‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 104 sur 132 · L ANE DE LA FABLE · texte numérisé non relu

L ANE DE LA FABLE

même, puisqu'il rêvait sans cesse une nouvelle demeure, et Thérèse aussi, mais, la malheureuse 1 à ses dépens; elle payait pour tout le monde.

On a beaucoup dit de mal de cette femme ; les meilleurs amis de Rousseau l'accablent encore de reproches et de malédictions; elle a été, dit-on, l'opprobre et le mauvais génie du grand homme. Ce jugement me semble bien sévère, et, si j'ose le dire, bien injuste. Sans nier ni ses défauts, ni ses fautes, trop visibles, et, si l'on veut, trop inexcusables, il faut faire la part de son éducation et de sa triste et équivoque position : ni servante, ni femme ; nul rapport de goûts et d'idées. Pense-t-on à toutes les blessures et à toutes les humiliations qu'elle devait subir, et qui étaient à peine déguisées sous les égards qu'on croyait devoir à la compagne d'un si illustre écrivain; attachée à un homme de sa taille, de son rang, de ses habitudes, elle eût été peutêtre une nière heureuse et respectable, et sa vie obscure se fût passée tout entière dans les humbles mais paisibles occupations d'une ménagère laborieuse. Il n'en fut pas ainsi. Le destin par un caprice cruel, réservait à cette fille ignorante une immortelle célébrité, et puisque son nom

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