‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 87 sur 132 · BESOIN DE CHANGEMENT · texte numérisé non relu

BESOIN DE CHANGEMENT

table des derniers mois que Rousseau passa au Val de Travers.

Nous avons vu Jean-Jacques perpétuellement agité de projets de déménagement. Une fois ou Tautre il serait parti. Thérèse partageait l'humeur inconstante et vagabonde de son compagnon. Soit influence de vie commune, soit aussi penchant naturel ou encore résultat de la fausse position de cette malheureuse femme, elle ne se trouvait bien nulle part. Loin d'aider Rousseau à se fixer, elle excitait son besoin de changement et le poussait à chercher sans cesse de nouvelles installations.

Avec une disposition différente et autant de goût pour rester qu'ils en avaient de s'éloigner, ils pouvaient l'un et l'autre achever en paix leurs jours dans l'hospitalière maison de M"'^ Boy de la Tour. Thérèse n'était mal vue de personne; Rousseau, citoyen de l'État, protégé des autorités, entouré d'amis ardents, n'avait qu'à laisser passer la bourrasque ecclésiastique. Les émotions populaires sont aussi courtes que vives : le sentiment public bientôt retourné n'aurait pas manqué de lui payer un peu de patience et de fermeté par un redoublement de considération et d'égards.

Mais cette réserve dite, il faut le reconnaître, les faits expliquent suffisamment son brusque départ et l'amertume qu'il emportait en quittant le pays de Neuchâtel.

Le Val de Travers n'est pas un vaste pays. En y suivant le philosophe nous sommes obligés, comme lui, de repasser souvent dans les mêmes lieux et par les mêmes sentiers. Déjà plusieurs fois nous avons rencontré et salué les Lettres de la montagne, sans nous arrêter, sachant bien que notre course devait nous y ramener et s'achever avec elles. Notre sujet ne nous oblige pas, heureusement, de les étudier sous leur double caractère religieux et politique. Il nous suffit de rappeler quel a été leur but et l'effet qu'elles ont eu dans la vie de leur auteur. Rousseau, en les écrivant, voulut faire deux choses : d'abord, prouver qu'en exprimant avec respect les objections et les difficultés que le christianisme offi-ait à ses yeux, il n'en avait point ébranlé la base, et l'eût-il fait, qu'on ne peut opposer à un raisonnement sincère, "qu'un raisonnement et non un arrêt de justice; brûler

n'est pas répondre. En second lieu, que dans la poursuite et dans la condamnation de VEmile à Genève on avait violé les lois de la république et ses droits de citoyen.

Cette démonstration ne mit les esprits d'accord que sur deux points, qui n'étaient pas contestés : la bonne foi de Rousseau, et son incomparable talent d'écrire. D'un consentement unanime, les Lettres de la montagne ont été reconnues dès leur apparition, comme elles le sont encore, pour un chef-d'œuvre. Du reste, chacun garda sa manière de voir, en y ajoutant la chaleur que provoque la lutte et la passion que Rousseau lui-même avait jetée à pleines mains, j'allais dire à pleines flammes, dans son livre. Des deux côtés la rage redouble. Les magistrats s'entêtent, les bourgeois, s'exaltent ; l'opposition va jusqu'à la haine, et l'admiration se hausse à l'enthousiasme. Il fallut trois années d'épreuves et de misères pour apaiser cette effervescence. La France et Berne intervinrent. Jamais Genève ne courut un plus grand péril.

Mais les écrits de Jean-Jacques n'en étaient que l'occasion. La crise tenait à l'essence même des

choses; la machine avait besoin d'être réparée

et perfectionnée, et la transaction qui termina la crise fut en définitive un progrès, un pas en avant dans le développement politique de la cité de Calvin. Les magistrats d'alors ne pensaient pas ainsi; toute discussion leur semblait odieuse et criminelle. Le salut de l'État et le salut de la religion se confondaient à leurs yeux dans le maintien absolu de leurs prérogatives : on ne pouvait y toucher sans détruire l'ordre social et l'ordre divin. Les hommes aiment à se faire la douce illusion qu'ils représentent Dieu et la vérité. Seulement, par une contradiction bien humaine, cette pensée, qui devrait leur donner une force calme, patiente, une confiance parfaite, les rend d'ordinaire durs et injustes. Le gouvernement et son parti, retranché derrière le dogme, comme en une forteresse sainte, firent payer cher à Rousseau le crime d'avoir trouvé que le conseil de Genève avait condamné son livre à tort.

