le Luxembourg et ont peut-être déjà foulé le territoire belge. C'est contraire au droit des gens. Le gouveroement français a, il est vrai, déclaré à Bruxelles qu'il respecterait la neutralité de la Belgique, tant que l'adversaire la respecterait. Nous savions cependant que la France était prêle à l'agression. La France pouvait attendre; nous, pas 1 Une attaque française sur notre flanc, dans le bas Rhin, eût pu nous cire fatale. Ainsi nous avons été contraints de passer outre aux protestations légitimes du Luxembourg et du gouvernement belge. Nous les dédommagerons du tort — je parle franchement — du tort que nous leur avons ainsi causé, aussitôt que nous aurons atteint notre but militaire. Quand on est aussi menacé que nous le sommes et qu'on combat pour ce qu'on a de plus précieux, on est en droit de ne penser ([u'à une chose: s'ouvrir un chemin par les armes.
Messieurs, l'Autriche-Hongrie et nous, nous marchons côte à côte.
Quant à l'atlilude de l'Angleterre, les déclarations que Sir Edward Grey a ftiites hier à la Chambre des Communes exposent clairement le point de vue du
gouvernement royal. Nous avons donné au gouvernement anglais l'assurance que, tant que l'Angleterre restera neutre, noire flotte s'abstiendra d'attaquer la côte nord de la France, et que nous respecterons l'intégrité territoriale et l'indépendance de la Belgique. Cette déclaration, je la renouvelle ici devant le monde entier, et je puis ajouter que, tant que l'Angleterre restera neutre, nous sommes prêts, par réciprocité, à n'entreprendre aucune opération bostile contre k marine marchande française.
Messieurs, voilà où en sont les choses. Je répète le mot de l'Empereur : « C'est la conscience pure que l'Allemagne va au combat. » Nous combattons pour conserver le fruit de notre labeur pacifique, pour défendre l'héritage d'un grand passé et pour notre avenir ! Elles ne sont pas à leur terme, les cinquante années dont parlait Moltke, pendant lesquelles nous devions nous tenir en armes pour défendre les conquêtes de 1870. La grande heure de l'épreuve a sonné pour notre peuple, mais c'est avec assurance que nous la voyons venir. Notre armée est en campagne, notre flotte est prête au combat, et derrière elles se tient le peuple allemand tout entier. Toute la nation allemande est ooie jusqu'au dernier homme.
Vous, Messieurs, vous connaissez votre devoir dans toute son étendue. 11 n'est plus -•'^■cessaire de motiver les projets de loi. Je vous prie de les voter rapidemeaU
Diseonrs dn ebancelier D' von Betbmann HoUweg, prononcé an Beichstag le 2 décembre 1814.
Messieurs,
S. M. l'Empereur, qui se trouve à Farinée, m'a chargé de transmettre ses meilleurs vœux et son salut cordial aux représentants du peuple allemand, auxquels il se sait uni au milieu du danger dans un commun souci du bien de la patrie, et de remercier la nation pour ses sacrifices et son dévouement, pour le travail énorme que toutes les classes du peuple sans distinction ont accompli et accompliront à l'extérieur et à l'intérieur. Notre première pensée, i nous aussi, est pour l'Empereur, pour l'armée, pour la marine, pour nos soldats qui combattent sur terre et sur mer pour l'honneur et la grandeur de l'Empire. Nous suivons leurs combats, pleins de fierté, animés d'une confiance ferme comme le roc, mais nous avons également les yeux attachés sur nos frères d'armes d'Autriche-Hongrie qui coopèrent fidèlement avec nous, avec une bravoure brillante, dans la grande lutte que nous avons à soutenir. Dernièrement encore, un nouvel allié, l'empire ottoman, s'est joint à nous pour participer à la guerre qui nous a été imposée, car il sait que l'anéantissement de l'Empire allemand signifierait la fin de son indépendance politique. Quoique nos adversaires aient dressé contre nous une puissante coalition, ils feront l'expérience, nous l'espérons, que le bras de nos courageux alliés s'étend jusqu'aux endroits les plus sensibles de leurs possessions dans le monde.
