INTRODUCTION IX
deviendra « une astronomie plus compliquée ». Kndii, elle projettera une clarté nouvelle « jusque sur la métaphysique même ». Telle est la grande espérance qui domine l'œuvre de Guyau.
Dans ses divers livres éclatent les hauts mérites de penseur et d'écrivain qui ont illustré son nom. Ils procèdent tous d'une qualité qui est maîtresse en philosophie : l'absolue sincérité. Guyau y aborde courageusement tous les problèmes, sans autre préoccupation que de se mettre en présence de la réalité comme le croyant se met t en présence de Dieu ». 11 garde jusqu'au bout l'abnégation et le détachement de soi :
Le vrai, je sais, fait souffrir; Voir, c'est peut-être mourir; N'importe! ô mon œil, regarde *!
Si la sincérité est l'inspiratrice de la vraie philosophie, elle est aussi celle du grand art. Jointe à la foicc de la pensée et à la tendresse du cœur, elle aboutit nécessairement à produire, au point de vue du style, deux impressions dominantes, selon que les questions ont plus ou moins de grandeur et d'importance : c'est d'abord Timprossion d'une grâce naturelle, qui est comme la transparence d'une belle àme s'abandonnant tclie qu'elle est aux regards; c'est ensuite, quand l'horizon s'élargit avec la hauteur même des questions abordées, l'impression du sublime, qui naît de ce qu'on aperçoit, comme sur un sommet, une pensée face à face avec l'infmi mystère. Ces deux impressions, de l'avis unanime des critiques, sont fréquentes dans les ouvrages de Guyau; il aura le rare honneur de compter parmi les écrivains qui, en leurs meilleurs moments, comme soulevés au-dessus d'euxmêmes, excitent naturellement et sans effort le sentiment du sublime.
L'importance reconnue à ses œuvres, non seulement en France, mais à l'étranger, vient de ce que nul philosophe n'a mieux que lui rellété les doutes et les espérances,