Moultou, avec une sagacité justifiée par l'événement, pressentit l'implacable guerre que les Lettres de la montagne allaient exciter. Aussitôt après avoir lu ce livre, dans cette lettre de réconciliation si émue et si tendre dont j'ai déjà parlé, il écrit à son ami ce passage remarquable :

» J'ai lu votre livre : ce sont les gémissements d'un héros, ils ont brisé mon âme. Mais que dirai -je? ai-je pu vous juger un seul instant de sang-froid. C'est à l'Europe à prononcer à présent ; si elle vous absout, que répondront-ils ? Mais , monsieur , quel sera parmi nous l'effet de cet ouvrage? Dieu seul sait si vous l'effacerez un jour avec vos larmes, ou si votre patrie vous devra des autels. — Homme illustre, vous êtes persécuté; mais n'avez-vous pas dû vous y attendre? Tout novateur, Socrate même, ne l'a-t-il pas été? vous avez plus de droit de l'être, monsieur ! L'honneur d'annoncer la vérité vaut bien peu, s'il ne vaut pas qu'on souffre pour elle; mon tour viendra peut-être; je l'attends, je m'y prépare, je suis prêt.... Un siècle encore, monsieur et vos mâles écrits brisent tous les fers de l'Europe et la religion mieux entendue ne fait plus de victimes et ne consacre plus de persécuteurs ; souffrez donc les outrages de vos contemporains.... Genève qui vous rejette, Genève un jour s'honorera de vous, et nos descendants la verront pleurer sur

votre mausolée Cette prophétie est aussi sûre que

votre gloire \ »

Moultou revient sur ces idées et y appuie dans la lettre suivante :

ï Sur ce dernier point au moins la prédiction de Moultou s'est accomplie. Le 2 juillet 1878, Genève a célébré avec un grand éclat le centenaire de la mort de son concitoyen. La fête a duré trois jours et a donné lieu à beaucoup de discours et de publications, parmi lesquels je citerai l'excellente conférence de M. Eugène Pelletan, sénateur, qui représentait la France à cette solennité, et les études des professeurs de l'Université, réunies en un volume, sous ce titre : /.-/. Rousseau, jugé par les Genevois d'aujourd'hui. Quelques semaines auparavant Paris rendait le même hommage à Voltaire.

« J'ai relu votre livre avec un très grand plaisir ; quand je vous ai dit qu'il ferait un très grand mal ou un très grand bien, je pensais aux dangers d'une médiation ; des Français, des Bernois avec leurs principes sont toujours à craindre, et les ennemis de la bourgeoisie ont des amis bien puissants parmi eux. Car du reste votre livre doit à l'avenir être notre code, et si le gouvernement de Genève se perfectionne une fois, ce sera en suivant le plan que vous aurez tracé

» Comment ceci finira-t-ill Dieu le sait, mais ce sera l'époque de notre vraie liberté, ou de notre asservissement. »

Quant au côté religieux, le théologien n'a pas une observation à faire.

« Si j'avais su, dil-il, que vous travailliez sur les miracles, je vous aurais donné quelques petits passages des pères qui auraient bien fait à votre cause ; un entr'autres de saint Chrysostôme, qui pensait en philosophe à cet égard. Un tel passage rachète bien des sottises. »

M. Moultou se fait aussi l'interprète des sentiments de M. Abauzit, homme estimé de tous et qui a laissé la réputation d'un vrai sage.

