‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 45 sur 198 · Journal des Lois, du 18 brumaire an III, p · texte numérisé non relu

Journal des Lois, du 18 brumaire an III, p

Claires, et conduira, de cette maison à celle de rEperonnière, tous les individus indiqués dans la liste ci-jointe ; en lin, pour le tout arrivé à TEperonnière, prendre, eu outre, ceux des détenus de celte maison d'arrêt, elles fusiller tous indistinctement de la manière que le commandant le jugera convenable.

« Nantes, ce lo frimaire an II.

u Si(//ir : Gi'.ANDM.usoN, GorLLiN, J. D. Maimcuet' »

Forget et les membres du Comité révolutionnaire ont beaucoup parlé et écrit pour essayer d'établir que cet ordre n'avait été que le résumé de la décision prise par l'assemblée tout entière-. Il se peut qu'il ait eu l'unanimité du Comité; mais, en pareille matière, la responsabilité ne doit incomber qu'à ceux qui l'ontacceptée en apposant leurs signatures.

Robin a reconnu être allé, avec un nommé Gauthier, couvreur, membre de la Compagnie Marat, porter cet ordre et les listes au commandant Boivin sur les six lu'ures du matin. Il ajouta,

2. En faveur de la thèse des membres du Comité, voir Bachelier, Mémoire pour les acquittés, note de la page 16; Chaux au peuple français, p. 20; Goullin, Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, n" 100, p. 397.

Protestations des administrateurs : Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, p. 329, et VI, 97, p. 397. Il y a dans le Bulletin des erreurs de pagination qui obligent, pour certains renvois, de mentionner à la fois les numéros et les pages.

Forget, convaincu d'avoir assisté à la séance secrète du Comité [Courrier universel du 16 frimaire an III) a nié plus tard le fait dans le Forget au lecteur impartial, et soutenu, page H, qu'il avait quitté la séance en même temps que les membres des administrations.

dans sa déposition, qu'il était allé informer Carrier, qui parut étonnéde la chose, et qui lui dit que l'ordre ne serait pas exécuté. Mais on sait que Uobin élait l'anii le plus dévoué de Carrier, et que presque toutes ses déclarations lui sont favorables'.

Un détail qui peint bien le caractère des hommes aux mains desquels était tom!)ée Tautorit*', a été révélé par Goullin dans une des dernières séances du procès. (( Forget, dit-il, n'est pas le seul qui en ait imposé. Renard ~ a menti, lorsqu'il vous a dit qu'il s'était retiré à deux heures, et j'ai la preuve matérielle qu'il a déjeuné et bu du gloria sur la place des Gracques, ci-devant Saint-Pierre, avec Robin et Mainguet, après que Robin eut porté l'ordre à Boivin\ » Ainsi un grand massacre se préparait à Nantes, et le premier magistrat de la ville finissait, insouciant, cette horrible nuit, attablé dans une auberge, en buvant du gloria!

Heureusement le général Boivin refusa d'exécuter l'ordre de fusillade. Boivin était un homme de peu d'instruction; il ('tait entré comme simple dragon dans le régiment du roi, et il y avait servi huit ans sans obtenir le moindre grade. 11 s'était fait ensuite ouvrier ciseleur, et, en 1792, s'était enrôlé dans un régiuKml de volontaires, où son intelligence, son courage, et d'heureuses circonstances,

"1. Bulleliii du Tribunal révolutionnaire, VII, 47.

2. Le maire Renard, l'un des pires terroristes de celte époque, s'était fait, au moment du procès, un système de parler sans cesse d'une maladie qui l'avait retenu au lit, pendant lonotemps. 11 se dispensait ainsi de répondre sur tous les l'ail s qui auraient pu le compromettre. D'après les procès-verbaux de la Commune, cette maladie dura du 12 brumaire au l"'' frimaire seulement.

Page 1