‹ Jack et JaneChapitre 34 sur 59 · LA VFILLE DU 1" MAI · texte numérisé non relu

LA VFILLE DU 1" MAI

« Maintenant, reprit Jane quand le dernier panier fut plein, il faut mettre les noms des personnes à qui nous les destinons. »

Frank alla chercher plume, encre et papier de différentes couleurs, et on se mit à écrire.

« Si nous faisions des vers, proposa Molly, cela suppléerait au manque d'abondance des (leurs. »

La proposition ne fut pas acceptée avec beaucoup d'enthousiasme, mais chacun fit preuve de bonne volonté, et griffonna de son mieux. Cependant, je dois avouer que le résultat ne dut pas être bien satisfaisant, car la plupart des jeunes poètes refusèrent obstinément de lire leurs œuvres, Jane et Molly y consentirent seules. Et encore Molly n'avait pas fini,

« Trouvez-moi donc un mot qui rime avec géranium, demanda-t-clle en se frappant le front comme pour en faire jaillir une idée lumineuse.

— Album, répondit Frank,

Merci. Taisez-vous seulement deux minutes et j'aurai fini* »

Le silence le plus profond régna dans la chambre pendant près d'un quart d'heure. Molly mâchonnait son crayon, écrivait, biffait, récrivait et rebiffait sans se lasser. Enfin, elle s'écria :

« C'est fait!

— Lisez-nous cela, lui dit Gustave.

— D'abord, voyez mon panier, n'est-il pas joli? »

Molly alla chercher un petit bateau en carton recouvert de papier vert. Elle leur montra tout au fond une poignée d'orties, cachée sous la mousse.

« Grif me joue toujours des mauvais tours, leur

dit-elle. Cette fois-ci, c'est lui qui sera attrapé, » Dans la mousse elle posa une rose en papier jaune, une immortelle, une Heur de magnolia, une aulre de camélia, une branche de géranium et un brin de jonc* <ï Eh bien, nous attendons vos vers, dit Frank,

— Les voici. Ecoutez :

t ■ Dans cet esquif,

Mon très cher Grif, Sachez voir la fleur achetée

Pour votre nez

Si bien tourné, Là-haut vers la lune argentée.

— Cette allusion délicate à son nez retroussé ne peut manquer de lui plaire, s'écria Jack.

— Et en cherchant la fleur dont je lui parle, et qui n'y est pas, il se piquera les doigts dans les orties, dit Molly, mais il y a encore deux strophes.

— Chut! chut! firent Jane etMerry.

— Je continue, dit Molly :

Ah ! quel bon goûtl

Admirez tout, Depuis la rose artificielle,

Le camélia,

Le magnolia, Jusqu'à cette blanche immortelle.

Ce géranium,

Dans votre album, Fera bonne physionomie.

Gardez-le donc,

Avec ce jonc, En souvenir de votre amie. »

LA VEILLE DU I er MAI.

Molly s'arrêta.

« Bravo! s'écrièrent ses amis en riant.

— Signerez-vous? lui demanda Edouard.

— Non; mais Grif saura bien reconnaître mon écriture.

— Gare à vous Tannée prochaine, lui dit Frank,

— Cela ne me fait pas peur, répondit Molly. Voyons, Jane, à votre tour. À qui sont adressés vos vers?

— À quelqu'un qui ne s'en moquera pas, repartit Jane d'un ton plus sérieux que ne le comportait la situation.

— Pour qui est-ce? demanda Jack.

— Pour votre bonne mère.

— Nous vous écoutons.

— Voici, dit Jane en hésitant quelque peu :

Pas la moindre fleur dans les bois, Dans les près ou sur la montagne.

HèlasI je n'ai que peu de choix; Tout dort encore dans la campagne.

Je n'ai pu trouver que ceci, Mais, avec cette humble fleurette, Je veux vous envoyer aussi Tout le cœur de votre Jeanette.

— C/est très gentil, dit Frank. Je suis sûr que cela fera plaisir à maman.

— Et votre corbeille est ravissante, » dit Jack en s'approchant de son amie.

Le fait est que Jane avail mis tous ses soins à la confection d'une jolie petite corbeille en papier blanc et or. Elle avait coupé sans pitié, pour la remplir, toutes les fleurs qui avaient poussé sur sa fenêtre. Elle posa le

papier bleu sur lequel elle avait écrit ses vers dans le cœur d'un narcisse blanc, probablement parce que dans certains pays on appelle les narcisses des Jeannettes,

« Nous avons plus de paniers qu'il ne nous en faut pour tous nos amis, dit Edouard. Si vous voulez m'en croire, nous disposerons des autres en faveur de personnes qui ne s'y attendent guère et pour lesquelles ce sera une surprise agréable. Ainsi, nous en enverrions un au petit Jimmy qui est malade, un autre à la vieille paralytique Mme Channccy, un autre au père Munson, etc., etc.,

— Vous avez toujours de bonnes idées, Edouard, dirent les petites filles. Choisissez les paniers que vous voudrez. Nous les mettons tous à votre disposition. »

Les petits garçons ne dirent rien, mais eux aussi trouvèrent qu'Edouard avait toujours de bonnes idées.

Le plus amusant consistait à aller à la nuit tombante déposer les paniers à la porte des uns et des autres. On sonnait très fort, on posait le panier à terre, et on courait se caHier derrière la maison pour que personne ne pût savoir d'où venaient ces cadeaux.

Cet amusement était naturellement interdit à Jane, mais elle n'en eut pas moins une surprise* Tous ses amis s'étaient réunis pour lui envoyer un joli petit portebouquel en cristal, caché dans un panier en forme de cage.

Quant à Molly, elle n'eut pas le dernier mot avec Grif. Elle reçut de sa part un gigantesque bouquet de eboux blancs et rouges qui la fit rire aux larmes,

Merry, elle, trouva à sa porte de nombreux paniers de fleurs provenant de ses camarades. L'un deux, le plus

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