« Quelqu'un disant l'autre jour devant moi au respectable Abauzit que vous traitiez durement les magistrats, il répondit : « Pensaient-ils qu'il leur devait des compli- » ments. »

» Au reste M. Abauzit me chargea de vous faire un million de compliments et de vous dire qu'il avait lu le livre avec un si grand plaisir qu'il le lisait encore ; il pense

sur tous ces objets comme vous et dit que cet ouvrage doit intéresser en tout pays les hommes libres. »

Le fait est certain, les Lettres de la montagne n'émurent point d'abord ceux qui ne se sentaient pas directement atteints par leur côté politique. On ne persécutait pas Voltaire à Genève, ni ailleurs. Les gouvernements, en tous pays, en tous temps, se sont montrés indulgents pour les doctrines qui laissaient en paix leur existence, impitoyables pour celles qui en menaçaient, de loin ou de près, les privilèges. Le souffle rénovateur qui anime le Contrat social, VEmile et les Lettres était le crime irrémissible. Après avoir brûlé les deux premiers, on ne pouvait faire moins pour le troisième, qui renouvelait et aggravait la faute, et visait plus droit à de certaines personnalités, à de certaines positions, à de certains abus, delà république genevoise. Cette brûlure eut lieu dans le mois de février. Aussitôt le peuple plus irrité que jamais se lève en tumulte et proteste de nouveau.

« O mon ami! s'écrie Moultou, avec quel attendrissement j'allais appuyer des représentations qui n'étaient qu'un hommage que mille citoyens rendaient à votre patriotisme. Vous aviez eu la couronne des martyrs, la couronne civique vous était due, et chaque cœur vous la donnait ; joignez-v

à présent celle des triomphateurs ; onze cents citoyens l'ont posée jeudi sur votre tête. — Qu'ils brûlent à présent, c'est trop tard....

)) Il n'y a pas dans nos annales une journée aussi mémorable que celle de jeudi. C'est un chef-d'œuvre de politique et une chose sublime. Que votre nom va grand à la postérité !

Ce triomphe ne fut pas de longue durée. Trois jours après, Moultou écrivait :

« Bon Dieu ! où en sommes-nous ! mon sang bout dans mes veines, mon cœur se soulève, et je n'ai pas d'expressions pour peindre ma douleur et mon désespoir. Voilà donc cette paix sur laquelle nous avions compté. Mais que faire? Nous en avons conféré avec cet ami et nous avons conclu qu'il fallait plier et se taire. Quel parti! En effet, si nous répondions, les choses seraient poussées à l'extrême ; dire peu, serait ne rien dire ; tout dire, serait gâter tout. Il faut donc attendre. Qu'il en coûte! car comment êtesvous traité! on juge bien mal de tout cela en France; on prétend que c'est votre livre qui nous divise, on croit que les griefs des citoyens sont des sujets frivoles, on ne voit pas leurs conséquences avec le système entier de la liberté. »

Moultou avait mis le doigt sur la plaie. La question politique dominait tout. On le vit bien à l'impression différente que firent les 'Lettres de la montagne à Berne et à Neuchâtel. L'aristocratie bernoise, toujours sur le qui-vive, toujours inquiète de ce qui pouvait ébranler son autorité.

s'émut immédiatement; elle fit défendre le livre en « termes insultants, » et le dénonça comme hérétique et corrupteur du peuple. Neuchâtel, qui n'avait point à redouter le souffle libéral et si l'on veut révolutionnaire du nouvel écrit de Jean-Jacques, l'accueillit avec la plus universelle admiration. Ce fut un concert d'applaudissements. Les âmes simples n'y voyaient qu'un sujet d'édification.

« Ah ! qu'elles sont bien touchées, s'écriait cette bonne dame Boy de la Tour, que je me délecte à cette admirable lecture ; la vérité, la candeur y sont si bien peintes, j'en verse des larmes de joie; elles feront cet effet sur tous les cœurs pensants et donneront bien des remords à tous vos ennemis. «

Dupeyrou en est transporté :