Le 4 août, le Reicbstag s'est fait l'interprète de la volonté inébranlable du pieuple allemand d'accepter la lutte imposée et de défendre jusqu'au bout son indépendance. Depuis lors, de grands événements se sont produits. Qui ënumérera les exploits héroïques et glorieux des armées, des régiments, des escadrons, des compagnies, des croiseurs et des sous-marins dans une guerre qui étend ses lignes à travers toute l'Europe, à travers le monde? L'avenir seul pourra dignement les raconter. Pour aujourd'hui, il nous suffit de savoir que malgré l'énorme supériorité de nos adversaires, la guerre a été portée en pays ennemi grâce à la bravoure sans pareille de nos troupes. Nous y demeurons fermes et puissants, et nous pouvons considérer l'avenir en toute confiance. Mais la force de résistance de l'ennemi n'est pas brisée. Nous ne sommes pas au bout de nos sacrifices. La nation continuera à faire ces sacrifices avec le même héroïsme que jusqu'ici, car nous devons et nous voulons conduire à
bonne fin la latte que, entourés de tous côtés d'adversaires, nous soutenons pour la défense de nos droits et de notre liberté. Puis nous nous souviendrons des iniquités commises en pays ennemis contre nos concitoyens sans défense, et dont certaines sont contraires à tous les principes de la civilisation. Il faut que le monde apprenne que personne ne peut impunément toucher un cheveu d'Allemand.
Lorsque la séance du 4 août fut terminée, l'ambassadeur d'Angleterre vint nous remettre un ultimatum et, celui-ci ayant été immédiatement repoussé, une déclaration de guerre. Je n'ai pas pu m'expliquer alors sur l'attitude définitive du gouvernement anglais, et je veux ajouter quelques remarques à ce sujet.
La question des responsabilités dans cette guerre, la plus grande qui ait jamais eu lieu, est bien claire pour nous. La responsabilité extérieure revient à ceux qui, en Russie, ont provoqué et effectué la mobilisation générale de l'armée russe, mais la responsabilité intérieure incombe au gouvernement britannique. Le cabinet de Londres pouvait rendre celle guerre impossible s'il avait déclaré catégoriquement à Pétersbourg que l'Angleterre n'était pas disposée à laisser le conflit austro-serbe prendre les proportions d'une guerre européenne. Un tel langage aurait également obligé la France à retenir énergiqueraent la Russie dans la voie des mesures militaires, et notre action médiatrice entre Vienne et Pétersbourg aurait été facilitée. L'Anglelerre n'a pas fait cela. Elle connaissait les agissements belliqueux d'une petite colerie, d'un groupe irresponsable, mais très puissant sur le tsar. Elle a vu la roue se mettre en mouvement, mais elle n'a rien fait pour l'enrayer. Malgré toutes ses assurances pacifiques, Londres a donné à entendre à Pétersbourg que l'Angleterre se rangerait aux côtés de la France et par conséquent aussi aux côtés de la Russie. Les publications des différents cabinets, et en parliculier le Liure bleu anglais, le prouvent d'une ma'nière claire et irréfutable. La Russie ne put plus être arrêtée.
