‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 2)Chapitre 61 sur 63 · DUCHESSE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE MONTMORENCY

Paris, 25 juillet 1761.

Les malheurs qui m'accablent en mes proches m*ont empêchée, monsieur, d'avoir le plaisir de vous aller demander à dîner avec ma fille. M. d'Havrech vient d'être tué, son gendre blessé dangereusement du même coup de canon. Cela fait une famille désolée Je ne quitte point ma tante ni ses filles; je leur dois cela, et par amitié et par reconnaissance, pour le soin qu'elles ont eu de moi en pareille circonstance. Je suis très-affligée en mon particulier de cette perte ; j'aimais beaucoup M. d'Havrech, et, pour vous donner une idée de lui telle qu'il le mérite et vous montrer que nos regrets sont bien naturels, je vous dirai que c'était le plus honnête homme du monde. Je ne vous demanderai point de vos nouvelles, car c'est vous déplaire ; cependant, si dans votre réponse vous m'en disiez deux mots, vous seriez fort aimable et ce serait rendre justice au sincère intérêt que je prends à votre santé. Je n'ose vous parler de ce pauvre Turc*; c'était votre compagnie et votre ami. Un homme aussi supérieur que vous ne

* Belle-fille du maréchal de Luxembourg, chez qui Rousseau la voyait souvent.

^ Le chien de Rousseau, qui était mort.

Page 1