‹ Jacques-CartierChapitre 21 sur 25 · SCÈNE IY · texte numérisé non relu

SCÈNE IY

Arthur [seul].

Arthur [après un moment cle silence). — Il n’y a pas à reculer les ordres de mes chefs sont clairs,... précis... Ah cruelle fatalité \..\il s'approche de la grille et examine puis reprend ). Quels traits vénérables !... Sa figure est calme... et jamais sommeil plus doux n’est venu se reposer sur les paupières d’un malheureux... Et pourtant combien de terribles secousses il a enduré depuis qu’il est ici ?...Je m’en rappelle encore ;... mes ancêtres m’en ont conté l’histoire maintes et maintes fois ;...mon père même m’avait précédé au chevet de ma victime.. ..La chose est bien courte à dire.... C’était un tout jeune enfant lorsque les premiers bruits de guerre retentirent à ses oreilles.... Depuis cette époque, il a vu se succéder toutes les étapes de cette longue période d’agitation... La colonie sortait à peine de son enfance, que déjà il assistait à la lente agonie d’un peuple de braves abandonné à son sort,... impuissant pour résister au choc d’un ennemi plus nombreux. ...Plus tard le despotisme militaire érigé en autorité souveraine inaugurait sous ses yeux le règne de la terreur et de la tyrannie et battait en brèche le dernier vertige des glorieuses concessions du vainqueur. ..et la foi solennelle.des traités. ..Que de fois n'a-t-il pas pleuré dans ces jours néfastes en songeant à l’nutilité des sacrifices des .enfants de la patrie. ..et du sang par eux répandu pour repousser les empiètements de l’étrangbr révolté ?...Et combien pénible dut être l'angoisse de son âme, quand il vit... vingt ans plus taid... à la suite de ces ccmbats sanglants pour la liberté britannique, de nouvelles victimes tomber au champ d’honneur.. .afin d’affirmer le joug orgueilleux d’un tyran oublieux de leurs gloires ?... L’histoire s’est continuée... A peine 1 812 s'était-il effacé de sa mémoire,., que les lûtes

de l’oligarchie anglaise contre le pouvoir populaire l’appelaient sur le terrain brûlant de la constitution et des garanties.... Epoque tourmentée s’il en fut jamais... sublime manifestation d’un peuple dans laquelle l’héroïsme de nos pères se réveilla aux chants de la liberté et du patriotisme révolté... Par eux la pensée du noble fondateur se transmettait d’âge en âge et les souvenirs du passé se réflétaient dans la courageuse revendication de leurs droits foulés aux pieds... Hélas !... triste spectacle pour ce glorieux témoin des jours d’autrefois !... Ce ne fut pas assez de la défaite... il fallut encore l’ignominie.., et — c’est incroyable, — lui... le captif de cette longue et douloureuse épopée, traina son boulet d’infamie jusque dans les bagnes et vit. ..dans une vision infâme... l’aspect sinistre des échafauds dressés pour des héros martyrs !... Voilà les impitoyables bourreaux qui se sont acharnés à sa perte et à sa . destruction... lui... la personnification du droit... de la justice, de l’honneur... et de l’autorité constituée... Eh bien !... n’est-ce pas assez de ce cruel emprisonnement... sans y ajouter l’assassinat ?... Mesmains déjà complices sont-elles prêtes à étouffer le dernier cri de cette victime qué le sang des exécutions publiques a régénérée et rendue à la liberté ?... ( avec vivacité) Ah ! c’en est trop, noble et courageux prisonnier :... sors de tes cachots ?... c’est la trahison qui t’a jeté dans les fers... c’est la trahison qui brisera ces liens maudits...

(Il se dirige vers la grille. L’aide de camp entre en ce moment avec Parizot.)

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