« Ah ! monsieur 1 toujours Rousseau, toujours le même ! Je viens de dévorer vos Lettres de la montagne, je veux les rehre, les étudier et les regarder comme l'antidote de l'incrédulité et le vrai commentaire de l'Évangile. Quelque rassasié que vous puissiez être d'éloges, je ne puis m'empêcher de m'écrier encore : Toujours Rousseau ! quel ordre, quel style toujours propre au sujet ! C'est toujours ou plus que jamais l'évidence même, la clarté, la force dans le raisonnement. Ah I rAonsieur, je vous demande pardon si autrefois j'ai pu vous trouver des contradictions. Je le vois aujourd'hui, elles étaient chez moi et non point dans vos livres. Qiie tout incrédule qui fait usage de la raison vous

lise de bonne foi et il est chrétien, précisément parce qu'il ne le sera pas à la façon de Rome ou de Genève. — C'est une obligation. — (30 décembre 1764 \)

L'anonyme auteur des Remarques écrivait de son côté :

« Avez- vous aperçu de la fermentation à Neuchâtel, au sujet des Lettres de la montagne? M. le pasteur de Motiers y en trouva beaucoup ; il le dit, on ne peut pas en douter ; cependant nous attesterons, vous et moi avec tous nos amis qu'il n'y en eut pas même l'apparence parmi la bonne compagnie. Nous avons vu ce livre recherché, dévoré et faisant le sujet des entretiens ordinaires; on remarqua même à cette occasion, que si quelques personnes s'échauffèrent contre ce livre, ce furent précisément celles qui ne l'avaient pas lu : la même chose arriva lors de V Emile.

M. de Montmollin lui-même, toujours sous le charme, ne s'aperçoit point d'abord du poison contenu dans cet ouvrage. Rousseau le lui envoie cependant avec un billet qui doit être rapporté ici:

« Le 23 décembre 1764.

» Plaignez-moi, monsieur, d'aimer tant la paix et d'avoir toujours la guerre. Je n'ai pu refuser à mes anciens compa-

I Duclos écrivait de Paris à Rousseau le 14 décembre 1764 : « J'ai lu la première partie de vos Lettres de la Montagne; je crois que l'archevêque en solliciterait la publication, s'il les connaissait, et je ne doute pas qu'on ne les permette; j'en ai parlé très publiquement. »

triotes de prendre leur défense comme ils avaient pris la mienne. C'est ce que je ne pouvais faire sans repousser les outrages dont, par la plus noire ingratitude, les ministres de Genève ont eu la bassesse de m'accabler dans mes malheurs et qu'ils ont osé porter jusque dans la chaire sacrée. Puisqu'ils aiment si fort la guerre, ils l'auront, et après mille agressions de leur part, voici mon premier acte d'hostilité, dans lequel toutefois je défends une de leurs plus grandes prérogatives qu'ils se laissent lâchement enlever, car pour insulter à leur aise un malheureux, ils rampent volontiers sous la tyrannie. La querelle, au reste, est tout à fait personnelle entre eux et moi ; ou si j'y fais entrer la religion protestante pour quelque chose, c'est comme son défenseur contre ceux qui veulent la renverser. Voyez mes raisons, monsieur, et soyez persuadé que, plus on me mettra dans la nécessité d'expliquer mes sentiments, plus il en résultera d'honneur de votre conduite envers moi, et pour la justice que vous m'avez rendue.

)) Recevez, monsieur, je vous prie, mes salutations et mon respect. »

Ni cette lettre, ni le livre ne modifièrent, deux mois durant, la manière d'être du pasteur vis-à-vis de son paroissien. Rousseau l'affirme et rien ne permet de suspecter son témoignage. Leurs relations demeurèrent sur le meilleur pied. M. de Montmollin lut les Lettres avec plaisir, en parla avec éloge; jamais la moindre plainte, pas un mot qui sentît l'objection. La bonne intelligence était si parfaite que, longtemps après cette publi-

cation, M. de Montmollin demanda à Rousseau d'apostiller une demande d'augmentation de traitement qu'il voulait adresser à lord Maréchal. Vers la fin de février, tout était changé; il y avait des points noirs à l'horizon, de lointaines rumeurs annonçaient un orage. Le regret que M. de MontmolHn put éprouver de n'être pas actionnaire dans l'édition générale ne suffit pas à expliquer des dispositions si différentes. Il faut chercher, et en tout cas y ajouter, des raisons plus décisives, et je n'en trouve aucune, si ce n'est l'exemple venu de Genève, et des sollicitations directes et pressantes à cet égard.

