LE CREUX DU VAN
Jacques l'impression profonde qu'il ressent et peint si vivement après quinze années.
En ce temps-là, les bois ne valaient pas la peine d'être coupés; hêtres et sapins tombaient de vétusté les uns sur les autres et formaient d'impénétrables retraites ^ La présence d'une manufacture n'est pas non plus impossible. Dans des gorges très-voisines, sur le ruisseau de Noirvaux, il y avait autrefois une forge et une verrerie. Aujourd'hui on 3^ rencontre des scieries et une fabrique de boîtes à musique. Mais une trèsbonne route traverse maintenant ce défilé, tandis qu'on n'y parvenait jadis que par des sentiers de chèvre. . . ou de philosophe, ce qui devait rendre en effet bien extraordinaire un établissement industriel en de semblables lieux.
On est étonné de ne pas trouver dans ces réminiscences de Jean-Jacques le nom du Creux du Van ^. Sous le rapport pittoresque, comme
* Un acte de vente, de cette époque à peu près, porte cette mention : « Un pâturage empoisonné de bois, » Aujourd'hui tout au rebours la valeur d'une propriété de montagne est en proportion du bois qu'elle produit.
2 On écrivait autrefois, on écrit encore fréquemment Creux du Vent — par figure et poétique étymologie ; — celle de Van s'explique mieux. Van, Vanel, Vanil, en vieux dialecte roman, signifie roc, rocher à pic. Quelques-uns veulent aussi que ce nom vienne de la forme du cirque qui est celle d'un gigantesque van à vanner.