‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 39 sur 172 · Les rebelles arrivèrent, le 13 frimaire, devant Angers · texte numérisé non relu

Les rebelles arrivèrent, le 13 frimaire, devant Angers

3. Procès-verbaux du Comité révolutionnaire du 13 rrimaire an 11, f« 48.

qui, plus tard, sera un des accusateurs de Carrier, n'avait pas attendu ce moment pour dire aux membres du Comité révolutionnaire : « Quand vous dépôcherez-vous de vider les prisons? Quand mettrez-vous en bottes tous ces b... là* ? »

C'est sur. ces entrefaites que le représentant arriva furieux à la Société populaire, criant très haut que tout allait mal par la faute des administrations.

Aussitôt la séance terminée, Forget^, qui la présidait, était accouru au Conseil de Département pour lui conter l'incident. « Le citoyen Forget, porte le procès- verbal, a dit que le représentant avait fait publiquement des plaintes à la tribune de la Société populaire contre les administrations, et avait dit, entre autres choses, qu'il ne concevait pas ce qui entravait la marche des administrations, mais que cela n'allait pas ; que les corps administratifs étaient sans cesse embarrassés sur leur compétence; qu'ils ne voulaient rien prendre sur leur compte ; que lui, Forget, était monté à la tribune et avait dit : « S'il est des membres dans les administrations qui ne méritent pas la confiance publique, il faut qu'ils soient chassés ; mais, si tous méritent cette confiance, il me semble nécessaire que le représentant du peuple le reconnaisse, et, qu'en conséquence.

\. Procès de Carrier, séance du 16 frimaire an 111, Courrier universel du 16, et notes d'audience de Villenave, f" 547 et 548 (Collection Gustave Bord).

2. Ch. Forget. ancien marchand déjà nommé et banqueroutier, devenu gardien de la prison des Saintes-Claires, était l'un des sansculottes les plus considérables de Nantes ; plusieurs fois il fut élevé à la présidence de la Société populaire (Les pHsons de Nantes pendant la Révolution^ par A. Lallié, p. 41 et suiv.).

il avait fait la motion que le citoyen Carrier fût invité à con voq uer demain les Corps consti tués pour, en présence de la Société populaire, leur déclarer quels étaientles membres et les causes qui entravaient la marche de l'administration; qu'il avait ajouté, qu'il était possible que des administrateurs, qui ne faisaientqued'entreren fonctions, n'eussent pas la marche hardie et assurée de gens consommés dans les affaires, mais que c'était une raison de plus, pour Carrier, de donner aux corps administratifs au moins une demi-heure par jour pour les guider dans leurs opérations; que, sur cette motion, la Société avait nommé une députation pour aller prier le citoyen Carrier de convoquer les Corps administratifs pour demain; que cette députation était en route, et que, sûrement, elle allait venir au Département lui apprendre la réponse do Carrier. Effectivement, la députation est entrée h l'heure môme, et a dit que Carrier l'avait chargée de convoquer les corps administratifs pour demain, cinq heures du soir, et qu'elle allait se rendre au District et à la Municipalité pour les en prévenir. Il a été arrêté en outre que la séance se tiendrait à huis clos. »

Le lendemain, 14 frimaire, la réunion projetée eut lieu dans la salle du Conseil de Département, et, malgré le huis clos, procès-verbal en fut dressé. Carrier était arrivé à six heures du soir; «les trois administrations et une nombreuse députation de la Société populaire étaient rassemblées ». Le procèsverbal ne relève aucune allusion aux événements qui étaient, depuis la veille, l'objet de la préoccupation de la ville entière. Quelques observations,

OÙ perce un mécontentement mutuel, furent d'abord échangées entre le représentant et quelques-uns des membres; mais, bientôt, Tharmonie se rétablit, et la séance se termina de la manière la plus paisible. Carrierdéclara que les administrations avaient sa confiance et son estime. Renard Tadjura de se fier en ses frères.

« Un membre : « Viens nous voir quelquefois ; viens conférer avec nous sur ce qui est bon à projeter et à exécuter. » — «Vous serez contents, a ditCarrier, je viendrai vous voir plus souvent et tout ira bien. »

« La séance se termina — je copie encore le procèsverbal — dans l'abandon de la confiance, par une conversation d'autant plus intéressante que la vérité dictait les expressions, sans que la voix de cette vérité ait parudureàceux-mêmes dont elle froissait Tamour-propre. Ainsi parlent et agissent des républicains ^))

Si ces deux procès-verbaux sont sincères, ils montrent que Carrier s'était calmé, comme il le faisait le plus souvent quand il rencontrait une résistance, et qu'il n'avait pas môme osé entretenir les administrations de ses grandes mesures.

Ce n'était pourtant pas pour aboutir à un simple échange de politesses que Carrier avait joué, à la Société populaire, la scène violente de la veille, et que le Comité avait, tout au moins, agité le spectre de la conspiration des prisonniers, s'il ne l'avait pas machiné de toute pièces. Le statuaire Lamarie, officier municipal, a rapporté qu'en causant avec Chaux de la conspiration du Bouiïay

1. Commission départementale, f** 151 et suiv. (Arch. départ.).

i02 J.-B. CARRIER

celui-ci lui dit : « Nous avions pris d'autresmesures, c'était d'introduire dans la prison un homme affidé qui y aurait provoqué une insurrection, et ce prétexte nous aurait servi à faire fusiller tous les prisonniers*. » L'affidé a existé, c'était un nommé Hubert, voleur de profession, mouton de prison, qui servait de témoin au tribunal^ et qui, peutêtre, ne sut pas bien jouer son rôle en dénonçant seulement six prisonniers dont le complot s'était borné à confectionner une fausse clef. Ces prisonniers étaient des condamnés de droit commun, qui, d'après leurs domiciles antérieurs, étaient étrangers au pays insurgé et nullement intéressés au succès des rebelles. Quant à Hubert, il fut Tobjet d'égards tout particuliers après sa dénonciation. Dans la crainte que les autres détenus ne lui fissent un mauvais parti, on l'amena au Comité où on le fit changer de vêtements. Renard, le maire, avait été chargé de le faire conduire aux Saintes-Claires. On agita même au Comité la question de le mettre en liberté 3.

Que la conspiration du Bouffay eût été inventée ou seulement découverte, Chaux et Goullin, s'étaient donné la peine d'en faire un épouvantail

2. Déposition de Bernard Laquèze, concierge du Bouffay(fîuZ/etin du Tribunal révolutionnaire VI. 274. J. Hubert, incarcéré) aux Saintes-Claires du 20 mars au 11 avril 1793 ; registre d'écrous f* 7 ; — condamné pour vol à six mois de prison par Abraham, juge de paix ; écrous du Bouffay f* 34. et police de sûreté; —transféré du Bouffay aux Saintes-Claires le 14 frimaire anll, écrous Saintes-Glaires, M67; — envoyé de nouveau au Bouffay, par ordre du Comité, avec cette mention : Joseph Hubert, voleur, 19 pluviôse an II, f- 108.

Page 1