J. Bougard, sa vie et ses oeuvres
• La mort du D"' J. Bougard peut être considérée comme , une des plus grandes pertes que le corps médical belge ait faite depuis de nombreuses années. Cette mort constitue surtout une perte immense pour l’art chirurgical, dont Bougard avait certes' le droit d'en revendiquer, pendant sa vie. Une des maîtrises. On peut dire de cet homme, ce que l’antiquaire dit en voyant un admirable objet d’art brisé : « Cela ne se remplacera jamais ! » Il en sera ainsi de cet homme éminent ; éminent par le travail, éminent par l’observation, éminent par ses recherches et éminent enfin par la variété et par la grandeur de ses connaissances. Bougard ne se remplacera pas !
C’est la nuit du 19 mars 1884 que le D‘’ J. Bougard a succombé à la rupture d’un anévrisme. Bien ne faisait prévoir cette fin aussi prompte que douloureuse. Doué d’une constitution robuste, ne connaissant ni le repos, ni la fatigue, le D’’ Bougard, à soixante-neuf ans, avait toute la santé, la force et l’énergie de la jeunesse. Il consacrait ses journées aux soins de sa nombreuse clientèle et à ses opérations chirurgicales; ses soirées étaient employées à l’étude des sciences médicales, à celle de la littérature et aux langues modernes. Fort peu
d’hommes et môme de médecins ont fourni une carrière aussi laborieuse et aussi utile. On peut dire de lui que toute sa vie s’était incarnée dans le culte de la science et dans l’amour du bien pour l’humanité.
J. Bougard naquit à Anderlues le 12 novembre 181 S. Bien jeune encore, il fut envoyé au collège de Thuin, où il fit ses humanités. Là, il se distingua bientôt par une grande assiduité au travail. Ses humanités terminées, il entra à l’université libre de Bruxelles pour y étudier les sciences médicales. Ici encore, il ne tarda pas à se distinguer de ses compagnons d'étude, par son aptitude au travail, par sa profonde intelligence et la rectitude de son jugement. Aussi, ses maîtres ne tardèrent-ils pas à le distinguer des autres, et à lui confier les fonctions d’interne des hôpitaux Saint-Pierre et Saint-Jean et à la Maternité' fonctions qu’il remplit de 1837 à 1841. A 22 ans donc, Bougard était candidat en médecine et interne de nos hôpitaux.
Déjà, à cette époque, on pouvait pressentir la grandeur des sentiments de cet homme de cœur envers l’humanité souffrante, car il était bien né pour être médecin. Pour lui, la médecine était un sacerdoce sérieux, et il ne la comprenait pas autrement. Llést ainsi qu’en 1838 et en 1839, il exposa sa vie dans deux terribles épidémies ; la première de fièvre typhoïde dans laquelle il faillit en devenir victime, la seconde de variole. Bougard, loin de redouter ces épidémies, trouvait en elles des éléments nouveaux à ses études ; c’était^ disait-il, le complément naturel des études médicales.
Le conseil des hospices de Bruxelles ne resta pas indifférent à l’égard des actes de dévouement posés par son jeune interne, et il lui vota, en 1841, une médaille d’honneur en récompense des services qu’il avait rendus. La môme année, il
obtenait ses diplômes de docteur en médecine, en chirurgie et en accouchements avec la plus grande distinction : J. Bougard n’avait encore que 26 ans.
Il ne tarda pas à être nommé prosecteur à l’université et chirurgien de l’hospice Sainte-Gertrude. ■
Cependant J. Bougard ne voulait pas rester dans l’ornière habituelle des études médicales, c’est vers le professorat qu’il tendait ses vues ; mais, pour y arriver, c’est par la grande porte qu’il veut entrer. En 1843, il présenta et défendit une thèse publique, à la suite de laquelle il fut nommé docteur agrégé de l’université de Bruxelles, ave^la plus grande distinction, ici encore, le studieux élève reparaît à l’état de brillant docteur, c’est la promesse du savant professeur dans l’avenir. En effet, enl847,il occupait les chaires d’accouchements et de médecine légale à runiversité de Bruxelles. , ; ,
S’il est une chose , remarquable dans la vie de cet homme, c’est la rapidité avec laquelle il conquit ses grades pour arriver au professorat. Il est peu d’exemple d’une pareille ténacité au travail, d’une semblable constance à l’étude. Cette persévérance dans ses recherches, nous laretrouverons dans toute ,son existence. C’était le propre de Bougard. C’est ainsi: que nous trouvons une suite nombreuse de ses publications et de. ses .mtéressantes observations âaiïis le Journal de la Société royale, des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, dont il était Un desmembres-Iœ plus actifs., .