Nous possédons là-dessus un témoignage sincère, le rapport du chargé d'affaires belge à Pétersbourg en date du 30 juillet. Il relate que, « à Pétersbourg, on est bien convaincu et qu'on a même la certitude que l'Angleterre soutiendra la France. Cet appui a un poids énorme, et il n'a pas peu contribué à donner la haute main au parti de la guerre. »
Jusqu'en été, les hommes d'Etat anglais ont, à diverses reprises, assuré au Parlement qu'aucune alliance, qu'aucun traité, qu'aucune convention n'enchaînait la liberté d'action du cabinet, si une guerre venait à éclater. L'Angleterre, disaient-ils, était libre de décider si elle y prendrait part ou non. Ce n'est donc ni un devoir fraternel, ni une contrainte, ni une menace contre leur propre pays qui a engagé les politiques anglais à laisser venir la guerre et à s'y engager tout de suite. Il ne reste plus qu'une alternative. Le cabinet de Londres n'a pas craint de déchaîner cette monstrueuse guerre universelle, parce qu'il croyait y trouver une occasion d'atteindre, dans ses organes vitaux, grâce à l'appui des autres puissances de l'Entente, son plus grand concurrent européen sur le marché mondial. C'est donc l'Angleterre et la Russie qui porlcnt la responsabilité de la catastrophe qui s'est abattue sur l'Europe et sur le monde.
La neatralitc belçe, qno l'Angleterre déclarait protéger, n'est qu'un masque. Le 2 août, vers 7 h. du soir, nous informions Bruxelles que îe plan de guerre français qui nous était connu nous obligeait, pour notre propre conservation, à traverser la Belgique. Mais l'après-midi de ce même 2 août, donc avant qu'on connût à Londres notre démarche à Bruxelles, l'Angleterre avait promis à la France son appui sans condition, au cas où la flotte allemande attaquerait les côtes françaises. De la neutralité belge il n'était nullement question. Ce fait est établi par les déclarations que Sir Edw. Grey a faites le 3 août à la Chambre des Communes et que je ne connaissais pas encore le 4 août, et il est confirmé pso* le Livre blea anglais lui-même.
Comment l'Angleterre a-t-elle pu affirmer qu'elle avait tiré i'épée parce qoe nous avions violé la neutralité belge? Cela, ce sont les hommes d'Etat anglais à qui l'histoire de cette neutralité est familière qui le disent. Lorsque, le 4 août, j'ai parlé ici de l'illégalité que nous commettions en traversant la Belgique, il n'était pas certain que le gouvernement belge, au moment de la nécessité, ne se retirerait pas en protestant à Anvers et ne ménagerait pas son pays. Vous vous en souvenez : après la prise de Liège, une nouvelle invitation dans ce sens a été adressée à Bruxelles par le comjnandement de l'armée. Pour des raisons militaires, la possibilité d'une semblable éventualité devait à tout prix être maintenue le 4 août. Nous avions déjà des indices qui nous faisaient supposer que la Belgique avait déjà violé sa neutralité, nous n'avions pas de preuves écrites positives. Mais les preuves, les hommes d'Etat anglais les connaissaient exactement. Les documents trouvés à Bruxelles permettent d'établir en quoi et à quel degré la Belgique s'était départie de sa neutralité en faveur de l'Angleterre. Deux faits ont été révélés au naonde : premièrement, lorsque nos troupes, dans la nuit du 3 au 4 août, pénétrèrent dans le pays, elles se trouvèrent dans un Etat qui avait depuis longtemps renoncé à sa neutralité ; et secondement l'Angleterre n'est pas intervenue en faveur de cette neutralité, qu'elle avait elle-même violée, mais parce qu'elle croyait pouvoir nous subjuguer à l'aide de deux grandes puissances du continent.
Depuis le 2 août, dès le moment où elle eut promis à la France de marcher avec elle, l'Angleterre n'était plus neutre et se trouvait en fait en état de guerre avec nous. La façon dont elle a motivé sa déclaration de guerre devait servir à égarer son propre peuple et les pays neutres sur les mobiles de la lutte. Maintenant que nous connaissons en détail le plan de guerre anglo-belge, la politique des hommes d'Etat anglais est caractérisée à jamais dans l'histoire. Mais la diplomatie anglaise a fait encore autre chose : à son appel, le Japon nous a arraché l'héroïque Tsingtau, et par surcroît violé la neutralité chinoise. L'Angleterre est-elle intervenue en faveur de cette neutralité et a-t-elle cette fois montré le soin qu'elle dit mettre à protéger les droits des Etats neutres ?
