ÉTUDE CRITIQUE XIII
maire? lié avec Helena Williams. C’est sans doute par là qu’il connut les papiers de Brissot. Mais sa garantie n’a pas, au point de vue critique, un bien grand poids. ,
Encore moins, certes, celle de Charles Nodier !
59 Enfin, nous savons que Mme Brissot a eu, elle aussi, les Mémoires de son mari en sa possession, puisqu'elle les avait confiés à Helena Williams. Elle y a même ajouté une note (éd. Montrol, t. II, p. 331). Pourquoi ne les publia-t-elle pas ? Parce que, dit M. de Montrol, « elle craignaïit les suites des révélations que les manuscrits de son mari pouvaient contenir ». Je ne crois guère àce motif. Les Mémoires, tels qu’on nous les a donnés, ne renferment aucune révélation sensationnelle. Peut-être Mme Brissot ne trouva-t-elle pas — ainsi que je l’ai supposé pour Berville, — que ces papiers fussent en forme pour l’impression (1). |
60 Quant aux divers contemporains de Brissot, encore vivants en 1830, qui, plus ou moins mis en cause dans les Mémoires, n'auraient pas réclamé, et, par cela même, selon M. de Montrol, en auraient reconnu l’exactitude et l’authenticité, il est permis de ne pas prendre au sérieux cette argumentation.
De tout ce qui précède, on peut sans hésiter conclure 1° que Brissot a laissé des Mémoires, dont une partie rédigée dans sa prison de l’Abbaye (sans préjudice d’autres pages écrites antérieurement et dont je parlerai plus loin) ; 2° que Mentelle et Mme Brissot ont possédé ces manuscrits ; 3° qu’ils les avaient communiqués à des personnalités honorables. Mais on ne trouve rien, dans les longues et confuses explications données par M. de Montrol (Préface du tome I et Avertissement du tome III) qui permette de répondre nettement aux questions essentielles : ces manuscrits autographes de Brissot ont-ils tous passé dans les 1.300 pages de l’édition de 1830 ? Et surtout ces 1.300 pages ont-elles toutes été tirées de ces manuscrits ? Ou bien, si l’on aime mieux, le ou les manus-
(1) M. Maurice Tourneux, dans l’article de sa Bibliographie de l’histoire de Paris pendant la Révolution consacré aux Mémoires de Brissot (n° 21995), nomme aussi Bailleul parmi les amis auxquels ils furent un moment confiés.
crits n’ont-ils fourni qu’une partie des quatre volumes, lindustrie des éditeurs ayant trouvé le reste ?
Examinons maintenant comment s’est faite cette édition de 1830, et, en utilisant les aveux plus ou moins voilés des éditeurs eux-mêmes (Ladvocat et Montrol), nous arriverons déjà à une partie de la vérité :
Mme Brissot était morte en 1818. Le seul survivant dé ses trois fils, Anacharsis — né en mars 1791, — restait ainsi le seul possesseur des papiers de son père. Sa vie avait été singulièrement aventureuse : tour à tour officier, journaliste, romancier, fermier près de Sens, toujours en quête d’une situation sociale, il finit par remettre ces papiers à Ladvocat, l'éditeur du Palais-Royal, pour en tirer un ouvrage qui lui procurât des ressources dont il avait plus besoin que jamais (1). Ladvocat, qui prétendait bien aussi y trouver son compte, jugea sans doute nécessaire, pour que la spéculation devînt fructueuse, d'arriver à quatre volumes in-8°. Il confia l’opération à un des plus actifs et brillants publicistes du temps, M. de Montrol (2), et mit entre ses mains ce que j’appellerais volontiers « le portefeuille de Brissot », avec mission de faire pour le mieux.
M. de Montrol se mit au travail et constitua — je dirai tout à l’heure comment — les tomes I, II et III, « imprimés tous les trois avant la Révolution de Juillet » (3); mais Ladvocat ne publia d’abord, dans les premiers mois de 1830, que les tomes I et IT.
Sur ces entrefaites, Anacharsis Brissot partit comme colon à Goatzacoalcos, au fond du golfe du Mexique. Puis survint
(1) Montrol. t. I, Préface, p. xv-xvi. Dès 1824, il songeait à cette opération. J'ai trouvé, dans les papiers que Mr° veuve Brissot, sa belle-fille, m'a permis de consulter, une lettre bien curieuse où un de ses cousins, probablement Brissot- Thivars, l’encourageait à l’entreprendre et lui indiquait divers moyens de grossir
le dossier.
(2) François Mongin de Montrol (1799-1862), député à la Constituante de 1848. (3) T. III, Avertissement, p. xI.