ACTE IV, TABLEAU II, SCENE II
nous saurons préserver en même temps sa renommée de toute atteinte criminelle! Si ce que je médite réussit, cette nuit peut me donner en puissance autant que mon plus grand jour de bataille! — Jacques, prends cette clef: dans l'armoire en chêne de mon cabinet , tu trouveras une lettre entourée d'un ruban bleu , avec ces deux noms pour suscription : « Jacqueline de Bavière. — Prince de Glocester, » Tu me l'apporteras. C'est une lettre célèbre dans les fastes galans : une lettre sur laqpjelle deux papes ont été appelés à prononcer.
DE LALAING
Qu'en voulez- vous faire?
PHILIPPE
Une femme tient léte à ma fortune et s'obstine sur mon passage. — La violence contre elle me rendrait odieux : j'emploierai la ruse. Dans les âmes exaltées , si l'on ne peut éteindre le courage, on peut éveiller les faiblesses. — Te rappelles-tu la réception que je fis à mon parent messire de Gaasbeck,qui avait, par ses beaux discours, fait entrer trois villes ennemies dans mon parti?
DE LALAING
Vous lui dîtes en l'embrassant devant toute la cour : « Mon cousin, gagner par adresse ce que d'autres obtiennent par force, par paroles ce que d'autres obtiennent par plaies et sang, c'est remporter deux victoires ! !...» Le lendemain , il y eut deux festins , deux tournois et deux cavalcades.
PHILIPPE
Eh bien! Jacques, si le sort me favorise cette nuit, demain nous aurons deux festins , deux tournois et deux cavalcades. — Un moment : avant de t'éloigner, écris en tête
de ces deux ordres les noms qui sont restés en blanc... Les messagers les porteront sur-le-champ à leur adresse. DE LALAING.
Sur le premier ?
PHILIPPE , dictant.
Messire l'amman, les bourgmestre et échevins composant le conseil des juges.
DE LALAING
Sur le second ?
Le bourreau !
PHILIPPE