Messieurs, lorsqu'il y a cinq ans j'ai été appelé au poste que j'occupe actuellement, la Triple-Entente se dressait, solidement charpentée, en face de la Triple-Alliance, la Triple-Entente, œuvre de l'Angleterre destinée à réaliser le principe dont s'inspire depuis des siècles la politique anglaise et qui consiste à se tourner contre la plus forte puissance continentale. De là le caractère agressif qu'a eu dès l'origine la Triple-Entente en opposition au caractère purement défensif de la Triple-Alliance. Mais un peuple de la graa-
deur et de a trempe du peuple allemand ne se laisse pas brider dans le libre déploiement de ses forces. En présence de cette constellation politique, la route à suivre était clairement indiquée à la politique allemande. Nous devions nous efforcer, par des arrangements particuliers avec les puissances de la Triple- Entente, de prévenir le danger d'une guerre. En même temps nous devions renforcer notre puissance militaire suffisamment pour qu'elle fût à la hauteur des circonstances si, malgré tout, la guerre venait à éclater. Vous le savez, nous avons fait l'un et l'autre. En France nous nous sommes toujours heurtés à la vieille idée de revanche. Entretenue par des hommes politiques ambitieux, cette idée s'est révélée plus forte que le désir certain d'une partie du peuple français d'entretenir avec nous des rapports de bon voisinage. Avec la Russie, il est vrai, nous avons conclu quelques arrangements, mais son alliance formelle avec la France, ^n antipathie pour nos alliés d'Autriche-Hongrie, la haine de l'Allemagne violemment attisée par les Panslaves, rendaient impossible toute entente pour prévenir une guerre. Restait l'Angleterre, relativement la plus libre. Les hommes d'Etat anglais ont toujom*s vanté avec beaucoup d'emphase devant leur Parlement la liberté qu'avait le gouvernement britannique de prendre ses décisions. C'est là que l'on pouvait le mieux tenter un arrangement qui aurait garanti effectivement la paix universelle. C'est dans ce sens que je devais agir et que j'ai agi. Le chemin était étroit, je ne l'ignorais pas. Dans le royaume insulaire, s'est établi au cours des siècles ce principe politique, fort comme un dogme indiscutable, qu'à la Grande-Bretagne appartient le rôle d'arbitre du monde, rôle qu'elle ne peut assumer et remplir qu'au moyen d'une suprématie navale incontestable et de l'équilibre des forces continentales d'autre part. Je n'ai jamais espéré faire abandonner ce principe à l'Angleterre par la persuasion. Ce que j'estimais possible, c'est que la puissance croissante de l'Allemagne et le risque grandissant d'une guerre pourraient amener l'Angleterre à se convaincre que ce principe était suranné et désormais impraticable^ et que mieux valait un compromis pacifique avec l'Allemagne; mais ce dogme était si fortement enraciné qu'il a paralysé toutes les tentatives d'entente. Les négociations reçurent une nouvelle impulsion de la crise de 1911. Le peuple anglais s'était rendu compte qu'il avait été au bord de l'abîme d'une guerre européenne. Forcés par la pression populaire, les hommes dirigeants de l'Angleterre voulurent se rapprocher de l'Allemagne. Après de longs efforts en réussit finalement à se mettre d'accord sur différentes questions économiques en litige concernant l'Afrique et l'Asie occidentale. Le monde est vaste; il offre assez d'espace pour le libre développement de deux peuples l'un à côté de l'autre, si l'on ne prétend pas les entraver et les limiter. C'est le principe qui a constamment inspiré notre politique. Mais, Messieurs, pendant que nous Kienions ces pourparlers, l'Angleterre ne songeait qu'à resserrer ses relations avec la France et la Russie. Ce qui a été décisif sur ce point c'est que, en dehors du domaine politique, il a été conclu des arrangements militaires toujours plus étroits pour le cas où éclaterait une guerre continentale. L'Angleterre a mené ces négociations dans le plus grand secret possible. Si parfois — et cela est arrivé à plusieurs reprises — quelque chose en a transpiré, le gouvernement anglais s'est toujours efforcé de représenter la chose, tant devant le Parlement qae dans la presse, comme tout à fait innocente. Ces conventions de l'Angle-
terre, nous ne les avons pas ignorées; j'ai fait paraître diverses publications à ce sujet. La situation était celle-ci : l'Angleterre était prête, il est vrai, à s'entendre avec nous sur certaines questions particulières, mais le premier et suprême principe de sa politique subsistait, à savoir que l'Allemagne devait être tenue en échec dans le libre développement de ses énergies par la balance 9f power.
