ACTE V, SCENE X
BORSELLE.
Comment !
PHILIPPE
L'époux de Jacqueline de Bavière, pouvait être admis à traiter avec Philippe de Bourgogne.
BORSELLE.
Si cela était...
PHILIPPE
Ne me dis point que cela n'est pas : cette nuit, un moine de l'abbaye a uni dans sa cellule France de Borselle à Jacqueline de Bavière. Je sais tout !
Eh bien ! tu vas démentir cette imion, n'est-ce pas? Tu vas combattre, par l'intrigue et le mensonge, le rival que cette nuit a légitimé?
PHILIPPE
Regarde autour de toi , et dis , qu'est-il besoin du souci que tu prévois ? n'es-tu pas en mon pouvoir ? — Pourtant je vais , si tu le veux , reconnaître et proclamer hautement cette union.
BORSELLE.
Je ne croyais point au cœur chez loi, mais à la tête... Serais-tu généreux !
PHILIPPE
Quelquefois.
BORSELLE.
Qui peut empêcher?...
PHILIPPE
Le soin de mes États.
BORSELLE, Prétexte!
PHILIPPE
Devoir ! — Si je te faisais grâce, par exemple, je manquerais au devoir d'un souverain. Tu es maintenant l'homme qui porte en soi le germe de la destruction et du malheur : germe fatal dont les effets empoisonnés peuvent désoler im pays...
BORSELLE.
Fais-moi mourir...
PHILIPPE
Dépouille-toi de ce qui te rend redoutable, et je n'écoute que mon cœur, et je te fais grâce à l'instant même.
BORSELLE.
Explique-toi !
PHILIPPE
A toi , l'intérêt de ton amour... ; à moi , l'intérêt de ma couronne. Ecoute ! — Les provinces que je gouverne sont bien à moi : par la conquête d'abord, et par la volonté des nobles et des bourgeois. Pourtant, je veux consentir à les tenir aussi de la libre volonté de Jacqueline. Avant une heure, obtiens d'elle une renonciation volontaire à la couronne, et je le fais grâce.
BORSELLE.
Ai-je bien compris !
PHILIPPE
Que l'époux de Jacqueline use de son pouvoir pour faire disparaître toute cause de trouble; que Jacqueline signe l'abandon de ses Etals et de son titre de souveraineté, à ce prix...