Nous ne pourrions énumérer ici tous les travaux scientifiques du Bougard; le Journal de la Société royale des sciences médicales de Bruxelles constate qu’il fut un de ses membres les plus considérés. .
lEpublia en :1843 une thèse w le delirium tremens et la
folie des ivrognes, ouvrage remarquable non seulement au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement, mais encore au point de, vue médico-légal et de la responsabilité des ivrognes en matière criminelle.
En i84;7, une brochure intitulée : Considérations sur la transfusion du sang observatmis, laquelle il décritl’appareil de M. Blundell modifié par lui, de façon à permettre rj^troduction directe du sang, lentement, progressivement et sans, ,k>Æpntaçt de l’air. Cet appareil par sa simplicité dp construction et d’application ne le cède en rien aux. appareils décrits,et inventés aujourd’hui.
. En lSSG, il fit paraître.une étude sur l'emploi de l’électricité en médecine ; il décrit les affections diverses où l’électricité peut rendre de-.grandS; services,-dans .les-affectione de la moelle, dans les paralysies..rhumetismplesi dans l’a,trophie ruusculaire,;. la surdité nerveuse, l’asthme, l’angine de poitrinej l’épilepsie et l’hystérie, etc., -
J] Cependant, tout cela ne: suffisait pas encore pour dompter cette,nature active ; en 1844,-il accepte le mandat de médecin. despaiivj.’es de la ville. . . ^
,,Cette missioni il la remplit avec,cette douceur et ce dévoue-' ment; dpnh-ljâme de Bougard avait le secret. Ses . pauvres, c’it|ien$fSes enfants, et ceux-ci le regardaient comme, leur plus. gran^, bienfaiteur. Ce fut, à regret, que Bougard. abandonna som mandat dc;médecin des. pauvres, et on^.peut.dire que ce. r^ret.^fut;;largement, partagé par .ses malades, .auxquels il, continua longtemps à donner ses soins et à les'recevoir gratuitement, .chez lui,.;;, i
Nomrnés.membre de la commission„médicale locale de .la ville:.dejBjmxelles, le .Dt Bougard y. .trouva unmouvel. élément
à ses études. Les questions d’hygiène firent bientôt l’objet de nombreux rapport de sa part à l’administration communale, et il prit un tel ascendant au sein de la commission médicale, que les questions les plus ardues étaient renvoyées à son examen. C’est avec la même autorité scientifique qu’on le retrouve au sein des divers comités d’hygiène de l’agglomération bruxelloise, où il n’a cessé jusqu’au dernier jour de sa vie, de leur prêter le précieux concours de ses lumières. Deux jours avant sa mort, il travaillait encore à un rapport, pour la commission médicale, sur une question d’hygiène.
Par une de ces harmonies dont la nature a le secret chez les êtres privilégiés, elle avait uni en Bougard un cœur généreux à un cerveau des mieux organisés.
Doué de beaucoup de mémoire, d’un jugement droit et sûr, Bougard possédait une grande Science médicale et un esprit pratique remarquable. La science du diagnostic lui était familière, et l’application des lois de l’hygiène et de la thérapeutique active et rationnelle né lui faisait jamais défaut. Il était avant tout praticien, et ne comprenait pas la médecine ni la chirurgie sans un but utilitaire. Il complétait la science par l’art, pour enfaire un tout utile à l’humanité souffrante. « A quoi bon, rne répétait-il souvent, être médecin ou chirurgien, pour poser Un diagnostic savant, faire une classification pathologique, une opération brillante, si tout cela n’aboutit pas à prévenir, à conïbâttre ou à guérir le mal? » Aussi tous ses écrits sont-ils empreints de cet esprit pratique qui distingue les vrais savants, et dont l’école de clinique française, comme le disait au congrès médical d’Amsterdam, l’illustre oculiste D'' DonderS, conserve et perpétue les heureuses et utiles traditions.
