‹ J.-B. CarrierChapitre 164 sur 207 · Citation empruntée à la Vendée pa/riole, III · texte numérisé non relu

Citation empruntée à la Vendée pa/riole, III

de l'érudition, il n est pas de paradoxe qu'on ne puisse accommoder de façon à le rendre présentable au lecteur. Marat, dans ce travail, apparaît comme l'un des terroristes soudoyés par les royalistes. Ce n'était pas une nouveauté, Marat royaliste date de l'an 111. Au milieu do pluviôse de cette année, un certain nombre de citoyens, indignés de voir se continuer la popularité de Marat, avaient brisé dans les théâtres quelques-uns de ses bustes, sans égard pour le décret qui avait fait transporter son corps au Panthéon. Ce n'était encore qu'une atteinte légère à sa mémoire. Pour la déshonorer tout à fait, on eut recours à la ruse, et des journalistes publièrent un ancien projet de constitution signé de lui où il soutenait que le Gouvernement monarchique était le seul qui convenait à la France. Tous les réactionnaires, qui savaient ce que cela voulait dire, crièrent : Vive la Répiibliqjie ! A bas Marat! c'est un royaliste. On jeta son buste dans un égoût, et la Convention rendit un décret qui eut pour effet la translation du corps de Marat au cimetière de Sainte -Geneviève ^

Naguère encore, M. Lockroy, fantaisiste en histoire comme en politique, écrivait : (( Les monstres, qui servaient Carrier dans ses fureurs et ses excès, étaient d'anciens royalistes qu'il avait transformés en ultra-révolutionnaires, et même des agents royalistes-. Qu'il se soit trouvé des gens pour soutenir une pareille opinion à une époque oi^i les faits et les mots avaient perdu leur véritable

1. Moniteur de pluviôse an III {Réimpression^ t.XXIIÏ, p. 371 et 416). — Beaulieu, Essais historiques, VI, 130. 2' Une Mission en Vendée, Paris, 1893, p. m et vi.

siguilication, cela peut à la rigueur se ('omprendre; mais la repioduire de uoire temps, c'est vraimeut trop présumer de riguorance et de la crédulité des lecteurs.

Fouché est allé plus loin, il a mis cette théorie en pratique. Ministre de la Police aux approches du 18 hrumaire, il frappait les Jacobins gênants, en les accusant de n'être que des royalistes déguisés '.

La veille de son jugement, Carrier, transféré à la Conciergerie, s'écria en y entrant: «Les lâches me sacrifient, mais ils ne tarderont pas à s'en repentir. » Il a aussi témoigné le regret de ne s'être pas brûlé la cervelle à l'appel nominal, s'étant bien convaincu alors qu'il ne lui restait aucun espoir'-. »

Le 7 frimaire (27 novembre), il comparut devant le Tribunal révolutionnaire. Cette date avait quelque chose de fatidique. Il y avait un an, jour pour jour, que les Cent trente-deux Nantais avaient été acheminés sur Paris par son ordre, et c'était par eux qu'il périssait. Sans leurs révélations, il est à peu près certain qu'il n'aurait jamais été inquiété, a Une foule immense, dit le Mercure /'rançais, inondait le Palais de justice et remplissait l'auditoire. »

Les accusés, membres du Comité révolutionnaire de Nantes, leurs agents, et ceux des témoins dont la culpabilité s'était révélée au cours des débats, étaient depuis quelques moments en place

1. Vandal, les Causes directes du 18 brumaire {Revue des Deux Mondes, avril 1900, p. 726).

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