Bulletin du Tnbunal révolutionnaire. Vil
égarés par les prêtres et par les nobles. Rendez à ragricultureet aux arts des bras qui leur manquent. Je demande une amnistie en faveur du reste de Tarmée vendéenne. Un collègue qui siégeait à la Montagne courut vers moi, en me présentant le poing d'une manière menaçante : « Qu'est-ce que tu dis? Les Vendéens sont des brigands, il faut les exterminer jusqu'aux derniers. — Ce sont des Français, répondis-je. — Ma proposition ne fut pas appuyée, même parles membres du côté droite »
Si le lecteur a jeté les yeux sur les notes placées au bas des pages de ce volume, il ne lui a pas échappé que l'exposé de la conduite de Carrier à Nantes a été en grande partie emprunté aux dépositions des témoins entendus dans son procès. Reproduire ces mêmes dépositions, selon l'ordre de la procédure, alors que les faits qu'elles démontrent ont été consignés à leurs dates dans le cours du récit, serait une véritable redite. Je me bornerai donc à résumer, d'après les comptes rendus du procès, les défenses de l'accusé, et à reproduire quelques appréciations de la presse du temps sur son attitude en présence des principaux témoins.
Il y avait grande foule aux audiences. Les rapports de police publiés soit par Schmidt, soit par M. Aulard, se répètent chaque jour, du 10 au 25 frimaire (30novembre-15 décembre). « L'opinion publique est la même, toujours bien prononcée contre Carrier, les Jacobins et les intrigants de toute espèce ; même opinion contre le Comité révo-
1, Mémoires de Levasseur de la Sarthe, Paris, 1829, II, 286.
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lutionnairc df* Nantis et contre Carrier. L*opinioii publique condamne Carrier, et attend son jugement avec impatience. " La brièveté était le propre des rapports de police de ce temps-là.
A la seconde S4'*ance, on entendit Bignon, le compère de Vau<:eois à la Commission du Mans. Bignon parla de Lalouet. ce jeune commissaire envoyé de Paris, et sorti certainement de son obscurité par sa participation aux massacres de septembre. Bignon avait beaucoup connu Lalouet. puisqu^il lui avait, un jour, cédé la présidence de sa O>mmission pour condamner le chef vendéen La Cathelinière: or, selon lui, Lalouetavait exercé une influence néfaste sur Carrier: il se disait neveu de Robespierre ; mais, ni Bignon, ni Chaux, qui intervint et dit son mot, ne firent la lumière sur ce personnage énigmatique. Carrier nia son intimité avec lui, et prétendit lavoir subi et nullement recherché. Ce n'est que plus lard, qu'il reconnaîtra avoir subi son influence*.
Champenois, Thomas, Forgetet autres parlèrent longuement des fusillades de brigands qui s'étaient rendus volontairement. Carrier, d'une façongénérale, n'essaya pas de les nier. 11 répondit que, sur tous les points de la Vendée» partout où Ton faisait des prisonniers, les généraux, comme les représentants, les faisaient fusiller. A vrai dire, sur ce point, il n avait pas à se défendre, il aurait pu se contenter de renvoyer aux journaux du temps, remplis de récits de fusillades. A une observation de Héal,quilui reprochait sa lettre du 30 frimaire
\. Courrier universel du 24 frimaire an 111.
an II, dans laquelle il annonçait qu'il faisait fusiller les brigands par centaines, il riposta simplement que la Convention lui avait fait l'honneur de voter rinsertion de cette lettre au Bulletin.
La discussion traîna longtemps sur le point de savoir ce qu'étaient devenus quatre-vingts brigands qui étaient venus k Nantes se rendre à discrétion, et que certains témoins affirmaient avoir été fusillés à larche de Mauves. Si j'en parle ici, c'est que Michelet prétend qu'on les retrouva vivants*. La vérité est que, sur un compte de cadavres inhumés à Nantes, sous la direction d'un nommé Daubigny, et conservé aux Archives municipales, se trouve un article ainsi conçu : « A l'arche de Mauves, cadavres humains : quatre-vingt-huit. »
Bien que le général Turreau, avec ses colonnes infernales, eût depuis le départ de Carrier, transformé en désert une région tout entière, par l'incendie et le massacre et cela avec l'approbation de la Convention, on opposa à l'accusé sa lettre au général Haxo. Il répondit qu'il ne la désavouait pas, parce qu'il avait été autorisé par la Convention à enlev(»r tous les grains de la Vendée et à exterminer tous les habitants*^.
Les révélations sur la guerre de Vendée, faites par Thomas, patriote éprouvé, qui avait le droit, celui-là, d'accuser Carrier parce qu'il n'avait pas attendu pour le faire qu'il fût tombé en disgrâce, sont horribles. Mais Carrier, dans ces faits, n'avait que sa part de responsabilité, et il y avait injustice à la lui faire supporter tout entière.
1. Histoire de la Révolution, Lacroix, i878, t. VIII, p. 309.