Frappé des insuccès et des accidents produits par le bistouri
dans l’opération des tumeurs cancéreuses, voyant les chirurgiens modernes les plus distingués, Velpeau, Maisonneuve, Manec, Rivaillé, Canquoin, Chassaignac, et bien d’autres, à la recherche d’un caustique qui put remplacer l’instrument tranchant dans l’opération des cancers, Bougard se mit à l’œuvre pour trouver cette planche de salut, et ses recherches patientes et persévérantes aboutirent à un résultat complet. Mais la chose une fois trouvée devait être vulgarisée et acceptée par le corps médical. Comme en tout et toujours, une vive opposition s’éleva contre l’inventeur et le novateur; comme Galilée, Stéphenso'n, Burcq et tant d’autres pionniers de la science et du progrès, Bougard vit sa découverte et sa méthode chirurgicales être l’objet de critiques plus caustiques que le caustique même qu’il préconisait 1 Chose étrange, ce fut de la part de certains de ses collègues comme, un parti pris de refuser le procédé opératoire préconisé par le maître, et cependant ils en reconnaissaient les précieux avantages et ils l’avouaient.
Dès lors; pourquoi cette opposition ?... Cettedécouverte, car ' c’était une véritable découverte, n’était cependant point l’œuvre d’un jour, ni surtout l’œuvre d’un médecin ordinaire, elle était le résultat de nombreuses recherches et de non moins nombreuses observations. :
. Ce fiit èn 4868 que le D" Bougard, alors viceT-président dela Soèiété royale des sciences médicales de Bruxelles, lut dans la-séance du ; 3 février le remarquable discours sur la guérison': du cancer par l’emploi du caustique. -
-Ce discours fut la-première flèche lancée contre le bistouri;i ' et il produisit une vive sensation dans. le monde chirurgical.
En 4872, furent publiées ses recherches, ses expériences.
ses ohervations, ses resioltats ou sa méthode et la composition de son caustique ainsi que son mode d'emploi.
Ce fut le deuxième coup , porté à la méthode sanglante dans les opérations chirurgicales. Il est une justice à rendre à la mémoire du D"'Bougard, c’est que jamais il n’a voulu procéder dans l’ombre à ses opérations à l’aide du caustique.
Ce fut dans nos hôpitaux, en présence de ses collègues et de ses élèves, qu’il fit ses premiers essais, et c« fut sur des cas déclarés désespérés qu'il procéda à l’aide; du caustique^v C’est- avec l’énergie: et la ténacité de rhomme parfaitenient. convaincu qu’il continua sa méthode, malgré ses adversaires. Grâce à çette persévérance, il arriva aux plus heureux, résultats qu’un médecin jaloux et soucieux de sa réputation puisse aspirer. On ne pouvait;pas imputer au D'' Bougard que c’était par défaut ou par manque d’habileté dans le manieiuent du bistouri qu’il, avait délaissé cet instrument, non, certaine-, ment non,.Bougard était , ce qu’on appelle un élégant opérateur. Il avait la main aussi sûre que l’œil, mais il comprenait trop bien les dangers et les insuccès de la méthode sanglante dans certaines opérations. ;
: Aussi, depuis, Bougard n’a pas cessé un instant de combattre, les dangers et les abus de la méthode sanglante dans le traite-ment des tumeurs cancéreuses; «)n.livre intitulé : Etudes sur le cancer,, qu’ilcaijpublié en 4882, est un ouvrage des plus, remarquables^ dansvlequel .il,résume toutes les opinions, qui ont régné dans la science^ relativement à l’étiologie,, au diagnostic, au pronostic et au traitement des maladies cancéreuses, depuis les premiers âges de la médecine. Sa statistique de plus de 300 opérations par son caustique, comparée à celle des plus gi'ands chirurgiens de notre époque, prouve la supé-
riorité de son caustique et de sa méthode opératoire sur tous les autres procédés rais en usage jusqu’à ce jour. De plus, elle établit ce fait capital et de la plus haute importance pour le salut des malades :
:« Le caustique Bougard et sa méthode opératoire ne présentant aucun danger immédiat pour la vie des opérés, et inhérent à l’opération elle-même, ou à ses suites, permet d’opérer sûrement et facilement dans la première période d’évolution des tumeurs cancéreuses; tandis que les partisans du couteau retardent l’opération et en compromettent ainsi le succès. »
Cette simple considération pratique suffirait à elle seule pour condamner définitivement l’emploi du bistouri. Mais il est bien d’autres'avantages que font ressortir les faits cliniques et les observations prises au lit des malades.
