‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 2)Chapitre 12 sur 63 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

lancé par les deux Églises ? Et quand il se retranchait contre Tintolérance dans une humble solitude, cherchant un village, une chaumière, Toubli et le repos, les véritables mauvais philosophes, les Grimm et consorts, ne publiaient-ils pas contre lui des attaques plus perfides encore que celles de la gent dévote de Suisse et de France? Quel est donc ce parti pris de nier la conspiration contre Rousseau? Est-ce que les preuves n'existent pas ? Est-ce que pour lui seul l'histoire ne prouve rien ? »

Je n'ai guère besoin de transition pour arriver de la cause sociale à la cause domestique. Une association d'idées, toute simple et toute naturelle, nous y amène. Quand on réfléchit à la Mtuation vraiment exceptionnelle, vraiment extraordinaire, que l'inflexibilité de son caractère et la direction de son génie avaient faite au malheureux et courageux réformateur, on se prend à regretter encore plus amèrement qu'il n'ait pas eu près de lui, dans des circonstances si pénibles, une compagne, une amie digne de le comprendre, de l'assister, de le consoler.

Et, à ce propos, il n'est pas inutile de remarquer que l'écrivain dont les ouvrages devaient avoir sur la condition et les sentiments des femmes une si décisive, une si heureuse influence ; que le romancier-poële qui, le premier après l'abbé Prévost, à une époque de sécheresse, de moquerie pédante, de froide méchanceté, de sensualité raflînée, osa parler le langage de la passion, traiter l'amour avec respect, avec sérieux, avec enthousiasme et le peindre en traits enflammés, ne rencontra point dans le cours de son existence une véritable amante dans le cœur de laquelle il pût épancher, retremper le sien. Assurément, je ne prétends pas mettre madame de Warens ni madame d'Houdetot en comparaison et en balance avec cette" vilaine Thérèse; mais, quand je vois combien, moralement, elles avaient peu de

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