Trois têtes d'étude, au pastel, sous le même numéro
Le Cabinet des Estampes posséde un exemplaire du livret du Salon de 1777 (Yb.122a Res.) où Gabriel de Saint-Aubin a dessiné le bas-relief et les trois pastels exposés par Chardin, minuscules croquis permettant de complêter les mentions trop sommaires du livret. Le bas-relief représente, au milieu, un enfant debout de profil perdu à droite, un autre enfant, agenouillé à terre, à droite, tend les bras vers lui, un autre est assis à gauche. Un des pastels ressemble au portrait de Chardin par lui-même que possède M. Léon Michel-Lévy. Un autre est une figure de femme vue jusqu’à la ceinture presque de face; le troisième parait être un buste d'homme,
Ce bas-relief et ces pastels seront de M. Chardin. Il n'aura point la timide prudence, ou plutôt le défaut de courage de plusieurs artistes tels que M. Fragonard et autres. M. Chardin me rappelle ces athlètes qui, chancelant après un combat terrible, rappelleront toutes leurs forces pour aller expirer dans l'arène.
La Prétresse, ou nouvelle manière de prédire ce qui est arrivé. À Rome, et se trouve à Paris chez les marchands de nouveautés, 1777, p. 13.
55. — Plusieurs têtes d'étude, au pastel, sous le même numéro.
Un jacquet, petit laquais.
On a beaucoup parlé du dernier salon en 1770, et la reine ainsi que toute la famille royale voulurent le voir et en témoignèrent leur satisfaction. Un des morceaux qui firent le plus plaisir à Mme Victoire, dont le suffrage éclairé fait l'ambition des meilleurs artistes, fut un tableau de Chardin, représentantun petit Jacquet (Jockey). Elle fut frappée du naturel de cette figure et dès le lendemain, cette princesse envoya au peintre, par M. le comte d’Afry, une boîte en or, comme témoignage du cas qu’elle faisait de ses talents. Ce tableau, le dernier que Chardin ait peint, fait partie du cabinet de Mme Victoire.
Nécrologe des Hommes célèbres de France, t. XV, année 1780.
Nous entrâmes dans l’embrasure suivante mais nous ne pûmes y aller fort avant, à cause de la foule, nous y vimes plusieurs têtes au pastel par M. Chardin no 55, A l'aspect de ces ouvrages, le Dieu du goût témoigna une joie vive: «ll y a plus de quarante ans, dit-il, que je vois ici des ouvrages de cet artiste, toujours couronnés par des succès mérités, toujours une couleur hardie et savante, toujours une connoissance approfondie de ce qui fait l'harmonie d’un tableau, toujours un faire large et facile, une chaleur d'exécution qu’à peine on a dans la jeunesse, Regardés particulièrement cette tête d'un jeune garçon; connaissés vous quelque tableau dont la couleur soit plus fraîche et plus brillante, dont le faire soit plus hardi?»
Le Visionnaire ou Lettres sur les ouvrages exposés au Sallon par un ami des arts. Amsterdam 1779. Deuxième lettre (manuscrite dans la collection Deloynes, p. 229 du 11e vol.).
N’est-il pas aussi bien intéressant de voir M. Chardin éprouver encore la passion de son art à Ro ans, et de donner à nos jeunes élèves d'excellentes leçons, d'efforts, de couleurs vraies, d'entente et de connoissance des plans? Ce bon coloriste ne leur apprendra point, à coup sûr, à rendre les chairs aussi brillantes que des figures de porcelaine.
Coup d'œil sur les ouvrages de peinture, etc…., de l'Académie royale exposés au Sallon de cette année (Extrait du Journal de littérature), par M. l'abbé Grosier. Genève, 1770, p. 31.
M. Chardin s’est encore distingué par deux têtes de vieillard et un Jacquet sur-tout. On peut dire qu’il est caressé par la Peinture et qu’il a toujours trente ans.
La Bonne Lunette, 1770, p. 40.
Nous voilà parvenus aux peintres de Genre. Il faut faire marcher à leur tête un athlète vétéran, qui, comme le vieux Entelle, descend et remonte toutes les fois dans la lice. M. Chardin, vieillard octogénaire, qui n’a pas laissé passer une seule exposition sans y apporter de ses ouvrages, apprend aux jeunes leur devoir. Il semble leur dire: produisez, produisez et soumettez vos productions au jugement du Public;
profitez de la permission que votre Souverain vous donne de les exposer dans son Palais; soyez animés par la présence de son Auguste Épouse qui, suivie de toute la Famille Royale, ne dédaigne point de les contempler et d’applaudir à vos succès. Cet artiste nous a donné cette année plusieurs études au pastel, où l’on reconnoît la touche du sentiment quine meurt jamais dans l’homme d’un vrai mérite.
Examen du Sallon de l'année 1779. Extrait du Journal de Paris, p. 25 et p. 43.
M. Chardin âgé de 80 ans vient encore de donnér les vrais modèles de son art et les meilleures leçons de la couleur dans ses savantes études au pastel, que ne pouvés vous admirer avec quelle vérité cet habile maître sait apprécier les fonds qui conviennent à ses tableaux et en détacher ses portraits par des dégradations insensibles comme celle de l'air.
Lettre d'un Italien sur l'Exposition de 1779. Mercure de France. Manuscrit dans la collection Deloynes, vol. 11, p. 762.
12 décembre 1779. L'Académie royale de peinture etc. vient de perdre M. Chardin, peintre du Roi, conseiller et ancien trésorier de cette Compagnie: il étoit membre aussi de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. Cet artiste excellent dans les petits sujets, avoit toujours été goûté du public, et quoique vieux, il ne manquoit pas de payer son tribut à chaque Sallon; cette année encore il avoit exposé des têtes d’un excellent caractère et pleines de vigueur.
.… 21 décembre. M. Chardin, dont on a annoncéla perte, étoit dans sa 8re année quand il a expiré. Sa fin a été le soir d'un beau jour. Il étoit dans les principes de Rousseau, qu’un moribond doit chercher à ne point effrayer les spectateurs par un extérieur triste et dégoûtant; durant sa dernière maladie, il n’a cessé de se faire raser à l'ordinaire.
Au Sallon dernier il avoit exposé un Jacquet. Mme Victoire en fut si contente qu’elle lui fit remettre pour témoignage par le comte d’Affry une boîte en or; ç'a été son dernier ouvrage. Depuis cinquante-un ans qu'il étoit reçu de l’Académie, il avoit toujours travaillé et toujours plu au public.
Il étoit doué d’un talent exquis pour la couleur. La plupart des sujets de la vie privée qu’il a traités, sont connus par des gravures; plusieurs sont chez le Roi, dans les Cabinets du Roi de Suède et de l’Impératrice des Russies . Ils ont l'avantage de se soutenir contre toutes les écoles, même pour la couleur.
Il n’avoit point de manière; il disoit : on se sert pour peindre de la maïn et des couleurs; maïs ce n’est point avec les couleurs et la main que l’on peint.
M. Renou, plus poëte que peintre, étoit un de ses élèves et a payé à la mémoire de ce maître, dans le Journal de Paris, le tribut de reconnoissance qu’il lui devoit.
Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des Lettres en France... Londres, John Adamson, 1780, t. XIV, p- 339 ét 354.