Ce travail constitue à lui seul un véritable monument à la mémoire de son auteur. Dans cette œuvre colossale, Bougard ne s’est pas contenté de condenser toutes les données scientifiques sur le cancer, mais il s'est plu a réfuter une à une toutes les fausses doctrines émises sur l’étiologie des affections carcinomateuses.
C’est dans ce travail que Bougard se révèle tel qu’il est, c’est là qu’on reconnaît l’observateur patient^ le praticien honnête, fidèle à sa devise «■ faire le bien pour le bien même », l’homme- érudit et sur toute chose, ce travailleur infatigable que rien ne rebute et ne peut arrêter.^ , , , : : - : •
On se demande quelle dose découragé il a fallu à cet homme pour entreprendre un pareil travail !
Ce n’était point l’appétit de la renommée qui le poussait à faire paraître ce grand ouvrage, sa renommée était faite depuis longtemps, mais il avait à répondre par des faits, par
une admirable statistique, à certains critiques ; il avait à établir non seulement la supériorité de sa méthode, mais encore la curabilité du cancer à l’aide de son caustique.
L’œuvre capitale du D'' Bougard, celle à laquelle depuis vingt ans il avait voué tous ses loisirs, toute son ardeur, toute son intelligence et son expérience de savant et de praticien,: est l'étude des affectio)is et la recherche des
moyens capables de guérir l’une,des plus horribles et des,plus impitoyables maladies. . -
Quoiqu’il en soit,l’œuvre du D'' Bougard ne sera pas stérile. . Déjà des chirurgiens d’Allemagne, d’Italie, de Portugal, de France, etc.v en apprécient la haute valeur. Notre tâche à nous sera de continuer la vulgarisation de cette méthode chirurgiecale à-laquelle un des chirurgiens distingués de, l’empire d’Allemagne, M. le D’’ Brandjsj: .d’Aix-la-Ghapelle, : se plaisait à rendre hommage.;Dans un cas de cancer qui avait détruit,les; os du front et était .implanté sur la dure-mère, bien, que le cas fut désespéré, j’avais conseillé au D’’ Brandis l’emploi du caustique Bougard, pour arrêter les progrès du mal;, empêcher l’infection et l’hémorragie. Le D'’ Brandis m’écri.vait, au .mokde janvier 1877
Je ne, puis oublier, cet fldratraàk caustique ; îM détruit, chez.une vieille femme, un cancer énorme,,s’étendantsur une . surface de dix centimètres et: de onze centimètres d’épaisseur,ayant perforé les os du front.œt .pénétrant jusquku cerveau,;?: cinq applications ont suffi, potir détruire ,le cancer complètement. Au milieu du front, l’on voit une large ouverture au fond de laquelleïSe trouve le,cerveau. La femme se porte assez bien ; pour moi, il n’y .a pas de doute que sans le remède du D‘’ Bougard elle;serait déjà morte depuis plusieurs semaines; »
La meilleare récompense qu’il pouvait obtenir, la seule satisfaction qu’il pouvait désirer, il les a obtenues avant de mourir : Sa méthode,disons son procédé opératoire,a reçu l’approbation des hommes les plus éminents de l’étranger, qui n’ont pas hésité a lui demander son concours là où leurs efforts étaient restés stériles devant le mal dit incurable ! Cette consolation il l’a eiie, cette satisfaction il l’a reçue, c’était la légitime récompense d’une constance héroïque au labeur ingrat de la recherche, du soulagement des maux d’autrui.