A ce prix seulement — que nous ne pouvions accepter — l'Angleterre consentait à des relations amicales avec l'Allemagne. La Triple-Entente fut considérablement renforcée. Lorsque les « amis » exigèrent des garanties militaires, les Anglais les donnèrent immédiatement. Ainsi le cercle était fermé. L'Angleterre était sûre que la France et, partant, la Russie, la suivraient. Quant à elle, elle liait aussi sa volonté. Si la France ou la Russie, où les cercles chauvins qui considèrent la connivence militaire de l'Angleterre comme leur appui le plus fort, voulaient déchaîner la guerre, l'Angleterre était moralement dans leurs mains. Et quel était le but de tout cela? D'enrayer l'essor de l' Allemagne. Nous n'avons pas manqué de mettre en garde le gouvernement britanaîque. Au commencement du mois de juillet de cette année encore, j'ai fait entendre au cabinet anglais que j'avais connaissance de pourparlers secrets anglo-russes relatifs à une convention navale. Je l'ai rendu attentif au danger grave que présentait pareille politique pour la paix du monde. Deux semaines plus tard se produisait déjà ce que j'avais prévu.
Nous avons tiré de cette situation générale les conséquences qu'elle comportait. Coup sur coup, je vous ai soumis les plus grands projets d'augmentation des armements que l'histoire allemande connaisse, et, pleinement conscients des dangers qui nous entouraient, vous avez volontairement et généreusement accordé au pays ce qui était nécessaire à sa défense.
Quand la guerre eut éclaté, l'Angleterre jeta le masque. Elle déclara haut et clair qu'elle combattrait jusqu'à ce que l'Allemagne fût abattue économiquement et militairement. La haine des Panslaves contre les Allemands applaudit i ces paroles. La France espère de toute la force d'une vieille nation militaire obtenir la revision du traité de 1870. Nous, Messieurs, nous n'avons qu'une réponse à faire à nos ennemis : l'Allemagne ne se laisse pas anéantir !
Comme notre puissance militaire, notre puissance financière subit brillamment l'épreuve et se met sans réserve au service de la patrie. Notre vie économique est intacte, le nombre des sans-travail est relativement minime, la force et le talent d'organisation de l'Allemagne trouvent toujours de nouveaux moyens de prévenir les maux et de réparer les dommages. Aucun homme, aucune femme ne se soustrait à l'œuvre commune et volontaire; il n'est pas besoin d'adresser des appels au son du tambour. Et tout cela pour le seul but, le but suprême, de sacrifier vie et biens pour le pays des ancêtres, pour l'avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Le peuple témoigne d'un esprit et d'une grandeur morale tels que l'histoire universelle n'en a pas connu jusqu'à ce jour.
Nos adversaires peuvent taxer de militarisme l'esprit de sacrifice de notre peuple en armes contre un monde d'ennemis; ils peuvent nous traiter de Huns et de barbares ; ils peuvent laisser déborder contre nous d'exécrables calomnies : aous avons trop de fierté pour y prendre garde. Cet esprit admirable qui enflamme tous les cœurs du peuple allemand, qui les unit comme jamais
ei»core et leur inspire uo dévouement absolu, cet esprit doit être et sera vaÎD- ^eur. Quand nous aurons obtenu par les armes une paix glorieuse et heureuse, «ous garderons cet esprit, héritage le plus sacré de cette époque formidablement sérieuse et grande.
