Pendant du précédent tableau
La même fabrique de pierre; autour, une guirlande de gros raisins muscats blancs; en dedans des pêches, des prunes, des carafes de limonades dans un seau de fer-blanc peint en vert, un citron pelé et coupé par le milieu, une corbeille pleine d’échaudés, un mouchoir de masulipatam pendant en dehors, une carafe d'orgeat avec un verre qui en est à moitié plein. Combien d'objets et quelle diversité de formes et de couleurs! Et cependant quelle harmonie, quel repos! Le mouchoir est d’une mollesse à étonner.
48. — Troisième tableau de rafraîchissement à placer entre les deux premiers.
S'il est vrai qu'un connaisseur ne puisse se dispenser d'avoir au moins un Chardin, qu'il s'empare de celui-ci : l'artiste commence à vieillir. Il a fait quelquefois aussi bien, jamais mieux. Suspendez par la patte un oiseau de rivière; sur un buffet, audessous, supposez des biscuits entiers et rompus, un bocal bouché de liège et rempli d'olives, une jatte de la Chine peinte et couverte, un citron, une serviette déployée et jetée négligemment, un pâté sur un rondin de bois avec un verre à moitié plein de vin. C'est là qu'on voit qu’il n'ya guère d'objets ingrats dans la nature et que le point est de les rendre, Les biscuits sont jaunes, le bocal est vert, la serviette blanche, le vin rouge; et ce jaune, ce vert, ce blanc, ce rouge, mis en opposition, récréent l'œil par l'accord le plus parfait, Et ne croyez pas que cette harmonie soit le résultat d’une manière faible, douce et léchée. Point du tout; c’est partout la touche la plus vigoureuse, Il est vrai que ces objets ne changent point sous les yeux de l’artiste, Tels il les a vu un jour, tels il les retrouve le lendemain, Il n’en est pas ainsi de la nature animée. La constance n’est l’attribut que de la pierre.