Quinet, la Révolutiojiy II
missions les mains couvertes de sang, quelque peu dégrisés par cette subite explosion deTopinion, s'efforçaient néanmoins d'arrôter le courant vers la clémence, parce qu'ils ne pouvaient se faire à Tidée d'un régime où les honnêtes gens, cessant d'être opprimés, reprendraient Tinfluence, et s'en serviraient contre eux. De là ces oscillations de l'Assemblée, hésitant entre les mesures de clémence et les mesures de rigueur, les applaudissements aux attaques des thermidoriens contre la Montagne, et les refus de la majorité de voter leurs propositions par crainte de favoriser les progrès des contrerévolutionnaires. Si les indulgents l'emportèrent, ce ne fut pas sans tiraillements et sans luttes. Il était difficile de satisfaire la multitude croissante des gens qui demandaient des vengeances, et de rassurer en même temps une majorité qui avait le sentiment de sa solidarité avec les auteurs des mesures les plus odieuses.
Dès le 1 1 thermidor, le tribunal de Fouquier-Tinville fut suspendu par un décret, voté au milieu des applaudissements. Faculté fut donnée aux juges du nouveau tribunal de tenir compte de l'intention des accusés. Ce retour à la justice n'empêcha pas des Commissions militaires d'envoyer sommairement à l'échafaud, à Nantes, en fructidor, une douzaine de prévenus d'insurrection * et, à Valenciennes, à la (in de vendémiaire an 111, une centaine de prêtres et d'émigrés rentrés^. Pour satis-
1. Les Commissions militaires de NoirmouLiei\ par A. Lallié {Revue du Bas-Poitou, 1896, !•' trimestre). Une de ces Commissions siégea à Nantes.
2. Barante, Histoire de la Convention nationale, V, 59, et Hèimpression du Moniteur, XXU, 331.
faire les modérés, Lebon, dénoncé de toutes parts, sans rencontrer cette fois un seul défenseur, fut emprisonné. On rassura les terroristes en déclarant calomnieuses les accusations si précises de Laurent Lecointre contre les membres des anciens Comités*. Le courageux discours de Tallien (séance du H fructidor), développant cette idée que la Terreur était une arme de tyrannie, semblait avoir ému TAssemblée, et elle refusa néanmoins d'en ordonner Timprcssion ^.
Le Club des Jacobins était devenu le refuge et la citadelle des partisans de la continuation de la Terreur. Carrier y pérorait avec ardeur contre la réaction, et ce qui prouve qu'à la Convention il était à ce moment loin d'être déconsidéré, c'est que, par un décret du 14 fructidor, il fut choisi, avec deux de ses collègues, pour organiser un système de correspondance entre le Comité de Salut public et la Convention ^
Dans les mêmes jours, il pritlaparoleaux Jacobins, le H fructidor (28 août), pour attaquer Tallien, auquel il reprocha de faire cause commune avec Lecointre, et d'intriguer pour exciter un mouvement dans Paris, accusation qui fut re futée par Dufourny^
A la suite de l'explosion de la poudrière de Grenelle, il prétendit, dans un discours à la Convention, rattacher cet événement à une conspiration.
1. Séance du 12 frucUdor {Réimpression, XXI, 620).— Eod,, XXI. 616 et 642.