Comme par miracle, les barrières sont tombées qui, pendant une longue et triste période, séparaient les membres du peuple, ces barrières que noas avions élevées entre nous par méfiance, incompréhension, jalousie. On se sent un poids de moins sur le cœur à la pensée que ce chaos, cette vilenie ont été emportés; qu'on ne considère plus que l'homme, l'un valant l'autre, et tous se tendant la main pour un seul but, pour un but sacré. J'éprouve ici le besoin de répéter les paroles qu'a prononcées l'Empereur quand la guerre éclata : a Se ne connais plus de partis; je ne connais plus que des Allemands I » Messieurs, quand la guerre sera finie, les partis renaîtront, car sans parus et sans luttes, il n'y a pas de vie politique, même pour les peuples les plus libres et les plus heureux; mais nous combattrons, et je vous le promets pour ma part, afin que dans ces luttes il n'y ait plus que de vrais Allemands.
Je termine mon court exposé. Le temps n'est plus aux paroles. Je ne peux vous entretenir de toutes les questions qui remuent au plus profond le peuple et me remuent moi-même. Une seule chose encore : c'est avec une chaude reconnaissance que nous pensons aux fils de l'Allemagne qui, sur les champs de bataille de l'Est et de l'Ouest, sur la haute mer, le long des rivages de l'Océan pacifique, dans nos colonies, ont sacrifié leur vie pour leur patrie. Devant cet héroïsme auquel la mort a mis fin, unissons-nous pour jurer de tenir jusqu'au dernier souffle, afin que nos enfants et nos pelits-enfants puissent, libres et garantis contre les menaces et les violences d'étrangers, travailler comme nous à la grandeur de l'Empire. Ce serment doit retentir jusqu'aux oreilles de nos fils et de nos frères qui continuent à combattre l'ennemi, à celles de nos compatriotes à l'étranger, de ceux qu'on retient, de ceux qui sent en danger, de ceux qui s'inquiètent pour nous loin de la mère-patrie, des prisonniers et des mallrailés. Nous tiendrons jusqu'au bout, Messieurs, et je vous pi'ie de donner plus de force encore à celte parole en acceptant nos projets. Nous tiendrons jusqu'à ce que nous soyons certains que personne ne se hasardera plus à troubler notre paix, cette paix dans laquelle nous voulons cultiver et développer, en peuple libre que nous sommes, l'àme et la force de rAllemagne.
Cirenlaire du ehanceiier D' von Betlimaiiii HoIIweg,
■dresiée le 2A décembre 1914
aux ambassadeun et «onsula d'Allemagne.
Du Grand Quartier Général, le 24 décembre *914.
L« présideat du Conseil Viviani, dans le discours qu'il a prononcé à la Chambre française des députés, a déclaré que, le 3i juillet, la France et la Russie avaient adhéré à la proposition ant^laise de suspendre les préparatifs militaires et d'entrer en pourparlers à Londres, et que si l'Allemagne l'avait aceeptée, la paix aurait pu être maintenue à la dernière heure encore.
Comme je ne puis réfuter maintenant à la tribune du Reichstag ces fausses Affirmations, je me vois forcé do vous remettre les explications suivantes en vous priant d'en faire le plus large usage possible.
La proposition anglaise de la Conférence, mentionnée dans le Livre bleu an n° 36, date du 26 juillet. Elle tendait à ce que les représentants de l'Âlleinague, de la France et de l'Italie se réunissent à Londres avec Sir Edward Grey atin do chercher à résoudre les difficultés résultant de la question serbe. Dès le début, l'Allemagne a soutenu le point de vue que le conflit austro-serbe était une question qui ne concernait que les deux Etats directement intéressés. Sir Edw. Grey lui-même s'est rangé plus tard à ce point de vue.
