‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 50 sur 172 · Journal de la Montagne^ n* 13, p · texte numérisé non relu

Journal de la Montagne^ n* 13, p

3. Journal des Lois^ de Galetti, numéro du 10 brumaire an III. — Ce n'était pas la première fois que le bourg des Ponts-de-Cé était le théâtre de noyades. £n 1510, l'armée royale, rentrant de sa campagne du Midi, y passa, traînant à sa suite une telle horde de prostituées qu'après force avis publiés le commandant Strozzi en rassembla huit cents qu'il fit jeter du pont dans Teau, et noyer sans pitié (Célestin Port, Diclionnaire de Maine-et- Loire, V* Ponts-de-Cé et Brantôme, Discours LXXXVl, art. !•% Timoléon de Cossé).

NOYADES DU BOUFFAT ET DES PRÊTRES d'ÂNGERS 129

vrage, Saïunur pendant la Révolution^ page 289. L'auteur fait observer que les mots soulignés le sont dans l'original. « Je t'annonce qu'environ r/p?/j: mille prisonniersj catholiques, qui étaient ici détenus, et que, de concert avec le citoyen Francastel, nous faisions évacuer, ont péri. Une partie de ces messieurs se sont révoltés contre la garde, qui en a fait justice. Le reste, en passant sur le Pont-de-Cé, deux arches se sont écroulées^ et ils sont malheureusement tombés dans la Loire^ où ils se sont noyés. Ils avaient malheureusement les pieds et les mains liés. Vive la République ! »

De ces témoignages, n'est-on pas amené à conclure que les noyades de Nantes ne furent que la continuation de celles d'Angers et des Ponts-de-Cé, ainsi que Carrier lui-m<^me l'a prétendu*?

Celle des cinquante-trois prêtres avait été une exécution inspirée par leur arrivée inattendue. Victimes prédestinées au martyre par leur caractère, ces héros du devoir étaient venus à point pour une nouvelle expérience du procédé, et pas un seul n'avait échappé. Le succès de ce moyen de destruction encouragea Carrier. Le projet de la ^ra/îrf^ mesure^ destinée à débarrasser le Boutîay des complices de la prétendue conspiration découverte dans cette prison, pour avoir été retardé, n'avait point été abandonné. Dans la nuit du 24 au 25 frimaire (li-i5 décembre), les membres de la Compagnie Marat, dirigés parGoullin, obtinrent laremise de cent vingt-neuf prisonniers, au moyen

1. Compte rendu du procès {Réimpression du Moniiev}% XXII, 179).

d'un ordre signé de plusieurs membres du Comité révolutionnaire, portant qu'il s'agissait de les déporter à Belle-lie, et ils les conduisirent dans un bateau qu'ils coulèrent peu après. Le gardien de la prison, ayant pris la précaution de se faire donner une décharge des prisonniers, les bourreaux en conclurent que les extractions de détenus, des prisons oii ils étaient régulièrement écroués, pouvaient amener des difficultés à cause des traces qu'elles laissaient. Aussi il ne paraît point que cet enlèvement ait été renouvelé au Bouffay, ni dans aucune des autres prisons régulièrement tenues. Ce n'est pas qu'aucun des détenus de ces prisons n'aitéténoyé plus tard, — ilseraitfaciled'en citer plusieurs, — mais ils avaient été auparavant, sous un prétexte quelconque, transférés à l'Entrepôt 011 Lamberty et ses agents avaient pleine et entière autorité sur les entrées et les sorties.

Les prétentions de Carrier à la science militaire et l'expédition de Noirmoutier. — Son insistance auprès du Comité de Salut public pour la mise en jugement et la prompte exécution de Baco et autres fédéralistes emprisonnés à Paris. — Sa lettre au général Haxo pour lui ordonner Tincendie des édifices et Textermination des habitants des campagnes. — Taxes sur les riches. — Destitution et réclusion du payeur de Lamarre. — Les taxes révolutionnaires et le trésor public. — Le dîner sur la galiote. — Le général Hector Legros. — La probité et les talents administratifs de Carrier selon Michelet. — Prétendus services de Carrier pour les approvisionnements, les chaussures, les vêtements de Tarmée, et la défense de (Iranville. — Soldat accueilli favorsiblement par la Société populaire. ~ Violences du représentant à la tribune de la Société. — Suspension temporaire des séances.

La noyade duBouffay, où l'on rencontre l'action commune du Comité révolutionnaire et de Carrier, avait donné l'élan aux grandes mesures. Dans les prochains chapitres, nous verrons se succéder, presque sans interruption, durant plusieurs semaines, les exécutions en masse de prisonniers. Mais, avant de raconter celles qui ont ensanglanté les derniersjours de frimaire (15-20 décembre 1793), la date môme des faits fournit l'occasion d'étudier la nature et le caractère des relations de Carrier avec le Comité de Salut public, avec les patriotes de Nantes et avec les généraux.

