ARRET DE PARLEMENT
bution d'un pareil ouvrage, digne, comme eux, de toute sa sévérité. » Or, je n'aî vu nulle part que M"* de Luxembourg ni le maréchal aient été iûquiétés le moins du monde, bien que leur participation à la publication de V Emile ne fut ignorée de personne. Ce n'est pas là ce qui surprend. On ne s^attaque pas à de tels personnages. La chose étonnante est qu'ils n'aient pas eux-mêmes, ni M. de Malesherbes, ni le prince Conti, réclamé hautement leur part de responsabilité; cela ne les exposait à rien, et, en s'honorant par cette déclaration, ils auraient sauvé Rousseau.
Celui-ci le sentait et il eut la générosité de n'en rien témoigner; il n'avait qu'à ouvrir son portefeuille, montrer les lettres de tous ces protecteurs : on ne pouvait plus le poursuivre. Un seul mot de lui révèle sa pensée à cet égard. Six ans plus tard, le 27 mars 1768, il écrit à M. de Choiseul pour détruire le soupçon qu'il lui suppose de s'être senti blessé par quelques paroles du Contrat Social et de YÉmile^ paroles qui étaient, au contraire, dans l'intention de l'auteur, un éloge de cepuissantministre; sa lettre commence ainsi :
« Un mot que me dit M. de Luxembourg, à mon départ pour la Suisse, autorise le détail dans lequel je vais en-
30 CONDAMNATION DE l'ÉMILE.
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trer et qui serait superflu s*il vous eût rendu ma réponse, niais le meilleur et le plus aimable des hommes n'en fut pas toujours le plus courageux, »
Tout cela, je Tavoue, ne prouve ni une embûche préméditée, ni un complot longuement formé pour perdre l'innocent Jean-Jacques, et moins encore la participation qu'y aurait prise M"* de Luxembourg. On peut croire au contraire qu'elle a sincèrement désiré et voulu être utile à Rousseau. Lors même qu'un peu de vanité féminine et de cette démangeaison de pro* téger, de diriger, d'agir, assez commune chez les dames oisives du grand monde, serait entré dans ce dessein, encore faudrait-il lui en savoir gré. Ce qui confond et ne s'explique pas, c'est le résultat de cette bonne volonté. On ne conçoit pas que la femme d'un maréchal de France, aidée de tout le crédit de son mari, appuyée par un prince du sang, soit impuissante à défendre un livre qu'elle-même publie et un auteur qu'elle aime. Rousseau cherche en vain à éclaircir ce mystère. Il va d'induction en induction, entasse hypothèse sur hypothèse, et, en somme, ne démontre rien. Il n'y a d'évident que le désarroi de M"** de Luxembourg et la condamnation de VÉmile.