L'Allemagne dut repousser l'idée anglaise, car elle ne pouvait admettre que l'Autriche, dans une question d'intérêt vital qui la concernait seule, fût citée devant un tribunal des grandes Puissances. Du Livre blanc allemand, il ressort que l'Autriche-Hongrie déclarait, elle aussi, la proposition inacceptable. Par sa déclaration de guerre à la Serbie, elle affirmait sa ferme volonté de régler la question serbe seule et sans l'intervention des puissances. Mais en même temps, pour faire droit aux légitimes exigences de la Russie, elle proclamait son complet désintéressement territorial vis-à-vis de la Serbie. La Russie ne se contentant pas de cette garantie, la question serbe donna naissance à une question européenne, qui se manifesta d'abord par une tension entre Vienne et Pétersbourg. Afin d'empêcher que de cette tension résultât une conflagration coropéenoe, on dut chercher un nouveau terrain sur lequel pût s'engager une action médiatrice des puissances. C'est à l'Allema^e que revient le mérite d'avoir, en premier lieu, trouvé ce terrain.
Dans an entretien qu'il eut, le 27 juillet, avec rainbassadeor anglais, le secrétaire d'Etat von Jagow donna à entendre que, dans le désir de la Russie de négocier directement avec l'Autriche, il voyait une détente et la perspective la plus certaine d'une solution pacifique du conflit. Ce vœu, par lequel l'idée anglaise d'une conférence était écartée, et auquel s'associait la Russie, l'Allemagne l'a soutenu immédiatement et avec toute l'énergie dont elle était capable auprès de l'Autriche. Aucun Etat ne s'est efiForcé plus loyalement et plus énergiquement que l'Allemagne de maintenir la pals.
L'Angleterre, elle aussi, renonça à poursuivre son idée d'une conférence et appuya de son côté l'idée de pourparlers directs entre Vienne et Pétersbourg. (Livre bleu, no 67.)
Ceux-ci rencontrèrent cependant des difficultés. Et ces difficultés furent suscitées non par l'Allemagne et l'Autriche, mais par les puissances de l'Entente. Pour que les efforts de l'Allemagne pussent aboutir, il fallait que les puissances non directement intéressées montrassent de la bonne volonté, et il fallait aussi que les intéressés principaux conservassent une attitude expectante, car si l'un des Etats entre lesquels on s'interposait troublait par des mesures militaires l'action engagée, il était évident que celle-ci ne pourrait pas atteindre son but.
Or, qu'en était-il de la bonne volonté des puissances ?
L'attitude de la France est exposée avec précision dans le Livre jaune. Elle ne se fia pas aux assurances allemandes. Toutes les démarches de notre ambassadeur à Paris, baron de Schœn, furent accueillies avec méfiance. On ne tint aucun compte du désir qu'il avait exprimé de voir la France agir dans un sens modérateur sur Pétersbourg, car on crut devoir admettre que les démarches de M. de Schœn n'étaient destinées qu'à comprometti'e la France au regard de la Russie. Ehi Livre jaane, il appert que la France n'a fait aucune démarche positive dans l'intérêt de la paix.
