‹ J.-J. Rouseau au Val de Travers, 1762-1765Chapitre 44 sur 135 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

sommes plus en un temps d'équinoxe et de haute marée; nos flots moins retirés, s'élèvent moins aussi.

Le pauvre Rousseau, accablé de visites indiscrètes, poursuivi par tous les curieux nomades de l'Europe, pouvait encore moins se défendre contre les importunités écrites. H est plus facile d'écrire que de parler, plus commode de jeter à la poste une feuille de papier que de faire un long voyage. Les lettres arrivaient à Motierspar « ballots. » A la fin, Rousseau avait pris le parti, ne pouvant y suflire, de laisser à la poste celles qu'il ne connaissait pas.

« Il me faudrait, disait-il, pour répondre à tout, dix mains, dix secrétaires, une santé robuste et beaucoup de loisirs. . . .

» Pardonnez l'humeur qui me ronge; j'ai onze lettres sur la table , la plupart très désagréables et qui veulent toutes la plus prompte réponse. Mon sang est calciné ; la fièvre me consume. »

H serait aisé de multiplier à l'infini les citations de ce genre ; en tous cas il faut y ajouter celle-ci :

« Ma paresse commence toujours par se dépiter, mais à la fin mon cœur cède. » ("

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En eflFet, malgré tout, Jean-Jacques finit toujours par ouvrir sa porte aux étrangers et par répondre à toutes les épîtres. Si le premier mou- * vement le porte d'abord à se taire, ou à renvoyer les importuns par une répartie bourrue, comme il fit à plusieurs et entr'autresàM. Samuel Bourgeois de Neuchâtel, à qui il écrivait :

« Je vois, monsieur, que vous avez de la santé, du loisir et du goût pour la dispute ; je vous en fais mon compliment; et pour moi, qui n'ai rien de tout cela, je vous salue de tout mon cœur. » '

la bonté naturelle reprenait bientôt le dessus, et pour peu qu'il crût à un sentiment sérieux de la part de ses contradicteurs, ou de ceux qui se disaient ses disciples, il se donnait la peine de discuter avec eux les sujets qui lui étaient proposés.

Du II juillet 1762 au 8 septembre 1763, Rousseau a écrit trois ou quatre cents lettres. L'édition que j'ai sous les yeux en contient deux cent quatre-vingt-huit. Ce n'est peut-être pas la moitié. Combien sont perdues ou égarées ! celles de la famille Boy de la Tour entr'autres, une liasse énorme, plus d'une centaine, et combien d'inédites, soit qu'elles soient inconnues, en-

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