SCENE I
JEAN NOLLE, SIMONET, bourgeois, manans,
HOMMES d'armes.
Pendant les dernières mesures de l'entr'acie , on voit les groupes se former. La plupart des personnages ont les vâtcmens en désordre , le visage noirci comvie s'ils sortaient d'un combat. — Plusieurs hommes du peuple entrent et courent à la fenêtre du fond , quelques-uns montent sur des tabourets ; ils ont soulevé le rideau , et regardent dans la rue, — Simonet est allé, à l'avant-scène, s'asseoir dans un fauteuil près de la table : il porte le bras en écharpo. Quelques hommes d'armes entourent Simonet ; ils boivent.
SIMONET; il vide son verre.
Encore un verre.... Sang-Dieu!... cela ragaillardit le ventre ! Ma plaie est bien radoubée, et cet hypocras remettrait en gaîté Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.
JE.\N NOLLE , à la fenêtre.
Voici les chanoines de la collégiale de Mons , revêtus de leurs aubes, et pieds nus, qui commencent une dévote et exemplaire procession.
Ceux de la fenêtre se découvrent.
SIMONET, à l'avant-scène.
Les digues révérends ! ils ont fait le vœu de se nourrir de pain et sel , et de coucher sur la dure , jusqu'à la fin du siège!
JEAN NOLLE.
Voici de jeunes vierges affublées de longs voiles, qui suivent , portant à la main un cierge et un scapulaire.
SIMONET
La trêve n'est que de quarante-huit heures : ce n'est pas le temps qu'il faut pour réparer les brèches , et ils l'emploient en patenôtres ! — Sait-on les mouvemens que font les assiégeans?
JEAN NOLLE , toujours à la fenêtre.
J'aperçois à l'horizon de grandes lueurs d'embrasement du côté des Bourguignons.
SIMONET
C'est bien ! ils brûlent les villages pour se tenir les pieds chauds durant la trêve. — Jean NoUe , vous autres bonnes gens de Mons ! écoutez ceci , et laissez là vos vierges et vos capucins. Je veux vous apprendre du nouveau.
Les hommes qui étaient à la fenêtre laissent retomber le rideau , et viennent entourer le fauteuil de Simonet.
Le comte d'Asche , l'un des damnés conseillers du duc de Brabant , a été tué cette nuit.
JEAN NOLLE.
Son digne maître ira le joindre bientôt: ses médecins ne lui accordent plus deux mois à vivre. Les fatigues de celte guerre doivent l'achever.