La communion de Rousseau avait fort scandalisé ses adversaires, et le pasteur de Motiers fut vivement blâmé d'y avoir donné les mains. On lit dans ur;e lettre de Moultou du 22 novembre 1762 :

« Je suis indigné contre le ministre qui a écrit à M. de Montmollin ; vous auriez bien dû me dire son nom ; nous avons des espèces d'hommes qui font pitié ; ils ne savent pas de quel esprit ils sont animés. Je l'éprouve chaque jour; ce qui est bien certain, c'est qu'eux ou moi ne sommes pas chrétiens; il me semble pourtant que je le suis.

Le pasteur de Motiers répondit, et pour se justifier, soutint vivement l'orthodoxie de Rous-

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seau. Moultou essa3^a de tous les moyens pour se procurer cette lettre, mais à sa grande indignation: M. Sarasin, qui l'avait reçue, ne voulut la montrer « qu'à ceux de ses collègues qui avaient l'honneur de penser comme lui. » Un' est-pas téméraire de supposer que malgré cela messieurs les ministres de Genève n'abandonnèrent point leur opinion, ne se tinrent point pour battus et qu'ils revinrent à la charge avec une nouvelle vigueur auprès de leur collègue neuchâtelois, dès que les Lettres de la montagne leur en fournirent l'occasion. M. de Montmollin a dû recevoir plus d'une épître amère et véhémente à ce sujet, et non-seulement lui, mais d'autres membres encore de la vénérable classe de Neuchâtel. Le zèle religieux sait rarement se contenir dans de justes bornes. Lorsque les hommes croient défendre la suprême vérité, ils y mettent toujours quelque passion, et il faut le leur pardonner, même s'ils se trompent.

Quelque vain et présomptueux que fût le pasteur de Motiers, on ne saurait croire que, malgré le sentiment pubhc, la volonté du roi, l'autorité du Conseil d'Etat, le blâme de plusieurs de ses confrères, la tiédeur manifeste de tous les autres^ il ait entrepris cette campagne contre son parois-

sien, son ancien ami, sans y être poussé par des influences étrangères. Or, d'où seraient-elles venues, si ce n'est de Genève ?

Un Genevois, qui s'est beaucoup occupé de Rousseau, prétend à la vérité qu'il va renverser cette conjecture par la publication d'une pièce authentique dont il est possesseur. Il s'agit d'une épître de M. de MontmoUin réclamant à grands cris aide et soutien des pasteurs genevois. La communication de cette lettre m' ayant été refusée, je n'en puis rien dire. Toutefois je ne reste pas désarmé sous la menace de cette épée de Damoclès invisible et mystérieuse. J'y opposerai d'abord une observation générale, mille fois vérifiée dans l'histoire petite ou grande des humains. Serait-il inouï, extraordinaire, improbable que Messieurs de Genève, après avoir lancé le pauvre théologien du Val de Travers dans une affaire pleine d'ennuis, l'eussent ensuite un peu abandonné et laissé seul se débattre comme il pourrait avec ses redoutables adversaires? Cela même n'est-il pas nécessaire pour expliquer la demande de M. de MontmoUin. De quel droit aurait-il sollicité, dans une querelle locale et neuchâteloise, le concours des pasteurs d'un état

voisin si ceux-ci, en s'y mêlant précédemment de leur propre mouvement, n'avaient autorisé cette démarche ?

Au reste quelque valeur qu'aient dans l'explication des choses les considérations morales et l'inexorable logique, je puis ajouter, sinon une preuve directe et matérielle, du moins un témoignage contemporain.

Dans un petit livre publié à Neuchâtel en 1 7 67 ^, je lis le passage suivant :

« La querelle devint plus sérieuse par des lettres que plusieurs ministres du saint Evangile de Genève écrivirent

* Collection des Lettres sur les Miracles écrites à Genève et à Neuchâtel par M. le Proposant Théro, M. Covelle, M. Needham, M. Beaudinet et M. de Montmollin, etc.,

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