AVANT-PROPOS
Il y a quelques années, pendant que je m'occupais de recherches à la bibliothèque de Neuchâtel, j'ai eu le bonheur de retrouver la collection entière des lettres autographes adressées à Rousseau pendant les années^ les plus importantes de sa carrière littéraire. Je fus frappé de Timportance de cette collection, léguée à la bibliothèque de Neuchâtel par Du Peyrou, l'ami de Jean-Jacques; il me sembla qu'un pareil trésor ne devait pas rester pkis longtemps ignoré, et qu'en le communiquant au public on contribuerait à éclaircir bien des parties demeurées obscures dans l'histoire du philosophe. C'est dans ce but que j'ai entreprise publication présente, avec la précieuse collaboration de M. Jules Levallois. J'ai cru devoir supprimer beau-
H àvant-pkopos.
coup de lettres qui ne se recommandaient à aucun litre et ne se rattachaient à aucune circonstance notable de la vie de Rousseau.
Les personnes qui ont étudié cet homme extraordinaire doivent désirer connaître plus intimement ses rapports avec les grands seigneurs, les gens de lettres, les femmes célèbres de son époque, et vérifier dans quelle mesure ses soupçons élaient fondés et ses malheurs imaginaires. Jusqu'à présent, il avait fallu s'en tenir à ses assertions; plusieurs les repoussaient en totalité, beaucoup ne les admettaient qu'avec réserve. On verra si les lettres qu'on va lire les réfutent ou les confirment.
Les correspondants de Jean-Jacques n'avaient pas tous la même position sociale: chacun a son style à lui, et nous Tavons respecté scrupuleusement; il en résulte un contraste curieux de formes et de nuances qui exclut la monotonie. Une autre particujarité qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'en écrivant les Confessions^ leur auteur a eu plus d'une fois recours aux lettres que nous publions ; il y renvoie même dans quelques passages pour des explicalions ou de plus amples détails. On peut donc regarder ces deux volumes comme le complément indispensable des Mémoires du philosophe genevois.
G. Stkeckkisen-Moultou.
Genève, dccenibre 1864*