DANIEL DE PURY. I
dont vous m'avez honoré. Par conséquent, professer la religion naturelle n'est point se déclarer contre le christianisme.
» Toutes les connaissances humaines ont leurs objections, leurs difficultés souvent insolubles ; le christianisme a les siennes que l'ami de la vérité, l'homme de bonne foi, le vrai chrétien ne doivent point dissimuler. Rien ne me scandalise davantage que de voir qu'au lieu de résoudre ces difficultés, on me reproche de les avoir dites.
» Où prenez- vous, monsieur, que j'aie dit que mon motif à professer la religion est le pouvoir qu'ont les esprits de ma sorte d'édifier et de scandaliser? Quiconque connaît un peu mes manières de penser et de dire, ne me soupçonnera sûrement jamais d'avoir écrit, ni dit, ni pensé pareille sottise.
» Je n'aime ni n'estime les lettres anonymes et je n'y réponds jamais, mais j'ai cru, monsieur, vous devoir une exception par respect pour votre âge et pour votre zèle. Quant à la formule que vous avez voulu m' éviter en omettant votre signature, c'était un soin superflu; car je n'écris ni ne dis jamais rien que je ne veuille avouer hautement et je n'emploie jamais de formule.
)) Je vous salue, monsieur, de tout mon cœur.
Daniel de Pury paraît être resté en bons termes avec le philosophe récalcitrant à ses remèdes et à ses conseils. Sa dernière lettre du 4 avril 1765, infructueuse comme les précédentes, est encore une preuve de respectueuse sympathie; elle engageait Jean-Jacques à ne pas quitter le pays de Neuchâtel.