U J.-B. CARRIER
son logement au n* 135 de la rue Neuve-des- Pelits-Champs.
Selon M. Boudet, la cause dominante de l'élection de Carrier parait avoir été la confiance des meneurs du parti révolutionnaire du Cantal en sa capacité formidable dans l'exécution. Les incidents de IVUection, révélés par M. Delmas, me porteraient plutôt à croire qu'elle fut le résultat du hasard, sinon de la volonté divine qui la permit.
Quand les crimes de Carrier furent connus, le parti républicain se défendit de Tavoir nommé, et un administrateur du département du Cantal déclarait, le 3 messidor an 111, que l'élection de Carrier et de Milhaud avait été due surtout à la pression d'une centaine de prêtres, que la Révolution de 1790 avait vomis sur le territoire du département. C'était la note du moment, Carrier était un maudit ; on ne se contentait pas de l'accuser d'avoir été un royaliste, il fallait encore qu'il eût été le favori du clergé.
Iconographie de Carrier. — Description de sa personne par les journaux du temps. ~ Son début à la tribune lors de l'appel nominal sur rappel au peuple en faveur du roi. -— Bizarres motifs de son vote. — Il dénonce un de ses collègues du Cantal. — La création du tribunal révolutionnaire due à son initiative. — Demande d'arrestation de Sillery et de Philippe-Egalité. — La proposition de priver de leur traitement les députés de la droite — Divergence d'opinion entre Paris et les provinces. — La Convention, dominée par la populace, disposée à sacrifier les députés modérés et les administrations des départements favorables aux députés proscrits. — Politique inutilement cruelle et odieuse de la Montagne. — Les administrateurs fédéralistes menacés de Téchafaud par Robespierre. — Mot de Carrier sur les Girondins. — Il est envoyé en mission en Normandie.
Les portraits de Carrier, qui illustrent les publications contemporaines de son procès, ne présentent aucune garantie de ressemblance. Il suffit de les comparer pour s*apercevoir qu'ils n'ont de commun entre eux que l'expression de dureté exagérée que les artistes ont donnée à la physionomie de leur prétendu modèle. J'ai acheté, il y a quelques années, à Paris, une petite aquarelle assez jolie, qui le présente de profil avec le chapeau empanaché sur la tête, et le regard égaré plutôt que dur, mais les traits diffèrent tellement de ceux des autres portraits gravés que je ne crois guère à Tauthenticité de cette aquarelle. 11 existe à la Bibliothèque publique de Nantes, un portrait d'après nature, si
on en croit la lettre, par Gabriel, gravé par Perrot. Le profil est assez caractéristique à cause de la proéminence de la lèvre inférieure. 11 y a celui de Duplessis-Berteaux qui le vieillit de vingt ans ; celui de Bonneville qui aurait été dessiné pendant le procès, et que Ton trouve dans la Loire-Vengée^ et, enfin celui de Lamarie, sculpteur habile et officier municipal de la ville de Nantes pendant le séjour de Carrier. Ce dernier le représente vêtu d'une pelisse fourrée, et seul il lui donne les traits de son âge, ceux d'un homme qui n'avait pas quarante ans*.
Le défaut des portraits peints ou dessinés authentiques donne de l'intérêt aux descriptions de sa personne que Ton rencontre dans les journaux du temps. Celle du journal de Fréron, r Orateur du peuple^ fit le tour de la presse au moment du procès. Quoique très malveillante, elle ne tourne pas à la charge comme celle du Courrier républicain^ qui insistait sur sa lubricité et qui disait que la nature s'était trompée en ne lui donnant pas de griffes'-. V Orateur du peuple se contentait d'écrire : « Ce monstre est d'upe taille très avantageuse. 11 est presque tout en jambes et en bras. Il a le dos voûté, la tête, le visage oblong et marqué d'un caractère très prononcé. Ses yeux, petits, anguleux et renfoncés, sont d'une couleur mêlée de sang et de bile. Son nez aquilin rend
1. Sur les portraits de Carrier, marquis de Granges de Surgères, Iconographie bretonne^ Paris, Picard, 1888, p. 99. Le portrait de Lamarie se trouve au tome U des Archives Curieuses de Nantes, de Verger, p. 176. Il ûgure en tôte de ce volume.