Ses succès seront comme Tempreinte du sceau de la vérité sur le front de l’incrédulité ou de l’indifférence.
Après avoir vu le côté intellectuel du D*' J. Bougard, il n’est pas moins intéressant d’en montrer le côté moral.
Bougard, sous une enveloppe d’apparence austère et froide, cachait des sentiments d’une délicatesse très grande. Cét homme n’avait qu’une pensée, soulager la souffrance, venir en aide à la misère.
Aussi voyonS-nous le nom du D"" Bougard figurer partout où il y a une œuvre scientifique ét humanitaire. La science était sa religion, son culte était l’humanité. Son cœur était compatissant à toutes les souffrances et sa bourse ouverte à toutes les infortunes. Mais il était de ces âmes grandes et généreuses qui néffont rien par ostentation, parce ^qu’elles font le bien pour le bien lui-même, et qu’elles trouvent la récompeiisede leurs œuvres^ dans lé fond de la conscience et dans la satisfaction du devoir accompli.. Gn peut dire du Bougard qu’il mourut à la tâche; remis d’une syncope, la veille du jour fatal,'il fit toutes ses recommandations, rappela ses intentions et ses projets de bienfaisance. Le matin, se sentant mieux, il visita ses malades; fit même plusieurs opérations. Il rentra
très gai, comme pour faire oublier à sa famille son triste pressentiment de la veille. Le soir, il se mit, comme de coutume, à l’étude, écrivit une lettre de convocation pour le comité de l’œuvre de la Croix-Rouge, dont il était vice-président, et ne quitta sa table de travail qu’à minuit. En se mettant au lit, il se sentit mal et il expira !...
Sa dernière pensée, comme ses dernières paroles, comme la dernière phrase qu’il écrivit, fut une pensée de philanthropie et de dévouement envers l’humanité. Il mourut le sourire aux lèvres. C’était le sourire de l’homme de bien, calme devant la mort et fort dans la paix de la conscience.
Les vieillards de l’hospiceSainte-Gertrude, pour lesquels il se dévouait depuis plus de quarante-trois ans, comme médepin.et comme administrateur, perdent en lui un père et un bienfaiteur. Ils honoreront sa, mémoire et se souviendront de ses largesses pendant sa vie, et des dispositions testamentaires qu’il laisse après lui en leur faveur. Eux aussi, eux surtout, pourront dire, devant cette perte, Bougard ne se remplacera pas.
Pendant toutes les épidémies qui ont surgi à Bruxelles depuis 1839, Bougard déploya toujours un ,zèle et un dévouement au-dessus de tous éloges,. . ,. . ,
En 1849, la ville de Bruxelles lui offri tune médaille d’or,, en reconnaissance de; son dévouement pendant l’épidémie du choléra. ^ ^ z
En 18o0 j un, arrêté royal du 21 juillet lui décerna larécempense nationale pour services rendus pendante répidéniie du choléra.
En 1832, le conseil d’administration de l’hospice Ste-Gertrude lui offrit une médaille d’or en reconnaissance des services qu’il avait rendus à cet établissement.
En 1864, le même conseil le nomma administrateur de l’hospice, et chef du service médical de cet établissement de bienfaisance.
En 1866, le gouvernement lui décerna un diplôme d’honneur pour son dévouement pendant l’épidémie du choléra, en déclarant qu’il avait bien mérité de la patrie et de l’humanité.
En 1870, il fut nommé vice-président du comité central de la Croix-Rouge de Belgique.
Chirurgien en chef des ambulances de la Croix-Rouge à Bruxelles, pendant la guerre franco-allemande, et organisateur des lazarets et du service médico-chirurgical des baraquements de la plaine des Manœuvres pour les blessés de la guerre.'
Inspecteur-général des ambulances des faubourgs de Saint-Gilles, Uccle, Anderlecht et Laeken.
Nommé par la ville de Bruxelles, chirurgien de l’ambulance du Waux-Hall.
