‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 50 sur 132 · CORRESPONDANCE. I I · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE. I I

fouies, soit que leurs propriétaires, par des raisons que je ne veux pas juger, en refusent l'impression. Peu à peu la plupart viendront au jour, et je sais des publications qui se préparent.

Assurément, le plus sera le mieux. Les moindres lignes tracées par un grand homme peuvent avoir de l'importance dans un sens ou dans un autre ; ce sont des rayons nouveaux qui viennent s'ajouter à la lumière déjà connue et en augmen- * tent ou en modifient l'éclat. On n'a jamais tout vu, ou assez bien vu dans ces esprits d'élite, profonds et mobiles comme les mers. Cependant, ce que nous possédons de la correspondance de Rousseau suffit pour mesurer l'étendue de cette âme ardente et forte; à côté de l'auteur, qui pourtant domine tout, on trouve l'homme, et si j'ose le dire, il vaut mieux encore que ses livres, malgré ses faiblesses et ses fautes. C'était vraiment une nature amicale, bienveillante, débonnaire, quoique rude, bizarre par moment et par accès; aimant le bien, la vertu, la sagesse, aimant ses amis, aimant son prochain, tendre aux pauvres et aux malheureux.

La correspondance de Jean-Jacques n'a pas le charme imprévu, ni la grâce piquante et facile

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de celle de Voltaire. Semblable aux harangues de Démosthènes, elle sent l'huile, l'efFort, le travail. Néanmoins elle attire, elle retient; on y retourne malgré soi, et chaque retour procure un plaisir inattendu, fait faire une découverte nouvelle dans la pensée ou dans l'expression. C'est un pays varié, sévère d'aspect et pourtant tout rempli de fraîches retraites et de coins dé- • licieux. S'il se plaint souvent, souvent aussi sa bonne humeur native prend le dessus ; il est gai, enjoué, railleur parfois, et galant non sans délicatesse. On est moins surpris en lisant ses lettres de l'entendre appelé : « le plus aimable de tous les hommes et le plus aimé. » Avec le don de remuer les esprits sérieux, il possédait celui qui touche Je cœur des femmes et les captive. Les amitiés féminines, amitiés d'esprit, mais vives, ferventes, durables, qu'il inspira, sont nombreuses. Ni l'absence, ni le temps ne les purent refroidir. Elles se voilent sans s'éteindre dans les ombres qui enveloppent si tristement les dernières années du malheureux Jean-Jacques. Tout au moins en fouvons-nous deux, fidèles jusqu'au bout, et qui ne s'éloignent point tout à fait, comme les Luxembourg, les Boufflers, les

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