‹ J.S. Bach (volume 2)Chapitre 16 sur 64 · B.-G., XLlll', p. G et pages suivantes · texte numérisé non relu

B.-G., XLlll', p. G et pages suivantes

nom de « Monsieur Buhm ». Un rondeau en si bémol est de Couperin'. Enfin beaucoup d'autres compositions instrumentales sont d'authenticité douteuse. Parmi les airs qui sont renfermés dans ce recueil, l'un, qui a souvent été applaudi sous le nom de Bach, est très probablement de Giovannini. Il est d'ailleurs désigné ainsi : Aria di Giovannini-.

Bach ne passa que six années à Kothen. Il y aurait volontiers vécu plus longtemps. En 1780, il écrivait à son ancien condisciple d'Ohrdruf, Georg Erdmann, alors au service de l'Empirede Russie: « Là (à Kothen), j'avais un prince bienfaisant, qui aimait etconnaissait la musique et je pensais finir ma vie près de lui \ » Mais le prince épousa une princesse de Bernburgqui, écrit Bach dansla mèmelettre, «paraissait être une amusa». L'inclination du prince pour la musique, dit-il encore, semblait s'attiédir. De plus, les fils du musicien avaient du goût pour l'étude. Bach désirait que, plus heureux en cela que lui, ils pussent

I. J'ai signalé ce fait dans la notice biographique jointe à la réédition des pièces d'orgue de Marchand {Arc/iifes des Maîtres de rOr^ue, III). Il paraît que Marchand se disait l'auteur de cette pièce intitulée Les Bergeries. Elle se trouve dans le second livre de Couperin, 6» ordre.

1. Je n'ai pu retrouver cette pièce dans les couvres de Giovannini que j'ai pu étudier. Mais elle a une parenté évidente avec les compositions que je connais de lui.

3. Spitta, J.-S. Bach, I, p. 764. Sur le séjour de I5a<h i'i Kothen, voyez l'article de M. Uiulolf Bunge Johann Sebaslian Buc/i.s Anne le zii CiJllien [ISuelt-Jaltrbuch, u^o"».)

fréquenter l'Université. Aussi, quand la place de cantor à la Thomasschule de Leipzig devint vacante, à la mort de Johann Kuhnau, Bach, après avoir hésité longtemps, se résolut-il à demander ce poste.

Johann Kuhnau était mort le 5 juin 1722. Un mois plus tard, le conseil de ville de Leipzig avait déjà tenté de faire un choix entre les six candidats qui s'étaient présentés tout d'abord. Parmi eux on remarquaitd'excellents musiciens ; Johann-Friedrich Fasch (1688-1758'), Christian- Friedrich RoUe, depuis peu directeur de musique à Magdeburg, enfin Georg-Philipp Telemann (1681-1767) qui avait été chef d'orchestre à Francfort-sur-le-Mein et à Eisenach et se trouvait alors à Hambourg-. Le conseil aurait nommé Telemann, mais ce dernier ne se décida point à prendre la place, à cause des cours de latin que le cantor était obligé de l'aire. On songea alors à Christophe Graupner% mais le landgrave de Hesse-Darmstadt, au service duquel il était, ne le laissa point partir. Bach fit acte de candidature

1. Né près de Weimar, mort à Zerbst. 11 avait été l'élève de Kuhnau. Plusieurs de ses œuvres, fort intéressantes, sont rééditées dans la collection intitulée par M. le D' Riemann Collcgium Musicum (Breitkopf et Hartel).

2. Telemann, dont les œuvres furent très goûtées, a laissé de nombreuses compositions, élégantes, habiles, mais sans grande profondeur.

