‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 15 sur 134 · PORTRAITS DE MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE MARIE-ANTOINETTE

Duplessis expose, au Salon de 1771, un nombre de portraits qu’on ne sait pas exactement, car plusieurs sont sous le même numéro 2 1 2 .« Il y en a de très bons parmi ceux-ci et qui doivent être frappants de ressemblance ; ceux que je connais, écrit Diderot, m’ont paru tels. »

De ceux que nomme le livret, il n’en reste aucun, à moins qu’ils ne soient conservés dans des cabinets de famille inaccessibles. Nous les avons vainement recherchés.

On en prend son parti pour celui de l’abbé *** « peint un an après sa mort, avec l’aide de divers secours )), mais le portrait de M. de Héricourt et surtout celui du sculpteur Caffîeri, alors « adjoint à professeur de l’Académie », on peut regretter d’ignorer ce qu’ils sont devenus. Diderot est seul à s’occuper de celui-ci. « La tête est bonne et ressemblante, dit-il; mais l’auteur en pouvait tirer meilleur parti; plus de vigueur, plus d’effet et plus d’harmonie, en la piquant davantage de lumière principale. »

On s'accorde à trouver remarquable le marquis de l’Hôpital, lieutenant général des armées du roi « dont la couleur et le détail sont si merveilleusement rendus1 », « tête frappante de ressemblance, une

1. Plaintes de M. Badigeon, marchand de couleurs, sur les critiques du salon de 1771, p. i5.

expression, un caractère, une vérité dans les chairs singulières1 2 ». Diderot, à son tour, le juge dans ces termes : « C’est un bon portrait en lui-même; il est d'un ton de couleur vrai et d une bonne touche; la ressemblance s’y trouve fidèle, et c’est la partie la plus nécessaire. Par un peu plus de commerce avec Van Dyck, M. Duplessis ferait un grand peintre dans ce genre. »

Et il ajoute entre parenthèses (ressemblance, expression, caractère, vérité, sans regarder les passants)'.

Sans regarder les passants, note Diderot, avec l’intention à laquelle il ne donnera pas suite, de développer ce point. Daudé de Jossan, à qui est attribuée la lettre de Raphaël le jeune, et le rédacteur des Mémoires secrets font simultanément la même remarque : « On loue M. Duplessis de s’être affranchi du ridicule usage de faire toujours regarder le public par ses personnages. Son portrait de M. le marquis de l’Hôpital est une preuve qu’on peut conserver la plus parfaite ressemblance sans s’asservir à cette règle3. »

Et ailleurs les Mémoires secrets y insistent : « En général, toutes les portraitures ont un défaut. Le héros est toujours peint faisant quelque chose et jamais n’en étant occupé. Il regarde le public. Est-ce dans la vraisemblance ? Et le faiseur de portraits a-t-il plus droit qu’un autre d’y manquer P »

Diderot ne s’est pas arrêté à cette observation de médioci'e importance et il a eu raison.

Le portrait du marquis de l’Hôpital n’était pas le premier que Duplessis eut peint de cette façon : celui de l’abbé Arnaud, exposé deux ans auparavant, était de même; il y en a sept, venus jusqu à

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