‹ J.-J. Rouseau au Val de Travers, 1762-1765Chapitre 103 sur 135 · LES DEUX BERTRAND · texte numérisé non relu

LES DEUX BERTRAND

ce qui vous le paraîtra encore plus, c'est que Bertrand % qui s'était fait fort de vous chasser d'ici, a été lui-même obligé de quitter son poste, pour prévenir la bordée que je lui avais ménagée. Il demanda lundi, au Sénat, son congé, qui lui fut tout de suite accordé. Il avait déjà reçu, de ma façon, deux fortes bourrades, et il n'a pas voulu essuyer la troisième, très prudemment, je vous l'assure. N'eussent été les justes égards que nous devions pour les parents du professeur, nous l'aurions aussi bourré d'im-

> Il y avait deux Bertrand : Jean-Élie Bertrand^ professeur et ministre, associé et gendre de M. Osterwald dans la société typographique, homme d'initiative et de talent, mais, parait-il, peu scrupuleux. Il fut destitué de sa charge de ministre,ct son bëiupère de celle de banneret de la ville, pour impression de mauvais livres.

M. Charles Berthoud, dans un très-intéressant article du Musée neuchâiehis (mars 1870) assure que le Bertrand dont il est ici question n'est point Jean-Ëlie, mais son oncle Élie, pasteur à Berne qui, en effet, quitta cette ville en juillet 176$ pour se rendre à Varsovie. Les détails que donne M. Ch. Berthoud sur l'un et l'autre de ces Bertrand semblent justifier son opinion, et je m'y range volontiers. Seulement on ne comprend plus quelle raison poussait ce pasteur de Berne, bien qu'il fût collaborateur de VEn^ cyclofédie et correspondant de Voltaire, à faire chasser Rousseau du pays de Neuchâtel, et encore moins l'influence qu'il y pouvait avoir non plus que celle du colonel Chaillet à Berne. Jean-Élie, établi à Neuchâtel, ministre, professeur, gendre de M. Osterwald, se trouvait naturellement mêlé à toute cette affaire, et devait, comme tout le monde, y prendre part avec une certaine passion pour ou contre Jean-Jacques. Ëlie à Berne, n'avait rien à y voir. Si néanmoins c'est à lui que s'adressent les bourrades du colonel et les sarcasmes de Dùpeyrou, serait-il téméraire d'en conclure que le pauvre Rousseau n'avait pâs tant la berlue qu'on veut bien le dire lorsqu'il se croyait partout poursuivi et traqué. Ëlie Bertrand n'eut jamais de rapports directs avec Jean-Jacques ; il était l'ami de ses ennemis; pourquoi pas l'agent?

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