Quelle fut l'attitude de l'Angleterre? Dans les entretiens diplomatiques, elle fit semiblant jusqu'à la dernière heure de participer au travail de médiation, mais, en réalité, ses actions avaient en vue une humiliation des deux nations tripliciennes. L'Angleterre fut la première des puissances à prendre des mesures militaires de grand style et par là elle créa, en particulier en France et en Russie, un état d'esprit hautement préjudiciable à toute action médiatrice. D'après le rapport du 24 juillet du chargé d'affaires français à Londres {Livre jaune, no 66), le premier lord de l'Amirauté avait déjà, le 24 juillet, pris discrètement des mesures pour la concentration de la flotte près de Portland. La Grande-Bretagne a donc précédé même la Serbie dans sa mobilisation. Elle s'est en outre refusée, à l'instar de la France, à exercer une influence modératrice sur Pétersbourg. Du rapport de l'ambassadeur anglais dans cette ville, il appert que, seul, un avertissement à la Russie concernant sa mobilisation, aurait pu sauver la situation. Cependant Sir Edw. Grey n'a rien fait; il a laissé les choses suivre leur cours. En même temps il a jugé utile de faire savoir à l'Autriche et à l'Allemagne, sinon par une déclaration catégorique, du moins d'une manière assez claire, que l'Angleterre pourrait aussi participer à une guerre européenne. — Donc tandis que l'Angleterre, par l'abandon de son idée de conférence, semblait désirer que l'Autriche se montrât conciliante à l'intervention de l'Allemagne, Sir Edw. Grej avise l'ambassadeur autrichien à Londres de la mqbi-
Usation de la flotte (Livre bleu, vs» 48); il fait comprendre à l'ambassadeur allemand que l'Angleterre pourrait prendre part à une guerre et informe immédiatement la France et la Russie de cet avertissement adressé à l'Allemagne, qui consacre la victoire du parti de la guerre de Pétersbourg. C'était, de i'avis autorisé de l'ambassadeur anglais lui-même, Buchanan, l'attitude la moins {H'opre à amener une détente entre les puissances.
Etant données ces difficultés, on est en droit de considérer comme un succèe particulier le fait que l'Allemagne soit parvenue à faire accepter à l'Autriche le désir de la Russie d'entrer en pourparlers directs avec elle. Si la Russie, sans prendre de son côté des mesures militaires, avait poursuivi ces négocia^ tions avec l'Autriche, qui n'avait mobilisé que contre la Serbie, on aurait eu toutes les raisons de croire au maintien de la paix. Au lieu de cela, la Russie mobilisa contre l'Autriche, mesure qui, Sazonow lui-même s'en rendait compte (Livre blea, no 78), entraînait la cessation des pourparlers. Le laborieux résultat du travail de médiation de l'Allemagne fut ainsi d'un coup réduit à néant.
Que firent les puissances de l'Entente pour maintenir la paix à cette dernière heure ? Grey reprit sa proposition de conférence. De l'avis aussi de Sazonovr, le moment favorable était venu de recommander, sous la pression de la mobilisation russe contre l'Autriche, la vieille idée anglaise de la conférence à quatre. (Livre blanc, n« 7.) Le comte de Pourtalès représenta au ministre que, à ses yeux, les puissances de l'Entente voulaient exiger de l'Autriche ce qu'elles n'avaient jamais voulu exiger de la Serbie, c'est-à-dire de céder à une pression militaire. Dans ces conditions, l'Autriche et l'Allemagne ne pouvaient être sympathiques à l'idée de la conférence. Cependant l'Allemagne déclara à Londres ^'elle l'acceptait en principe et que seule la forme qu'on lui donnait lui répugnait. En même temps, l'ambassadeur allemand à Pétersbourg pressait Sazonow de faire de son côté des concessions pour rendre possible un compromis. On sait que ces efforts restèrent stériles. La Russie elle-même paraissait ne plus se soucier de l'action médiatrice que l'Allemagne avait exercée à Vienne jusqu'à k dernière heure. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, elle ordonna la mobilisation générale de toutes ses forces, qui devait provoquer la mobilisation allemande et ensuite la déclaration de guerre.
Etant donné le cours de ces événements, est-il compréhensible qu'xin honmie d'Etat responsable puisse trouver le courage d'affirmer que l'Allemagne, qui se trouvait en présence de la mobilisation russe, de préparatifs militaires français et de la mobilisation de la flotte anglaise, aurait pu sauver la paix en acceptant, le 31 juillet encore, une conférence qui se serait tenue sous la menace des armes prêtes des puissances de l'Entente? Ce n'est pas l'Allemagne qui a rendu impossible l'idée d'une médiation des puissances puisque, jusqu'au dernier moment, elle a intercédé auprès de Vienne, — ce sont les préparatifs militaires des puissances de l'Entente, lesquelles avaient constamment à la bouche des paroles de paix, alors qu'elles étaient résolues à la guerre.
VON BETHHANn HoLLwsa.