Une mission en Vendée y p
JULLIEN ET LE RAPPEL DE CARRIER 2i7
Onditque la Vendée n*estplus, et Charette, àquatre lieues de Nantes, tient en échec les bataillons de la République qu'on lui envoie, les uns après les autres, comme dans le dessein de les sacrifier... Une armée est dans Nantes, sans discipline, sans ordre, tandis qu'on, envoie des corps épars à la boucherie. D'un côté Ton pille, de Tautre on tue la République. Un peuple de généraux, fiers de leurs épaulettes, et broderies en or aux collets, riches des appointements qu'ils volent, éclaboussent dans leurs voitures les sans-culottes h pied, sont toujours aux pieds des femmes, aux spectacles ou dans les fêtes et repas somptueux qui insultent à la misère publique, et dédaignent ouvertement la Société populaire oîi ils ne vont que très rarement avec Carrier. Celui-ci est invisible à tous les corps constitués, les membres du Club et tous les patriotes. Il se fait dire malade et va à la campagne afin de se soustraire aux occupations que réclament les circonstances, et nul n'est dupe de ce mensonge. On le sait bien pourtant et, en ville, on sait qu'il est dans un sérail, entouré d'insolentes sultanes, et d'épaulettiers lui servant d'eunuques; on sait qu'il est accessible aux seuls gens d'état-major, qui le flagornent sans cesse et calomnient, à ses yeux, les patriotes. On sait qu'il a, de tous côtés, des espions qui lui rapportent ce qu'on dit dans les Comités particuliers et dans les Assemblées publiques. Les discours
royaux de se porter à leur gré sur l'une ou l'autre rive ; en ce cas, il faudrait dire embargo. 11 faut croire aussi que JuUien se refusait avoir, dans la loi du maximum, l'une des causes de la disette.
de Nantes. 11 m'a dit à moi-même qu'on ne révolutionnait que par de semblables mesures... Je t'ai donné des détails sur Carrier et sur Nantes ; les patriotes que je t'ai adressés te diront le restée »
Dans ses renseignements au Comité de Salut public, il loue les autorités constituées de Nantes, composées de vrais sans-culottes. La Société populaire bien disposée, et animée des meilleurs principes, a besoin cependant d'ôtre un peu stimulée. 11 s'est, ajoute-t-il, concerté avec le maire pour donner aux fêtes décadaires une solennité qui contribue à électriseret à républicaniser le peuple. Il se plaint des spectacles qui sont les repaires de l'aristocratie. Il faut, dit-il, les fermer ou ne les laisser jouer que des pièces républicaines. Il trouve que l'église Sainte-Croix, où la Société populaire tient ses séances, est un local incommode, malsain et défavorable aux orateurs. Il croit qu'il importe à l'esprit public que le Club occupe une salle imposante et commode. Il y a encore, dans la Société populaire, quelques modérantistes et quelques négociants; mais un scrutin épuratoire, calqué sur celui des Jacobins de Paris, les en fera sortir prochainement'-.
Emprisonné après thermidor ^ Jullien^, qui
i. Rapport de Courtois^ p. 359, et Une mission en Vendée,^. 227 et 228.