IIS
LE MAGASIN THEATRAL
LA nEl\E. Eli bien! dans l’intérêt de la nation, dans le vôtre, monseigneur l'archevêque d’Amasie le légat de sa Sainteté , le révérend P. Piter, mon directeur et moi , nous avons avisé au moyen prompt et facile pour que tout soit fini....
miss LUCIE. Est-il possible!... Ah! madame , je vous bénis.... Tenez, pardonnez, c’est joie , c’est saisissement... . Je pleure. . . mais je vous écoute.
la reine. N’avez-vous pas gémi autant que moi de cette fatale invasion , de cette guerre cruelle ?. . .Votre fils ne fut qu’égaré parmi rêve d’ambition et par de perfides conseils ; cette tête ardente , déjà brisée par un long exil , se sera exaltée en apprenant les circonstances exactes de sa naissance.
Miss i.i r.ff. , froidement. Madame , il les ignore encore....
la reine. Dieu !... qu'il les ignore toujours!. qu'il se croie fils de miss Lucie!..
Livrez-inoi l’acte de mariage qui vous unissait à son père ,... et, dès ce jour , toute animosité cesse entre les maisons d’York et de Monmouth, ce lils chéri vous est rendu ; son exil, la condamnation qui le frappe encore , tout est annulé , il rentre en grâce auprès du roi ; et c’est à vous qu’il doit tant de bieufaits auxquels il devait si peu s’attendre.
MISS LUCIE , d’abord froidement et s'animant par degrés. Madame , si vous in avez parlé du fond de votre cœur ; dans l’intention pure de faire cesser une guerre cruelle , j’en suis bien reconnaissante, je vous en remercie. C’est une belle vertu que la clémence. Si c’est par un motif perfide que vous êtes venue près de moi ; si votre dessein fut de m’enlever le titre que vous réclamez, uniquement pour vous, pour jouir sans crainte d'une couronne usurpée , je vous plains ; je plains votre religion , et vos prêtres qui enseignent de si grandes noirceurs. Je me suis jurée à inoi-méme de ne jamais faire usage pour moi des litres que je porte tant que la reine Catherine existera , c’est mon devoir. J’ai pu consentir à vivre méprisée , à passer pour la maîtresse dédaignée d'un prince ; mais déshonorer mon fils! le déshériter du nom de son père ! d’uu trône peut-être !..
Jamais, ne l’espérez pas!.. Lucie Walter e t pour tout le monde une femme pauvre; oubliée , que l'on croit morte , que l’on traite de prostituée.... Pour elle seule , lady Walter est reine légitime de la grande Bretagne , et elle en a tout le cceur , 41e
en sent tout l'orgueil , elle en connaît tous les devoirs.
LA REINE, pleurant à la fois d’humiliation cl de dépit. Voilà ce que je craignais, ce dont j’étais sûre.... Je le leur disais,.... ils m'ont forcée , et ce Piter qui m’a quittée!.. Ah!... où suis-je?... mon Dieu! mon Dieu !... me voilà humiliée , compromise,
devant une femme que je déteste C’est
atTreux !
MISS LUCIE , avec persuasion. Si c’est cette démarche auprès de moi , que votre majesté se rassure , le plus grand silence...
la reine. Vous vous tairez par égard...
votre pitié, n’est-ce pas?... Je n'en veux pointde votrepitié ,... vous m'êtes odieuse.
Oh ! n’espérez pas que je fléchisse le roi.
Non, point de grâce pour un hérétique , pour un rebelle qui sera pris les armes à main. Oh! j'irai de grand cœur au Te Urum quand nous en serons là... ( Tousse sortie .) Et , croyez-moi encore , belle miss , priez Dieu pour que sa majesté ne fasse pas retomber son courroux sur vous-mcmc.
miss LUCIE , noblement. Je prierai Dieu pour qu’il vous conserve et qu’il vous éclaire.
LA reine, à part , s’en allant. Je prierai Dieu et saint Vincent de Modène , pour qu’ils nous en débarrassent.
(Elle sort sans regarder miss Lucie.)