ACTE V, SCENE XIII
JACQUELINE, effrayée.
Ah!..
BORSELLE.
Le ciel le veut ! c'est le ciel ! — Mais quelle fatalité nous poursuit !
Ne suis-je pas ta femme... n'ai-je pas ton sort à partager ?
BORSELLE.
Mon sort, c'est la mort !
Tu vivras, je l'espère... Si tu devais mourir , je te suivrais, Borselle !
BORSELLE lui prend la main et la conduit près du banc de pierre.
Tiens , regarde... vois-tu dans cette coupe...? c'est le vin des suppliciés... il n'a jamais étanché que la soif des agonisans... La mort vient après , non pas l'ivresse... N'est-ce pas? cela est funèbre... Dans le peuple on frémit rien que d'y songer !
Il prend la coupe.
Cette coupe lugubre n'a rien qui m'épouvante; car je suis décidée... Si mes prières ne peuvent fléchir le ciel, s'il faut monter à l'échafaud, eh bien ! je la viderai avec toi en signe d'adieu à la terre.
BORSELLE.
Toi ! tu ferais cela !.. tu boirais ce qu'il y a dans cette coupe !
Donne-la-moi... tu verras si je suis digne de marcher à la mort à tes côtés !
BORSELLE, Un sort commun... tu l'as voulu...
L'arrêtant au moment où elle iiorle lu coupe à ses lèvres.
Non! Attends!
Arrachant la coupe.
Oh ! pensée infernale !
livide la coupe d'un trait.
Borselle!... tu me repousses !... Qu'est-ce donc!... Borselle, reviens à toi !
BORSELLE ; il se laisse aller sur le banc.
Maintenant , je puis parler sans fureur... Il y a la mort entre nous !
Que dit-il!
BORSELLE.
Écoute... Tu as aimé un homme, et cet homme, ce n'est pas moi 5 tu lui as fait une promesse qui liait ton existence à la sienne : cet homme , ce n'est pas moi ! cet homme, c'est Glocester !
Glocester! — Tu as pu croire!...
BORSELLE , avec vérité.
Je te crois coupable: sur mon ame, je le crois, tu m'as trompé.
Un mot !... un mot encore ! Quel est le démon qui a corrompu ton cœur du fiel de sa malice ? qui donc...
BORSELLE , avec force et se levant.
Phihppe de Bourgogne est venu ! ...
Philippe !... — Tu as écoulé l'ennemi (jui se faisait délateur !...