‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 31 sur 308 · I. — PLACE DAUPHINE · texte numérisé non relu

I. — PLACE DAUPHINE

(Exposition de la Jeunesse)

Les artistes qui ne pouvaient exposer au Salon du Louvre, réservé aux seuls académiciens, avaient coutume de présenter leurs œuvres au public, chaque année, le jour de la Fête-Dieu ou, selon le temps, le jour de l’octave de la Fête-Dieu. Ils accrochaient leurs peintures, dessins ou gravures sur les draps tendus le long des maisons de la place Dauphine, et les enlevaient pour le passage de la Procession. Leur

exposition avait duré deux heures environ. Chardin y prêta souvent ses tableaux, et le Mercure de France se fait plus d’une fois l’écho des succès qu'il obtint. Même académicien, Chardin présenta encore en 1732 et 1734 un bon nombre de toiles place Dauphine, les Salons du Louvre ayant été supprimés de 1704 à 1737. On trouve mentionné cette exposition de la place Dauphine ou Exposition de la Jeunesse (les jeunes peintres s’y trouvant naturellement en majorité) dès 1722; il est certain toutefois que cet usage remonte bien au delà; il se perpétua jusqu'en

Voir: Bellier de la Chavignerie, Revue universelle des Arts (tome XIX, p. 38); Bocher, Cat. raisonné de Chardin, p. 61; Olivier Merson, Histoire de la peinture française aux xvue et ; Prosper Dorbec, L'Exposition de la Gazette des Beaux-Arts, 3e p., XIIT, p. 77, etc.

xvine siècles, p. 302 Jeunesse au xvirie

Une raie, un chat, des poissons et différents autres tableaux.

Instruments et trophées de musique, différents animaux, des petits tableaux d’ustensiles divers et une imitation de bas-relief en bronze d'après François Flamand, appartenant à M. Vanloo.

On était dans l'habitude d'exposer tous les ans, à l’occasion des processions de la Fête-Dieu, dans la place Dauphine et à l’entrée de cette place, du côté du Pont-Neuf, quantité de tableaux de peintres anciens et modernes, qui attiraient beaucoup de spectateurs; mais, depuis quelque temps, on n’en voyait presque plus, au grand regret du public, qui a sçu très bon gré à quelques jeunes peintres qui y ont exposé cette année plusieurs de leurs tableaux, qu’on a vus avec beaucoup de plaisir, principalement ceux du sieur Chardin, de l’Académie royale, qui sont peints avec un soin, une vérité à ne rien laisser désirer. Deux de ces tableaux, qui ont été faits pour le comte de Rottembourg, ambassadeur de France à la cour de Madrid, représentent différents animaux, des instruments et trophées de musique, et plusieurs autres petits tableaux d’ustensiles, etc. Mais ce qui lui fait le plus d'honneur, c’est un bas-relief peint d’après un bas-relief de bronze de François Flamand, représentant des enfans, que ce fameux maître faisait à merveille, et que le pinceau de l'habile peintre a si bien sçu imiter que par le secours des yeux, quelque près que l'on soit, on en est séduit au point qu’il faut absolument mettre la main sur la toile et toucher le tableau pour être détrompé. On peut voir ce tableau dans le cabinet de M. Vanloo, peintre de l’Académie, au premier rang.

Mercure de France, juillet 1732.

Seize tableaux représentant : des jeux d'enfants, des trophées de musique, des animaux morts et vivants ; la plus grande toile représentait: une jeune femme qui attend avec impatience qu’on lui donne de la lumière pour cacheter une lettre.

Le public et les curieux en peinture ont vu avec plaisir, le jour de l’octave de la Fête-Dieu, dans la place Dauphine, quelques tableaux de divers maîtres et de plusieurs jeunes peintres, exposés par eux ou par ceux qui les possèdent. On en voyait seize du sieur Chardin; le plus grand représente une jeune personne qui attend avec impatience qu'on lui donne de la lumière pour cacheter une lettre. Les figures sont grandes comme nature.

Les autres tableaux du même auteur sont des jeux d’enfants, fort bien caractérisés, des trophées de musique, des animaux morts et vivants, et autres sujets dans le goût de Téniers, où l'on trouvera une grande vérité,

Mercure de France, juin 1734.

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