‹ J.-B. CarrierChapitre 68 sur 207 · Réimpression du Moniteur^ 9 nivôse an II, XIX · texte numérisé non relu

Réimpression du Moniteur^ 9 nivôse an II, XIX

Les grandes exécutions 153

pcrcnt, ccUe joiirnoe, à la mort, furent traqués, tuos, ou ramenés par les habitants des environs. Dans la L)anlieue de Savenay seule, plus de six mille ont été enterrés K »

Les 3, 5 et 0 nivôse, la Commission Bignon, attachée à la suite de l'armée, tint dans cette petite ville ses premières grandes assises de la Loire-Inférieure, et envoya à la mort, en ces trois séances, six cent soixante et un prisonniers, dont on a les noms -. Il est permis de croire cependant que la Commission n'a point mentionné toutes ses victimes : « J'avais écrit, lit-on dans une lettre de Benaben, de Nantes, le 6 nivôse, qu'on avait fusillé, à Savenay, plus de douze cents brigands ; mais, par des renseignements que j'ai appris depuis, et que je ne puis révoquer en doute, il paraît qu'on en a fusillé plus de deux mille •'^. »

Ainsi travaillaient à Savenay, où n'était pas Carrier, des représentants qui n'ont jamais perdu les bonnes grâces du Comité de Salut public et de la Convention.

Sur d'autres points, pareils massacres. On écrivait d'Angers, au Comité de Salut public, le 5 nivôse (25 décembre 1793) : « Plus de brigands en deçà de la Loire. Tout se prépare pour que tous ceux de la Vendée subissent enfin le sort des re-

1. Campagnes de Westermann, p. 41. Les importants services de Westermann ne le préservèrent pas de la guillotine, où il l'ut envoyé par le Tribunal révolutionnaire de Paris, le 16 germinal an II, 5 avril 179i.

2. La Justice révolutionnaire à Nantes et dans la Loire-Inférieure^ par A. Lallié. Nantes, Cier, 1896, p. 257.

3. Correspondance de Benaben {Revue de la Révolution^ 1884, t. IV, 2° partie, p. 143).

belles, la mort. Des milliers sont ramassés dans différentes communes et expient promptement leurs forfaits^. »

Ce n'est pas davantage par le fait de Carrier que la Commission Bignon, établie par arrêté de Bourbotte, Prieur de la Marne, siégea à l'Entrepôt, et envoya à la mort, en quinze jours, dix-neuf cent quarante-six personnes dont une centaine de femmes.

Les charges qui pèsent sur Carrier sont assez lourdes pour que l'on se borne à mettre à son compte les seuls massacres ordonnés par lui.

Disons aussi, pour l'honneur bien compromis des membres des Administrations de cette époque, que la Municipalité essaya, un jour, d'obtenir de Carrier qu'il suspendît une de ses grandes exécutions. « Après la bataille de Savenay^ dit Champenois dans sa déposition, il vint à Nantes huit brigands qui se disaient chargés de réclamer le pardon de plusieurs communes, et notamment de six cents cavaliers qui offraient de se rendre avec armes et bagages, et de rendre au giron de la Bépublique les communes qui avaient été égarées par les chefs des rebelles, et ils offraient encore de livrer leurs chefs. La Municipalité en référa à Carrier qui répondit : « Je n'ai point d'ordres du Comité de Salut public. Je ne veux pas me faire guillotiner-. » Au moment même oij la Municipalité intercédait pour ces

\. Aulard, Recueil des Actes, IX, G59.

2. S'il fallait des ordres spéciaux en faveur de la clémence, c'est donc que l'ordre général était l'extermination complète des prisonniers.

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brigands, arrivait à Carrier une lettre de Westeriiuiim, dans laqiK^lIc C(^ général lui mandait : (( Kiilin les brigands sont aux abois. Ils viennent de toutes paris demander grâce. Je puis les vaincre; mais ik* vaudrait-il pas mieux leur accorder une amnistie et, par ce moyen, ménager le sang de braves républicains que nous poui'rions employer plus utilement ailleurs. » On avait parfaitement expliqué à Carrier de quoi il s'agissait. La députation était composée des (^orps constitués qui avaient prié Carrier d'en référer à la Convention. Ce (jiiil ne fit pas. Sur cette déposition, Je président du tribunal, Dobsent, lit observer que les débats avaient prouvé que ces brigands avaient été fusillés le lendemain ^ Le fait de grandes fusillades, ordonnées par Carrier avant l'arrivée de la Commission militaire qui ne commença ses travaux que le 9 nivôseà Nantes i^st aussi établi par un passage à^V Histoire lapidaire de Fournier ainsi conçu : « La garde nationale de cette ville, du 21 au 29 décembre 1793 (l'''-9 nivôse), fournit chaque jour deux bataillons pour les travaux des fortifications, et pour enterrer des cadavres des malheureux que Carrier faisait fusiller-. »

Il est impossible de supputer exactement le nombre de fusillés. Tout ce qu'on peut dire c'est qu'il fut considérable. Si, d'une part, il a pu arriver que certaines exécutions aient été comptées pour deux, à raison de divergences dans le détail des déclarations, il est certain aussi que les listes des Commissions ne peuvent être regardées que

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