EXPULSION DU PAYS DE VAUD
Les hommes feront toujours comme les moutons de Panurge. Le sénat de Berne, pris à son tour de la frénésie générale, excité on ne sait par qui, donna Tordre à son bailli d'expulser le pestiféré des terres soumises à la patte de Tours. M. de Gingins, désolé^ prévint Rousseau, et celui-ci, sans attendre la communication officielle, résolut de partir dès 1q lendemain.
Mais où aller? Un hasard décida la question.
M"® Boy de la Tour, nièce de M. Roguin, était en séjour à Yverdon; elle offiit à Rousseau une maison, vide précisément, que son fils possédait au village de Motiers dans le Val de Travers, comté de Neuchâtel. Le temps pressait; il n y avait qu'une montagne à traverser ^ ; Rousseau la franchit en compagnie de son ami Roguin, et c'est ainsi, sans le vouloir, sans le prévoir, sans le désirer, qu'il devint notre hôte et notre concitoyen. O libre arbitre ! combien il est vrai de dire avec humilité, résignation et confiance : L'homme s'agite et Dieu le mène !
' Assez haute et large, il est vrai, et n'ayant à cette époque que des sentiers et des charrières presque impraticables; mais Rousseau était grand marcheur. C était une course pénible de cinq à six heures.