‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 34 sur 308 · Un tableau, représentant le Négligé ou · texte numérisé non relu

Un tableau, représentant le Négligé ou

Toilette du matin, appartenant à M. le comte de Tessin.

12. — Autre, représentant le fils de M. Lenoir, s'amusant à faire un château de cartes.

+ Dans ce même canton estun des petits sujets de M. Chardin, dans lequel il a peint une mère qui ajuste la cœfe de sa petite fille. C’est toujours de la Bourgeoisie qu'il met en jeu. J'entendois des raisonneurs gloser sur cela, et lui reprocher de tomber en manière; il est vrai qu'il n'y a pas de peintre plus reconnoissable; il saute aux yeux; mais enfin il réussit dans ce genre.

Il ne vient pas là une femme du Tiers-Etat qui ne croye que c’est une idée de sa figure, qui n’y voye son train domestique, ses manières rondes, sa contenance, ses occupations journalières, sa morale, l'humeur de ses enfants, son ameublement, sa garde-robe; et quand on sait réussir à quelque chose, je soutiens, moi, qu’il est très louable de s’y fixer; chacun a sa mesure de talens. Ce n'est pas là sur quoi il faut faire le procès à personne. Quant au sujet dont il s’agit, on remarque une grande connoissance de la nature; d'abord dans ses figures et dans l'action corporelle qui est aisée et vraie, ensuite dans le mouvement intérieur. Cette petite fille dont la mère acomode la cœfe, se détourne pour regarder dans le miroir. Dans cette tête déplacée, on lit la vanité naissante. Son petit cœur est dans ses yeux qui interogent la glace et qui se tiennent à l'affût des petites grâces qu'elle croit qui lui vont échaper. Plantez cette figure toute droite devant la mère, vous perdés tout cela; elle ne dit plus mot.

Lettre à M. de Poiresson Chamarande, Lt G% au Baillage et siège Présidial de Chaumont en Bassigny, au sujet des tableaux exposés au Salon du Louvre. Paris, le 5 septembre 1741.

.… De M. Chardin, académicien : 1° un tableau représentant : le Négligé ou Toilette du matin, appartenant à M. le comte de Tessin. M. Chardin ne cesse de recevoir des éloges du public, qui saisit facilement les actions simples et naïves qu'il lui présente. Rien n’est plus simple, en effet, ni plus heureusement saisi que l’action d’une mère attentive qui attache une épingle à la coiffure de sa fille. Quelque chose de plus piquant encore, c'est le mouvement du cœur d'un enfant que l’habile peintre a trouvé l’art d'exprimer par un regard que la petite fille lance dans un miroir, comme à la dérobée, pour satisfaire sa petite vanité, et voir par elle-même si les soins de sa chère mère l’ontembellie. Le second tableau, qui représente un jeune homme qui s'amuse à faire un château de cartes, a eu aussi ses approbateurs.

Mercure de France, octobre 1741.

51. — Un tableau représentant: Le portrait de Mre Le... tenant une brochure.

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