‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 24 sur 132 · ETABLISSEMENT A MOTIERS · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT A MOTIERS

Il est plus aisé d'imaginer que de décrire la foule tumultueuse des sentiments divers qui devaient en ce moment occuper le fils du pauvre horloger de Genève. Après une longue suite d'aventures extraordinaires, d'épreuves, de vicissitudes, de misères, « ayant dépassé la moitié du chemin de la vie, » il se trouvait en même temps poursuivi et encensé, au comble de l'adversité et au comble de la gloire. L'Europe entière s'occupait de lui ; d'un côté, des louanges à rendre fou le plus solide esprit, de l'autre des imprécations capables de troubler la conscience la plus ferme. Quel sage aurait pu conserver l'équilibre de sa raison dans une situation pareille ?

Si les circonstances avaient été moins impérieuses, Rousseau eût hésité peut-être à se mettre sous la protection du roi de Prusse et, pour ainsi dire, entre ses mains. Il n'aimait pas ce monarque et ne s'en était point caché. Parmi les estampes de son cabinet de Montmorency, chacun avait pu voir un portrait du Grand Frédéric, avec ce distique :

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