Comme la plupart des représentants délégués près des armées, il croyait volontiers que tous les sans-culottes avaient la science infuse, et qu'un

membre de la Convention, le sabre au côté et le panache tricolore au chapeau, pouvait en remontrer aux officiers les plus expérimentés. 11 s'était attribué Tidée de reconquérir Noirmoutier, et n'aurait pas été fâché de faire croire qu'il dirigeait les détails de cette expédition.

11 écrivait de Nantes, le 21 frimaire (H décembre), au Comité de Salut public.

« Ma dernière lettre, chers collègues, a dû vous apprendre qu'il y a déjà quelque lemps que j'ai levé la suspension do l'expédition de Noirmoutier que j'avais provoquée moi-môme le premier. Depuis cette époque, nous avons pris Beauvoir et Bouin, et nous venons encore de battre à Légéles brigands échappés de cette île. Commandés par Charette, ils se sont jetés dans la forêt de Grand'- Lande et dans les bois environnants. Le général Haxo a fait fortifier le poste de Légé, et il a marché sur-le-champ, avecDutruy, sur Noirmoutier. J'attends des nouvelles à tout instant de la prise de ce dernier refuge des brigands. Ne concevez nulle inquiétude sur la défense de Nantes. Levasseur, qui a resté ici deux jours, vous en rendra compte. La garnison est faible en ce moment parce qu'elle occupe plusieurs postes importants; mais les brigands se trouvent loin de ses murs. 11 vaut bien mieux qu'elle garde des postes h portée de battre les rassemblements partiels des brigands que de rester oisive dans Nantes, surtout quand elle peut se porter facilement de ces postes sur cette place. Au surplus, trois mille hommes des troupes commandées par Haxo, servant à entretenir sa communication avec Nantes, et à faire face aux bri-

gands aux ordres de Gharette, peuvent s'y replier d'un moment à Tautre. Nantes est môme imprenable du côté de la rive gauche de la Loire. Au reste, vous voyez que mes mesures s'accordent parfaitement avec les vôtres ; je ne fais que les devancer. Je suis aussi intéressé que vous à la prompte extermination des brigands, je crois que vous pouvez, que vous devez même compter sur moi. J'entends, oui, f entends aujoiirdlmi le métier de la guerre. Je suis sur les lieux, restez donc tranquilles et laissez-moi faire. Aussitôt que la nouvelle de la prise de Noirmouticr me sera parvenue, j'enverrai immédiatement un ordre impératif, aux généraux Dutruy et Haxo, de mettre à mort^ dans tous les pays insurgés, tous les individus de tout sexe qui s\f/ trouveront indistinctement, et d'achever de tout incendier, car il est bon que vous sachiez que ce sont les femmes, qui, avec les prêtres, ont fomenté et soutenu la guerre de la Vendée ; que ce sont elles qui ont fait fusiller nos malheureux prisonniers, qui en ont égorgé beaucoup, qui combattent avec les brigands, et qui tuent impitoyablement nos volontaires quand elles en rencontrent quelques-uns détachés dans les villages. C'est une engeance proscrite, ainsi que tous les paysans, car il n'en est pas un seul qui n'ait porté les armes contre la République, dont il faut absolument purger le soi*... »

Les intérêts de la guerre ne lui font pas perdre de vue la punilion des contre-révolutionnaires. Il répète que les prêtres d'Angers ont péri dans la

1. Baguenier et Désormeaux» Documents sur Noirmoutier^ p. 16. et Recueil des actes du Comité de Salut public, IX, 331.

f34 J.-B. CARRIER

Loire. Il s'inquiète des cent trente citoyens de Nantes qu'il a envoyés à Angei-s et regrette de n'avoir pas sur eux dos nouvelles aussi positives que celles qu'il a fait parvenir sur les prêtres, ce qui revient à dire qu'on ne Ta pas encore instruit de leur mort. Mais ce qui l'obsède surtout, c'est la crainte de voir échapper au supplice tous ceux qu'il regarde comme des ennemis de la République. (' Je recommande, dit-il dans cette lettre, très expressément, à la vengeance nationale, les scélérats et contre-révolutionnaires Beysser, Baco, Beaufrauchet et Letourneux. Les têtes de ces quatre coquins ne cicatriseront jamais les plaies profondes qu'ils ont faites à leur patrie. Il serait à désirer, il faut même que le Tribunal révolutionnaire les condamne tous quatre promptement à la mort et renvoie leur exécution à Nantes. Elle serait inutile à Paris; elle produira le plus grand bien à Nantes. Envoyez-nous, tandis que j'y suis, ces quatre grands conspirateurs, et je vous réponds de faire bientôt tomber leurs têtes... Montant, ancien capitaine de canonniers à Rennes, qui commandait l'artillerie dans la force départementale, à Vernon, doit subir le même sort, mais, si vous voulez le lui assurer, envoyez-le-moi à Nantes, après l'avoir fait condamner. Je l'enverrai faire exécuter à Rennes*. »

Deux jours après, escomptant déjà la prise de Noirmoutier, il écrivait au général Haxo la fameuse lettre qui figura parmi les pièces à conviction de son procès, et dont il justifia le contenu en fai-

Page 1