• En 1874, parut le Rapport sur Vûistallation, la construction^ le mode spécial de ventilation naturelle des baraquements de la Croix-Rouge, construits d'après ses données, et sur le service chirurgical qu’il dirigeait comme chirurgien en chef.
En 4876, membre du comité central de l’exposition d’hygiène et de sauvetage de-Bruxelles, il fut chargé d’organiser et de diriger4e service médical établi à l’exposition.
En 1877, il fut élu président d’une société de bienfaisance èspagnole, ayant pour but de venir en aide aux Espagnols indigents qui se trouvent en Belgique, et cela en réciprocité d’une société analogue fondée à Madrid, pour les sujets belges nécessiteux; il pourvoyait pour une grande part aux frais de cette institution. ’
Enfin en 1882, il fut nommé membre de la commission d’inspection des établissements d’aliénés de la province du Brabant.
Les administrations belges ne furent pas les seules a reconnaître les services et le dévouement de ce grand cœur envers la chose publique. Le gouvernement français voulant récompenser les services rendus par le D"" Bougard, aux militaires blessés dans la guerre de 1870, l’avait nommé chevalier de la Légion d’honneur ; et le gouvernement de la République espagnole, reconnaissant le dévouement, le zèle et l’activité qu’il avait apportés au sein du comité belge de secours aux militaires blessés de ce pays, l’avait nommé commandeur de l’ordre d’Isabelle là catholique.
Ces distinctions, il ne les recherchait pas, il les recevait avec cette même modestie qu’il posait ses actes de dévouement et de charité ; il s’en effarouchait même, en se demandant s’il les avait méritées ! . -
Vis-à-vis de ses semblables, Bougard apportait cette bonhomie, cette douceur et cette simplicité qui caractérisent l’homme savant. Cette bienveillance, il l’avait pour tout le monde et surtout à l’égard des pauvres, auxquels il ne pouvait rien refuser.
Jamais on entendit Bougard se prévaloir de ses connaissances : familier aux langues étrangères, l’espagnol, l’italien, l’anglais, etc., il en simulait quelquefois la plus complète ignorance..
Caractère droit, franc, sincèrement dévoué à ses amis, tel était cet homme qui vient de disparaître.
Mais si Bougard était l’apôtre du bien,-il était aussi l’ami du beau; sa collection de tableaux, de vases étrusques et d’autres objets d’art antique décèle un amateur sérieux et de bon goût.
C’est au musée qu'il lègue ces richesses artistiques, parmi lesquelles figurent deux splendides toiles de Jordeans et deux de Lucas Giordano.
Telle est la carrière du philanthrope ; quel exemple pour ceux qui l’ont connu, qui l’ont vu à l’œuvre et qui restent après lui !
La modestie du D'' Bougard égalait son talent. Suivant sa volonté expresse, aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe, et ses funérailles se firent à huit heures du matin avec la plus grande simplicité. Ce convoi funèbre dégagé de toute somptuosité, la foule recueillie accompagnant à sa demeure dernière le parent, le bienfaiteur, l’ami et le médecin dévoué, le cercueil orné de nombreuses couronnes de fleurs, hommage de l’affection et de la reconnaissance, donnaient à cette cérémonie de deuil un caractère inaccoutumé et imposant de dignité et de grandeur.
Nous venons de retracer à grands traits la carrière de l’homme que la science et l’humanité viennent de perdre hélas! trop tôt. Sa mémoire et son exemple vivront à jamais dans le souvenir de tous ceux qui l’ont connu et qui ont su l’apprécier.
Le nom de Bougard trouverait sa place à côté de celui diï D" Itar de Paris, parmi les hommes utiles, de Monthyon et Franklin.
Pour nous, les croyants de la science, la mort n’anéantit pas plus les actions humaines que la matière, et ces hommes d’élite, comme les rayoqs du soleil, ne passent point à travers l’atmosphère sociale sans laisser une trace lumineuse et vivifiante, leur mérite et leurs bienfaits ne restent point méconnus, et si parfois la patrie les oublie, l’humanité leur rend toujours justice.