MADAME DE VERDELIN. II
d'Houdetot, les d'Épiriay; je veux parler de ■ M°** Latour-Franqueville et de M™* de Verdelin. Rousseau leur a écrit de Motiers bien souvent '. Elles ont été pour lui, à ce moment, au plus fort de la bataille, sinon le repos, du moins la diversion heureuse, piquante, secrète, à la fois du cœur et de l'esprit, un demi-rêve d'amour et de tendresse, à l'heure où ces frileux, repoussés par la saison froide, se glissent trdtreusement sous les fourrures de la vieille amitié. L'une douce, sensible, attendrie et blessée, anxieuse, attentive comme une sœur, comme une mère. L'autre plus vive, plus exigeante, presque jalouse, et sans cesse se plaignant.
M. Sainte-Beuve de sa touche délicate et juste a retracé les rapports de Rousseau avec ces deux aimables femmes, acquittant ainsi une dette de Rousseau que lui seul pouvait payer ^. On ne peut rien dire après lui sur « ces intimités d'in-
' La correspondancf ne contient que six lettres à M"* de Verdelin, mais dans le cours de Tannée 1840, le journal V Artiste en a publié une soixantaine. — M""* de Verdelin vint k Motiers. Encore une visite que je n*ai pas notée. J'y reviendrai.
* « Il m'est doux de penser qu*un jour le nom de ma chère Marianne recevra les honneurs qui lui sont dus, à la tête du petit nombre de ceux qui ont eu le courage de me défendre de mon vivant. » — Lettre de Rousseau du 20 janvier 1768.
Il8 MADAME LATOUR-FRANQUEVILLE.
telligence et de sentiment où il y a le plus souvent un sous-entendu d'amour qui ne sort jamais, où il se mêle du moins de femme à auteur une aflfection plus tendre que d'homme à homme; » ni rien à ajouter au portrait de cette aimable femme, « pétrie de tendresse, de finesse, de douce malice et de bonté. »
Les relations de M"* Latour commencèrent à peu près en même temps que celles de M"* de Verdelin, c'est-à-dire en 1761, la dernière année que Rousseau passa à Montmorency. Elle n'était pas, elle, une voisine, elle n'habitait pas la vallée, et vit son ami, pour la première fois, lorsqu'il traversa Paris, se rendant à Londres, vers la fin de l'année 1765. Cet incognito ne fut point un réfirigérant perpétuel de leur commerce épistolaire; il ne fit que stimuler au contraire et tenir en haleine l'imagination et la curiosité de l'inflammable Jean-Jacques, et M°*® Latour, qui pourtant était jolie, j'aime à le croire, et sincère, je n'en doute pas, sut en tirer parti avec un art féminin consommé.
La première lettre, provoquée par la lecture de la Nouvelle Héloïse^ est écrite au nom d'une amie qu'elle nomme Julie, et dont elle se dit la
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