3. Graupner a composé des opéras pour le théâtre de Hambourg et (les pièces de clavecin.

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sans doute vers le mois de décembre 1722. Le 7 février, il dirigeait à Leipzig, en manière d'épreuve, la cantate Jésus nahm zii sich die Zwôlfe. Le 5 mai, il fut admis par le conseil de la ville. Il s'engageait à donner le bon exemple aux enfants de l'école de Saint-Thomas, à organiser pour le mieux la musique dans les deux églises principales de la ville, à traiter les enfants sans rudesse, à enseigner dans les classes, à ne point quitter la ville sans la permission du bourgmestre, à suivre, autant que possible, les convois funèbres avec les enfants. Tels étaient les principaux devoirs du musicien, serviteur de la ville. Mais il fallut encore qu'on s'assurât de sa conscience même. Il dut témoigner de sa doctrine religieuse. Sa nomination ne lut comfirmée par le consistoire qu'après un examen, une sorte de déclaration d'orthodoxie, et le serment prêté.

Le 3i mai, il fut, en cérémonie, admisà l'école. On lui souhaita la bienvenue, en présence des délégués du conseil de ville, du pasteur de la Thomaskirche, des maîtres et des élèves de la Thomasschule. Ilyeut des discours, Bach répondit, et les élèves chantèrent. 11 semljlait ainsi que le musicien reçût l'investiture de sa charge detousceuxau milieu desquels il devait l'exercer. En réalité, ce fut une solenuelleprise de chaînes.

LA VIE 6i

Certes, le traitement était, pour le temps, assez considérable. Bach, logé à l'école, recevait environ 700 thalers et quelques avantages en nature. De plus, le cantor avait un rang élevé dans la hiérarchie des maîtres de la Thomasschule. Mais le titre en lui-même était, pour le public, inférieur au titre que Bach portait à Gothen, avec l'avantage inestimable de ne dépendre que du prince. A Leipzig, il dépendait de tout le monde : du recteur de l'école, du conseil de la ville, du consistoire, des élèves même, puisque tous avaient, par quelque côté, prise sur lui sans qu'il eût, en compensation, de recours contre personne. Le recteur Ernesti était un savant homme, mais un homme faible. Sans autorité, il laissaitl'école dans le désordre. Les maîtres étaient en guerre les uns contre les autres. Les élèves, turbulents, sales, grossiers, vivaient sans discipline. La maison même était insuffisante : on réunissait plusieurs classes dans la même salle. Les écoliers, ainsi entassés, tombaient souvent malades. Les chanteurs étaient les moins épargnés, et, par surcroît, les plus déréglés. La coutume de chanter en chœur dans les rues, si profitable qu'elle fût pour l'éducation musicaledupeuple, étaitfort dangereuse pourlesvoix, plus encore pour les caractères. Les élèves s'avilissaient à quémander l'aumône en échange de

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leurs concerts et ils s'empressaient de dépenser en plaisirs ignobles Targent qu'ils avaient ainsi mendié. En 17 17, Johann Kuhnau se plaignait de ce queles meilleurs élèves, et surtout les soprani, à force de chanter aux enterrements, aux noces, dans les rues, au temps de la nouvelle année, le soir, par un froid trop vif, perdissent leur voix avant même qu'elle ne fût bien formée. Il déplorait en outre, et ceci est un trait d'un réalisme navrant, que la gale, à la Thoniasschule, sévît incessamment*.

Avec ces chanteurs détestables, Bach revenait aux plus mauvais jours de sa vie. A force de patience, il obtint cependant de quelques-uns d'assez bons services. Spitta publie les notes données par le maître à certains d'entre eux. Il cite E.-G. Petzold, âgé de quatorze ans, comme ayant une jolie voix et assez de pratique ; J.-C. Schmidt était doué d'une aqréable voix de ténor, et, qualité rare, « chantait parfaitement à livre ouvert'' ». Mais c'étaient des élèves d'exception. Il faut bien l'avouer, maître admirable, et surtout maître par l'exemple, Bach n'avait rien d'un pédagogue. Ernesti, qui succéda en 1784 à Gesner à la tôte de l'école, prétendait que Bach était incapable de maintenir la discipline parmi

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