‹ J. M. GuyauChapitre 84 sur 98 · ILLUSION FECONDE · texte numérisé non relu

ILLUSION FECONDE

Pise, place du Dôme.

J'apercevais de loin l'enfant : elle était rose De plaisir, attentive et berçant quelque chose Dans ses bras arrondis d'un geste maternel. Sa main se faisait douce en y touchant; courbée, Et dans son jeu muet tout entière absorbée, Elle ne voyait rien : je parlai, mon appel Ne la fit point sortir de sa pose de mère. Elle me regarda d'un air très sérieux, Leva son tablier et, l'amour dans les yeux. Découvrit son trésor. — Quoi donc? Son petit frère, Me direz-vous, son chat ou sa poupée? — Hélas! C'est cher, une poupée, et l'enfant n'en a pas. Ce que je lui voyais presser sur sa poitrine Et, pensive, perdue en sa joie enfantine, Caresser du regard et de la main, c'était — Un pauvre brin de bois, informe : il imitait. Pour son œil attendri transformant la nature, L'être cher que plus tard porteraient ses genoux. (( Il dort », se disait-elle, et la femme future S'éveillait dans l'enfant.

0 penseurs, qui de nous Ne berce aussi tout bas dans son âme enivrée Quelque chimère informe et pourtant adorée, Quelque rêve naïf réchaufl'é sur son sein? Illusion féconde, illusion sacrée, Mère des grands espoirs et des efforts sans fin, Viens, en le ranimant, tromper le cœur humain! Habite en nous, soutiens nos forces défaillantes : Nous avons tant besoin de ton aide ici-bas, Où la déception suit chacun de nos pas ! C'est toi qui rends pour nous les luttes souriantes, Les sacrifices doux; sans toi, l'on ne sait pas Quel silence en nos cœurs se ferait, quelle flamme S'éteindrait tout à coup en nous, et si notre àme Ne verrait point tomber et mourir tous ses dieux. Quand, lasse de lutter, la volonté chancelle, Tu sais la relever en lui montrant les cieux Et l'emporter, légère, au hasard de ton aile. C'est avec toi qu'est fait l'espoir, le gai désir, Qui se pose sur nous et, comme l'hirondelle. Sans jamais nous rester sait toujours revenir.

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