‹ Jacques Cartier ou Canada vengé [microforme]Chapitre 22 sur 29 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Arthur et Alexandre. (Suite.)

ALEXANDRE Intendant Général de l'Etat).—Je te tends la main, cher ami. Ayant été informé que tu semblaïs faiblir dans tes bonnes dispositions, je me suis hâté vers toi....Allons, mon brave... pas LA fausse honte ; tu le sais... ici nous sommes égaux tous deux... Que redoutes tu ?...est-ce ce prisonnier inoffensif qui expie dans les fers le zèle outré de ses nobles défenseurs ?...Prends garde; j'ai payé assez cher ton silence et ta trahison: Nous jouons la partie à deux....Tu es l’instrument.. je suis le bourreau....Crois-tu que ma besogne soit moins sale que la tienne ?...Pour servir notre maître commuñ, j'ai au poids de l'or acheté les consciences. fait des pactes infâmes.... Toi-même, tu es la proie de l’ignominie... et la victime de ma honteuse cor-

ruption. On me dit que tu souffres d’être le gardien

obscur et honni d’un esclave livré aux chaines... .

Pourquoi rougirais tu ?... ne suis-je pas mille fois que conspué par mes sordides valets ?..:Oui! tu ois rester ici... car c’est ici que doit se livrer le dernier combat...Je le sais :...nosennemis pénétreront jusque dans ces murs, et ils s'efforceront d’arracher aux fers et à la mort l’innocent auquel nos passions l'ont condamnés... Il ne faut pas l’échapper cependant... Et sur quel autre puis-je compter que sur toi... toi, le complice de toutes mes haines et de toutes mes infamies.. D'ailleurs le crime est moins grand, quand on savoure à deux la honte. Ainsi... courage, et surtout... pas de faiblesse.

‘messes... et I venals Tage

time...Qu’en dis-tu ? suis-je assez bas dans l'échelle des turpitudes ?

ALEXANDRE.—C’est assez de paroles inutiles. Surveille bien ta proie et ne t'inquiète pas du reste. Tu peux compter sur ma fidélité.…..Quant à moi, il me faut au dehors épier l'ennemi afin de frapper au moment propice le coup qui devra nous rendre

maître du terrain....Adieu, et surtout... n'oublie pas .

mes conseils. . (Z} sort).

/Sa iigure est calme... et jamais sommeil plus doux / n’est veniu se reposer sur les paupières d’un malheu-

‘os D 0e S CÈ NE IV.

Arthur [seul].

ARTHUR (après un moment de silence).—Il n’y a pas à reculer ;.… les ordres de mes chefs sont clairs... précis...Ah cruelle fatalité 1...(ÿ s'approche de la grille et examine puis reprend). Quels traits vénérables !.…

reux.. Et pourtant combien de terribles secousses il a enduré depuis ques est ici ?...Je m'en rappelle encore ;...mes ancêtres m'en ont conté l’histoire maintes et maintes fois ;... mon père même m'avait

récédé au thevet de ma victime....La chose est

ien courte à dire... C'était .un tout jeune enfant lorsque les premiers bruits de guerre retentirent à ses oreilles...Depuis cette époque, il a vu se succéder toutes les étapes de cette longue. périede d’agitation...La colonie sortait à peine de son enfance, que déjà il assistait à la lente agonie d’un peuple de braves abandonné à son sort... impuissant pour résister au choc d’un ennemi plus nombreux....Plus tard le despotisrne militaire érigé en autorité souveraine inaugürait sous ses yeux le règne de la terreur et de la tyrannie et battait en brèche le dernier vertige des glorieuses concessions du vainqueur...et la foi solennelle des traités... Que de fois n’a-t-il pas pleuré dans ces jours néfastes en songeant à l'nutilité des sacrifices des fenfants de la patrie.…..et du sang par eux répandu pos repousser les empiètements de l'étranger révolté ?...Et combien pénible dut être l'angoisse de son âme, quandil vit. vingt ans plus tard... à la suite de ces combats sanglants pour la liberté britannique, de nouvelles victimes tomber au champ d’honneur...afin d’affirmer le joug orgueilleux d’un tyran oublieux de leurs gloires ?..L’histoire s’est continuée.….. A peine 1812 s’était-il effacé de sa mémoire... que les lutes

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