LEROI, MONMOUTH
MONMOUTH , tombant aux pieds du roi.
Sire , je vous demande la vie ; non pour moi , mais pour ma mère... elle en mourrait.
LE ROI , avec une joie féroce. Lâche , tu t’humilies donc? te voilà à mes pieds!...
monmouth , se relevant. Lâche!... ah !...
il fallait venir me combattre toi-même, en face ; tu aurais vu si je suis un lâche.
Mais, oui, je m’humilie, je reste à genoux ; je t'implore... je demande la viede ma mère.
le ROT. Nomme-moi tes complices...
les rebelles qui t’ont suivi , je veux les connaître tous.
MONMOUTn. Des complices'... je n'en ai point, je n’ai trouve que des amis, que des frères ; presque tous sont morts pour moi.
le roi, dépité. Morts ou vivans, nommeles donc!...
monmouth. Jamais!
le roi. A mes genoux , il me brave encore.
monmouth. Sire, un cachot, des chaînes, des tortures... mais la vie pour ma mère.
le roi. La vie ! oh! tu demandes trop!., mort à toi , mort à la race entière!!...
monmouth. Sire, mon oncle , cette race est la vôtre. Je suis le fils de votre frère , c’est votre propre sang que vous allez verser.
LE ROI , froidement . Bien dit , vraiment... aussi quand j'ai du sang impur, je tends mon bras au chirurgien pour qu’il m’en délivre.
>1 0 N M O l T II . se relevant avec indignation. Ah! mot atroce ! il ne pouvait sortir que de la bouche de Philippe 11, d’Henri VIII ou de la tienne.
le ROI. Tu renonces donc à me fléchir?...
monmouth. J’ai trop de honte de l’avoir tenté. Tu as cru que je craignais la mort ; le plus lâche des tyrans ni a traité de lâche... cette pensée seule est un supplice horrible !... il me déchire... il me lue !... qu’on me mène à la mort, je l'implore à présent , qu’elle nie délivre de ta présence ! du tableau de ma patrie gémissante. Ordonne , appelle tou bourreau royal , jamais plus illustre victime ne fut oflerte à sa hache... que le même échafaud où périt le vertueux Ultarler I" voie aujourd’hui rouler la tète de son petit-fils!...
le roi. Et si, malgré ton crime, ton audace, ton insolence... je voulais fermer mon cœur à tout ressentiment... et n’écouter que ma clémence royale... que dirais-tu , Monmouth ?...
monmouth. Je ne te croirais pas... Jacques II tient trop bien ce qu’avait promis le duc d'York.
le roi. Crois donc ce que j’avance ici...
ta mère possède un écrit qu'il m’importe de connaître, de tenir en mes mains, qu’elle me l’abandonne , ta grâce est à ce prix.
monmouth. Et quel est donc cet écrit plus précieux pour toi que mon sang et que ta vengeance?
LE MAGASIN TUÉ4ÎRAL
LE noi. Que t’importe?
MOXMOUTii. Tu y mets un trop grand prix , tu ne l’auras pas , je veux mourir...